Détroit d’Ormuz bloqué : 6 paquebots et 18 000 croisiéristes piégés, la saison européenne menacée

Vincent Mabire - Il y a 3 heures

En résumé

• Fermeture du détroit d'Ormuz bloque six paquebots, affectant 24 000 personnes.

• Rapatriements difficiles et saison de croisière européenne menacée sans réouverture.

• Compagnies offrent remboursement ou crédit croisière, situation évolue constamment.

    Six paquebots, 18 000 passagers, trois ports du Golfe persique. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz le 28 février, l’industrie de la croisière bloquée traverse sa plus grave crise depuis le Covid. Au-delà des rapatriements en urgence, c’est toute la saison européenne de croisière qui vacille : sans repositionnement vers la Méditerranée, les itinéraires de printemps et d’été 2026 tombent à l’eau. Le point sur la situation au 16 mars.

    Six navires immobilisés dans trois ports du Golfe

    L’Organisation maritime internationale (OMI) a recensé 15 000 croisiéristes et plus de 6 300 membres d’équipage bloqués dans la région, soit plus de 24 000 personnes au total. Voici les six paquebots concernés :

    • MSC Euribia (MSC Cruises), à Dubaï (Port Rashid), environ 6 000 passagers. Le navire de 331 mètres devait quitter le port le 28 février pour les Maldives. Il n’a jamais appareillé. Nous avions détaillé la situation du MSC Euribia dès le 9 mars.
    • Mein Schiff 4 (TUI Cruises), à Abu Dhabi, environ 2 500 passagers.
    • Mein Schiff 5 (TUI Cruises), à Doha, environ 2 500 passagers.
    • Celestyal Discovery (Celestyal Cruises), à Dubaï, environ 1 250 passagers.
    • Celestyal Journey (Celestyal Cruises), à Doha, environ 1 250 passagers.
    • Aroya (Aroya Cruises, compagnie saoudienne), à Dubaï, environ 3 500 passagers. Sa saison inaugurale dans le Golfe a été purement et simplement annulée.

    Aucun de ces navires ne peut quitter le Golfe persique tant que le détroit d’Ormuz reste fermé au trafic occidental.

    Rapatriements en cours, dans des conditions difficiles

    Les opérations de rapatriement varient selon les compagnies, mais aucune n’a publié de calendrier définitif.

    MSC Cruises a organisé sept vols charters depuis Dubaï vers le Royaume-Uni, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, les États-Unis et le Brésil, selon Euronews. Plus de 1 500 passagers ont quitté la région dès le 5 mars. Un remboursement intégral ou un avoir pour une croisière future est proposé à tous les passagers.

    TUI Cruises a achevé l’évacuation de ses passagers du Mein Schiff 5, selon Cruise Arabia (15 mars). Des vols charters ont été affrétés depuis Riyad (avec transfert terrestre depuis Doha) vers Munich, Francfort et Cologne, et des sièges réservés sur Qatar Airways. La majorité des passagers du Mein Schiff 4 avait déjà quitté Abu Dhabi via des vols depuis Dubaï et Mascate. Les deux navires restent à quai avec un équipage réduit.

    Celestyal Cruises a débarqué ses passagers et annulé deux croisières “Iconic Aegean” prévues au départ d’Athènes les 20 et 23 mars. Le prochain départ du Celestyal Discovery est prévu le 27 mars, celui du Journey le 4 avril — tous deux conditionnés à la réouverture du détroit. Les voyageurs se voient proposer un remboursement intégral ou un crédit croisière.

    Aroya Cruises a fait débarquer ses passagers dès le 7 mars et annulé l’intégralité de sa saison dans le Golfe.

    Les conditions à bord ont été éprouvantes. À bord du Mein Schiff 5, une passagère a témoigné auprès de 20 Minutes : « Nous ne pouvons même pas aller à la piscine. C’est comme une prison. » Les balcons des cabines sont restés fermés. Un drone a été abattu au-dessus du navire, provoquant un choc parmi les quelque 2 000 passagers encore présents. L’équipage a tenté de maintenir le moral en organisant des barbecues et des activités, mais des passagers se sont dits « complètement dévastés ».

