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Privatisation de TAP Air Portugal : Air France-KLM et Lufthansa doivent revoir leurs offres à la hausse

Anna Duplantis - Il y a 52 minutes

En résumé

• TAP attire Air France-KLM et Lufthansa, sans vainqueur pour l’instant.
• Lisbonne exige des offres améliorées et protège 49,9 % du capital.
• TAP vaut cher grâce à Lisbonne, au Brésil et à l’Afrique lusophone.

    TAP Air Portugal est devenue l’une des compagnies les plus courtisées d’Europe. D’un côté, Air France-KLM. De l’autre, Lufthansa. Entre les deux, le gouvernement portugais, qui semble bien décidé à profiter de cette rivalité pour obtenir la meilleure offre possible.

    Les deux groupes ont déjà déposé des propositions fermes pour acquérir une participation importante dans la compagnie nationale portugaise. Mais Lisbonne ne sort toujours pas le stylo pour signer. Les candidats sont désormais invités à revenir avec une copie améliorée.  Une dernière bataille s’engage donc autour d’une compagnie dont l’intérêt dépasse largement les frontières du Portugal.

    Air France-KLM et Lufthansa priés de revoir leurs offres à la hausse

    Le processus de privatisation partielle de TAP entre dans sa phase la plus décisive. Air France-KLM et Lufthansa avaient remis leurs offres fermes à la fin du mois de juillet afin d’acquérir 44,9 % du capital de TAP Air Portugal. Mais les propositions sont suffisamment proches pour que le gouvernement portugais ne souhaite pas encore désigner de vainqueur.

    Lisbonne a donc demandé aux deux groupes de faire un nouvel effort, aussi bien sur le plan financier que stratégique.

    D’après les informations rapportées par Air Journal, cette participation de 44,9 % doit revenir à un partenaire industriel, tandis que 5 % supplémentaires sont réservés aux salariés de TAP. Au total, le processus peut donc conduire à la cession de 49,9 % du capital.

    L’État portugais conserverait ainsi la majorité et, surtout, son mot à dire sur l’avenir de la compagnie. La dernière phase de négociations pourrait durer quelques semaines.

    Autrement dit, le match Air France-KLM contre Lufthansa entre dans ses dernières minutes, mais le Portugal compte visiblement faire monter un peu le prix du billet avant le coup de sifflet final.

    Pourquoi TAP vaut beaucoup plus qu’une simple participation dans une compagnie aérienne

    Si les deux géants européens se montrent aussi intéressés, ce n’est pas seulement pour ajouter quelques avions et un logo de plus à leur portefeuille.

    TAP possède un atout géographique particulièrement précieux : Lisbonne. Le hub portugais se situe sur une position idéale entre l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Afrique. La compagnie dispose surtout d’un réseau historiquement très puissant vers le Brésil et les pays africains lusophones.

    Pour un grand groupe aérien européen, mettre un pied chez TAP signifie donc récupérer une porte d’entrée privilégiée vers des marchés où la concurrence reste féroce.

    Le Brésil constitue probablement le plus beau morceau du gâteau. TAP y dispose d’une présence particulièrement développée, avec de nombreuses liaisons entre le Portugal et plusieurs grandes villes brésiliennes. Lisbonne joue alors le rôle d’immense passerelle entre les deux continents.

    Et lorsqu’on sait à quel point les créneaux disponibles dans les grands aéroports européens sont devenus précieux, le hub de TAP prend encore davantage de valeur.

    Air France-KLM lorgne surtout le Brésil et la péninsule Ibérique

    Pour Air France-KLM, l’intérêt est assez facile à comprendre. Le groupe dispose déjà de deux puissants hubs européens avec Paris-Charles-de-Gaulle et Amsterdam-Schiphol. L’arrivée de Lisbonne ajouterait une nouvelle pièce très complémentaire sur l’Atlantique.

    TAP permettrait notamment au groupe franco-néerlandais de renforcer sa présence dans la péninsule Ibérique, où il reste moins dominant que certains de ses concurrents. Surtout, le réseau portugais pourrait considérablement renforcer les connexions vers le Brésil et l’Afrique lusophone.

    Le projet présenté par Air France-KLM bénéficie également du soutien de son partenaire américain Delta Air Lines, preuve que l’enjeu dépasse largement les liaisons européennes.

    Une alliance avec TAP pourrait ainsi créer un axe particulièrement solide entre Europe, Amérique du Nord et Amérique du Sud.

    Lufthansa veut ajouter une nouvelle pièce à son impressionnant puzzle européen

    En face, Lufthansa n’arrive pas les mains vides. Le groupe allemand a déjà bâti l’un des ensembles aériens les plus impressionnants d’Europe. Lufthansa, SWISS, Austrian Airlines, Brussels Airlines et désormais ITA Airways forment un réseau de compagnies et de hubs particulièrement dense.

    Ajouter TAP à cette constellation permettrait au groupe de renforcer encore son implantation dans le sud de l’Europe. Lisbonne compléterait alors Francfort, Munich, Zurich, Bruxelles, Vienne ou Rome avec une position beaucoup plus tournée vers l’Atlantique.

    Pour Lufthansa, TAP offrirait surtout un accès renforcé au Brésil, à l’Afrique lusophone et aux communautés portugaises installées dans plusieurs régions du monde.

    La bataille n’est donc pas simplement celle de deux groupes qui cherchent à acheter des parts. Chacun tente en réalité de mettre la main sur un morceau particulièrement stratégique de la carte aérienne européenne.

    Le Portugal ne veut surtout pas voir TAP perdre son identité

    Reste un détail de taille. Le Portugal ne souhaite pas vendre TAP pour la regarder disparaître dans l’ombre d’un géant européen. Le gouvernement a déjà posé plusieurs lignes rouges. Le futur partenaire devra notamment préserver le rôle de Lisbonne comme hub international, maintenir la connectivité du pays et protéger les dessertes essentielles vers les Açores et Madère.

    Le maintien d’un réseau long-courrier solide vers le Brésil, l’Afrique et l’Amérique du Nord constitue également un enjeu majeur. Pour Lisbonne, il serait difficilement acceptable que TAP devienne progressivement une simple compagnie alimentant Francfort, Paris ou Amsterdam au détriment de son propre réseau.

    Le prix proposé ne sera donc pas le seul critère décisif. Le projet industriel, les investissements promis et les garanties apportées sur l’avenir de la compagnie pèseront lourd dans la balance.

    Une bataille européenne dont le vainqueur reste impossible à deviner

    À ce stade, difficile de dire si TAP finira dans l’orbite d’Air France-KLM ou de Lufthansa. Les deux groupes ont de sérieux arguments et chacun présente des complémentarités avec le réseau portugais.

    Lisbonne, de son côté, se trouve dans une position plutôt confortable : deux géants veulent la même compagnie et aucun ne semble disposé à abandonner la partie.

    Le gouvernement portugais peut donc prendre son temps, comparer les projets et demander un petit effort supplémentaire.

    Dans le ciel européen, TAP représente aujourd’hui l’une des dernières grosses pièces encore disponibles. Et visiblement, Air France-KLM comme Lufthansa sont prêts à jouer une dernière manche pour essayer de la décrocher.

    Anna Duplantis
    Publié le 8 septembre 2026

    Pilote de la communication chez Ulysse, je partage ici l’actualité du voyage et les tendances du moment. Hâte d’échanger avec vous en commentaires, Anna.

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