En résumé
• Barcelone veut taxer à 30€ les croisières de moins de 12h• Objectif: freiner le surtourisme et réduire les nuisances
• Le secteur craint un impact sur l'économie locale et les ports
Barcelone en a assez des visiteurs qui débarquent en masse, envahissent les rues quelques heures, puis disparaissent sans vraiment faire vivre la ville. Dans le viseur des autorités catalanes : les passagers de croisière en escale express, ceux qui restent moins de 12 heures à quai avant de reprendre la mer.
Pour freiner ce tourisme éclair, les responsables politiques locaux veulent frapper au portefeuille. La taxe touristique appliquée à ces croisiéristes pourrait passer de 11 à 30 euros par jour. Une hausse spectaculaire, presque un triplement, qui doit encore être validée par le Parlement de Catalogne avant de devenir réalité.
Barcelone cible les croisières qui passent trop vite
La mesure ne concernerait pas tous les passagers de croisière. Elle viserait uniquement les navires qui font escale moins de 12 heures dans le port de Barcelone. Autrement dit, les visiteurs qui arrivent le matin, se ruent vers les Ramblas, la Sagrada Família ou le front de mer, puis repartent avant d’avoir réellement consommé sur place.
C’est précisément ce modèle que la ville veut décourager. Pour ses détracteurs, ces escales très courtes apportent surtout des foules, de la pression sur les transports, des rues saturées et peu de retombées économiques en comparaison des nuisances.
Les itinéraires qui commencent ou se terminent à Barcelone seraient, eux, épargnés par cette hausse. La raison est simple, ces croisiéristes dorment souvent à l’hôtel, utilisent les taxis, les restaurants, les commerces et les services locaux. Pour la ville, ils participent davantage à l’économie que ceux qui ne font qu’une apparition éclair.
Une taxe pensée comme un signal fort
Pour Barcelone, cette hausse ne doit pas seulement remplir les caisses. Elle doit aussi envoyer un message très clair : la ville ne veut plus subir le tourisme, elle veut le choisir.
Marc Serra, du parti de gauche BComú, insiste sur ce point. Selon lui, l’augmentation ne doit pas être vue comme une simple recette fiscale, mais comme un outil de dissuasion, relate Euronews. En clair, Barcelone veut dire aux compagnies de croisière que les escales ultra-courtes ne sont plus les bienvenues dans les mêmes conditions.
Le sujet est explosif dans une ville déjà sous tension touristique. En haute saison, les croisiéristes représenteraient 7,5 % des visiteurs quotidiens de Barcelone. Leur temps moyen passé sur place ne dépasserait pas 5,7 heures. Beaucoup de monde, très peu de temps, et une pression concentrée sur les mêmes quartiers.
Le surtourisme reste un casse-tête pour la ville
Barcelone n’est pas seulement une destination populaire. C’est l’un des symboles européens du surtourisme. Depuis plusieurs années, les habitants dénoncent les rues bondées, les loyers sous pression, les commerces transformés pour les visiteurs et la sensation de vivre dans une ville devenue décor touristique.
Dans ce contexte, les croisières sont régulièrement pointées du doigt. Les bateaux déversent des milliers de passagers en peu de temps, souvent dans les zones déjà les plus fréquentées. Résultat, une ville qui doit absorber des pics de fréquentation très difficiles à gérer.
Certains élus veulent aller encore plus loin et réclament un plafond annuel du nombre de passagers de croisière. Mais cette option serait plus complexe à appliquer. La taxe, elle, apparaît comme un levier plus rapide, plus concret et plus facile à mettre en œuvre.
Le secteur du tourisme tire la sonnette d’alarme
Sans surprise, la proposition fait grincer des dents du côté de l’industrie touristique. Le Conseil mondial du voyage et du tourisme, le WTTC, met en garde contre les effets possibles d’une telle décision.
Selon l’organisation, une hausse trop brutale pourrait fragiliser Barcelone face à d’autres ports méditerranéens. Les compagnies pourraient revoir leurs itinéraires, les visiteurs réduire leurs dépenses à terre, et l’économie locale perdre une partie des retombées liées aux croisières.
Gloria Guevara, présidente-directrice générale du WTTC, estime que les augmentations fortes de taxes produisent rarement les résultats espérés. Elle rappelle aussi que Barcelone reste l’un des grands ports d’attache de croisières au monde, avec environ 4 millions de passagers par an.
Un bras de fer entre économie et qualité de vie
Toute la difficulté est là. Barcelone gagne de l’argent avec les croisières, mais elle en paie aussi le prix. Les visiteurs font vivre une partie de l’économie locale, mais leur concentration dans certains quartiers alimente un ras-le-bol de plus en plus visible.
La ville tente donc de faire le tri entre les formes de tourisme qu’elle juge bénéfiques et celles qu’elle considère trop rapides, trop massives ou trop peu rentables pour les habitants. Les croisières en port d’attache restent vues comme plus intéressantes. Les escales courtes, elles, sont désormais dans le collimateur.
Si le Parlement catalan valide la mesure, la taxe à 30 euros pourrait devenir un symbole fort. Celui d’une ville qui ne veut plus seulement attirer les touristes, mais imposer ses règles.
À Barcelone, le message semble désormais limpide : venir quelques heures, oui, mais plus à n’importe quel prix.