SAS, Volotea, easyJet : la pénurie de kérosène menace vos vols de mai-juin 2026 en Europe

Vincent Mabire - Il y a 3 heures

En résumé

• La pénurie de kérosène engendre des annulations massives de vols en 2026.

• Les vols low-cost et long-courriers sont les plus à risque depuis la France.

• Vérifiez les couvrements carburants et les alternatives comme le train pour éviter les impacts.

    SAS a annulé 1 000 vols en avril. Volotea a sabré ses liaisons corses. United Airlines coupe 5 % de son programme estival. Air New Zealand supprime 1 100 rotations. La question n’est plus de savoir si la pénurie de kérosène va provoquer de nouvelles annulations, mais lesquelles, et quand. Si vous avez un vol réservé entre mai et juin 2026, voici ce que les signaux actuels disent sur vos chances de décoller.

    Pourquoi mai-juin concentre le maximum de risques

    Le détroit d’Ormuz reste quasi fermé au trafic pétrolier depuis le 4 mars, conséquence directe du conflit entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran. Environ 30 % du kérosène consommé en Europe transitait par cette route. Les stocks européens actuels couvrent un peu plus d’un mois de consommation, selon l’IATA.

    Le problème : la demande estivale va s’ajouter à cette pénurie de kérosène. Le pic de trafic aérien en Europe commence traditionnellement mi-mai, avec les ponts et les premiers départs en vacances. C’est précisément le moment où les réserves risquent d’atteindre leur niveau le plus bas. Le CEO d’easyJet, Johan Lundgren, a déclaré se sentir « confiant pour trois semaines », mais incertain au-delà de quatre semaines, c’est-à-dire dès mi-avril.

    En clair, le kérosène est passé de 830 $/tonne à 1 528 $/tonne en Europe du Nord-Ouest, soit une hausse de 84 % en quelques semaines. Le Brent a franchi les 100 $ le baril, avec un pic à 120 $ mi-mars. Les négociants ont déjà averti les compagnies de pénuries physiques possibles dès avril. Selon plusieurs analystes, la stabilisation pourrait prendre six mois.

    Les compagnies qui annulent déjà, et celles qui suivront

    Le mouvement est lancé. Voici les compagnies ayant déjà réduit leur programme :

    • SAS : environ 1 000 vols annulés en avril 2026, faute de couverture carburant (la compagnie n’avait aucun contrat de hedging actif)
    • Volotea : vols Corse-continent supprimés pour avril-mai, invoquant la crise au Moyen-Orient
    • Air New Zealand : 1 100 vols supprimés du 16 mars au 3 mai, affectant environ 44 000 passagers
    • United Airlines : réduction de 5 % des vols au deuxième et troisième trimestres, avec une facture carburant estimée à 11 milliards de dollars supplémentaires par an
    • Air France : suspension de Cuba jusqu’au 15 juin, et jusqu’à 45 % des vols vers l’Asie jugés menacés si la crise perdure
    • Delta Air Lines : a déjà enregistré une charge de 400 millions de dollars liée à la hausse du carburant

    Les prochaines sur la liste seront les low-cost à faible couverture carburant : marges réduites, pas de hedging, forte dépendance au remplissage. Les long-courriers sont également vulnérables, notamment les liaisons vers des destinations où le ravitaillement en kérosène n’est pas garanti. Signe révélateur : à l’aéroport de Liège, deux Boeing 767 cargo ont dû être déroutés vers Bruxelles-Zaventem mi-mars faute de volumes de Jet A-1 suffisants.