    Pourquoi la saison européenne de croisière est menacée

    Le problème dépasse largement l’urgence humanitaire. Chaque année, les paquebots positionnés dans le Golfe pendant l’hiver effectuent un repositionnement vers la Méditerranée via le canal de Suez au printemps. Ce transit est impossible tant que le détroit d’Ormuz reste fermé — et la croisière bloquée dans le Golfe paralyse toute la chaîne.

    Les conséquences en cascade sont déjà visibles :

    • Celestyal perd ses premières croisières dans les îles grecques (départs du 20 et 23 mars annulés). Les prochains départs restent conditionnés à la réouverture du détroit.
    • TUI Cruises a annulé les rotations du Mein Schiff 4 jusqu’au 23 mars et du Mein Schiff 5 jusqu’au 12 mars. Les itinéraires méditerranéens prévus ensuite sont en suspens.
    • MSC Cruises a supprimé tous les départs restants de l’Euribia dans le Golfe. Ses rotations prévues depuis Gênes ou Marseille dépendent du retour du navire en Europe.

    L’option d’une escorte militaire pour les paquebots a été écartée, selon Mer et Marine. Les assureurs refusent de couvrir un transit dans une zone de conflit actif, et les gouvernements britannique et allemand ont écarté une mission OTAN spécifique au 16 mars. La priorité militaire va aux cargos et pétroliers.

    Si le détroit reste fermé quatre à cinq semaines de plus (estimation avancée par Washington), les annulations en cascade pourraient s’étendre à avril et mai, touchant des dizaines de milliers de réservations supplémentaires. La hausse du prix du pétrole (Brent autour de 100 dollars le baril) pèse déjà sur les surcharges carburant. La crise aérienne au Moyen-Orient complique encore les options de rapatriement.

    Quels droits pour les passagers concernés

    Toutes les compagnies touchées proposent un remboursement intégral ou un crédit pour une croisière future. Les vols de rapatriement sont pris en charge par les opérateurs. Voici les points à retenir :

    • Vérifier sa police d’assurance voyage : la clause « événement géopolitique » ou « force majeure » peut couvrir les frais annexes (hébergement, transport supplémentaire). Attention : la plupart des contrats excluent les zones de conflit actif.
    • Privilégier le remboursement cash si l’on n’envisage pas de reprendre une croisière à court terme. Un avoir peut être assorti de conditions restrictives (dates, navires).
    • Contacter directement sa compagnie de croisière plutôt qu’un intermédiaire pour accélérer le traitement.
    • Conserver tous les justificatifs (reçus d’hôtel, billets d’avion de remplacement) en cas de demande d’indemnisation complémentaire.

    Notre guide sur l’impact géopolitique sur les vacances des Français détaille les droits des voyageurs.

    Ce que les futurs croisiéristes doivent savoir

    Pour les voyageurs qui ont réservé une croisière en Méditerranée entre avril et juin 2026, la vigilance s’impose.

    Première vérification : le navire prévu devait-il effectuer un repositionnement depuis le Golfe ? Si c’est le cas, contacter sa compagnie sans attendre pour connaître le statut de la traversée. Les compagnies dont la flotte est déjà positionnée en Méditerranée (Costa, Norwegian Cruise Line, certains navires Royal Caribbean et MSC) ne sont pas directement impactées par le blocage. Notre comparatif des compagnies de croisière en Méditerranée peut aider à identifier des alternatives.

    À noter : la hausse du Brent pourrait entraîner des surcharges carburant sur les croisières restantes, même pour les navires non bloqués. Privilégier une assurance annulation flexible pour toute nouvelle réservation est une précaution raisonnable dans le contexte actuel.

    À suivre : la situation évolue au jour le jour. La réouverture du détroit d’Ormuz reste la condition sine qua non d’un retour à la normale pour la saison de croisière européenne 2026.

    Dernière mise à jour : 16 mars 2026

    Vincent Mabire
    Publié le 18 mars 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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