    Quels vols sont les plus à risque depuis la France

    Toutes les lignes ne sont pas exposées de la même manière. Concrètement, les vols les plus menacés au départ de la France sont :

    • Les liaisons low-cost saisonnières : Volotea, Transavia et certaines lignes easyJet ouvertes récemment seront les premières sacrifiées si les coûts deviennent insoutenables
    • Les long-courriers via les hubs du Golfe (Dubaï, Doha, Abu Dhabi) : espaces aériens fermés ou instables, approvisionnement local incertain. Des alternatives existent via Helsinki ou Istanbul, notamment grâce à Finnair qui profite de la crise pour s’imposer comme hub vers l’Asie
    • Les destinations dépendantes du Golfe pour leur propre kérosène : certaines îles, l’Afrique du Nord, l’Asie du Sud-Est
    • Les lignes vers la Corse et les îles méditerranéennes opérées par des compagnies sans hedging

    À noter : Air Corsica a confirmé maintenir l’intégralité de ses liaisons grâce à ses contrats de couverture carburant. Preuve que le hedging fait toute la différence.

    Le classement des compagnies par couverture carburant

    Le niveau de hedging détermine directement la capacité d’une compagnie à maintenir ses vols cet été. Voici les chiffres connus pour 2026 :

    CompagnieHedging S1 2026Hedging S2 2026Risque
    Ryanair80 % (~67 $/baril)ElevéFaible
    Air France-KLM87 %~62 %Faible à modéré
    easyJet84 %62 %Modéré
    IAG (British Airways)80 % (Q1), 70 % (Q2)< 60 %Modéré à élevé
    SAS0 %0 %Critique

    Plus le pourcentage baisse au second semestre, plus la compagnie sera tentée de réduire son programme estival. Ryanair reste la mieux protégée du marché avec un prix verrouillé à environ 67 $/baril, bien en-dessous des cours actuels. À l’inverse, SAS est la plus exposée avec zéro couverture.

    Comment protéger vos vacances de mai-juin

    Quelques réflexes à adopter dès maintenant :

    • Vérifier le hedging de votre compagnie : les données ci-dessus permettent d’évaluer le risque de modification de votre vol
    • Activer les alertes de modification sur l’application de votre compagnie pour être informé au plus tôt
    • Connaître vos droits : le règlement EU 261/2004 prévoit une indemnisation forfaitaire si l’annulation intervient moins de 14 jours avant le départ (250 euros pour les vols de moins de 1 500 km, 400 euros entre 1 500 et 3 500 km, 600 euros au-delà)
    • Souscrire une assurance annulation si ce n’est pas déjà fait
    • Envisager le train pour les courts et moyens-courriers : TGV, Eurostar, Thalys, Trenitalia offrent des alternatives fiables. Dix destinations accessibles en train dès 19 euros
    • Ne pas annuler vous-même : en cas d’annulation par la compagnie, vous bénéficiez du remboursement intégral et de l’indemnisation EU 261. En annulant de votre propre initiative, vous perdez ces droits

    Ce que disent les experts pour l’été 2026

    Les prévisions divergent. L’IATA, qui tablait avant la crise sur une baisse du kérosène à 88 $/baril, reconnaît désormais des « tensions durables » sur l’approvisionnement. Les billets d’été 2026 coûtent déjà 20 à 40 % plus cher qu’en 2025.

    Deux scénarios se dessinent. Le scénario optimiste : une réouverture partielle du détroit d’Ormuz permettrait une détente progressive dès juillet, avec un retour à la normale en fin d’année. Le scénario pessimiste : un conflit prolongé maintiendrait le kérosène à des niveaux critiques tout l’été, entraînant des annulations massives sur le long-courrier et une hausse durable des tarifs.

    La France dispose toutefois d’un filet de sécurité : la SAGESS gère environ 97 millions de barils de stocks stratégiques de produits pétroliers, soit plus de trois mois de consommation nationale tous usages confondus. De quoi éviter une rupture totale, mais pas une flambée des prix.

    Gardez un plan B en tête (destination accessible en train, report à l’automne) et consultez notre guide de réservation pour adapter votre stratégie. La situation évolue chaque semaine : les prochaines annonces des compagnies européennes sont attendues fin mars et début avril, à mesure que les contrats de hedging du premier trimestre arrivent à expiration.

    Vincent Mabire
    Publié le 23 mars 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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