En résumé
• Archipel tunisien calme, accessible en ferry depuis Sfax• Paysages plats, charfias, pêche traditionnelle et vélo facile
• Séjour abordable, cuisine locale et tourisme encore authentique
Il faut d’abord prendre un bateau. C’est peut-être la meilleure façon de comprendre cette destination. Depuis Sfax, le ferry quitte progressivement le continent et, pendant un peu plus d’une heure, la ville disparaît derrière vous. À l’arrivée, pas de tapis d’hôtels géants ni de front de mer transformé en succession de restaurants. Le décor devient soudain beaucoup plus calme.
Des palmiers, des maisons basses, des routes presque plates et la mer qui semble s’étirer dans toutes les directions. On pourrait croire que quelqu’un a appuyé sur le bouton « pause ».
Au large de Sfax, cet archipel tunisien attire justement ceux qui cherchent une Méditerranée différente, plus simple et beaucoup moins formatée que les grandes destinations balnéaires. Ces îles restent encore relativement à l’écart des grands circuits touristiques, au point que le voyage commence presque avant même d’avoir posé le pied sur les îles.
Ici, la mer ne ressemble pas vraiment à celle des cartes postales
Les Kerkennah ne sont pas faites de montagnes plongeant dans une mer turquoise. Le paysage est tout en longueur, presque horizontal, avec des eaux particulièrement peu profondes qui donnent au littoral une allure étonnante.
Les îles principales, Gharbi et Chergui, sont reliées entre elles par une chaussée. Autour, le paysage alterne plages de sable, palmiers, petites criques et villages de pêcheurs.
Cette géographie très plate change complètement la façon de découvrir l’endroit. Pas besoin de grimper pour chercher un panorama. On avance tranquillement, parfois à vélo, avec la mer à portée de regard. Les routes peu fréquentées permettent de passer d’un village à l’autre sans avoir l’impression de participer à un rallye touristique.
Et puis il y a cette lumière particulière. En fin de journée, lorsque le soleil descend, les eaux calmes se parent de reflets dorés. Le genre de spectacle qui ne nécessite ni billet d’entrée ni réservation six mois à l’avance.
Le spectacle le plus étonnant se trouve peut-être dans l’eau
À Kerkennah, la pêche n’est pas simplement une activité économique. Elle fait partie du paysage. Impossible notamment de passer à côté des charfias, ces installations traditionnelles utilisées pour piéger les poissons dans les eaux peu profondes. Constituées notamment de palmes et de structures en bois, elles forment d’étranges lignes et compartiments visibles depuis la mer.
Pour le visiteur, c’est une scène assez inhabituelle. Pas de jet-skis qui foncent dans tous les sens, mais des embarcations de pêche et ces installations qui semblent dessinées directement sur la mer.
Cette technique ancestrale fait partie de l’identité culturelle de l’archipel et rappelle surtout que Kerkennah n’a pas été entièrement remodelé pour les touristes. Ici, on vient regarder une activité qui existait bien avant l’arrivée des valises à roulettes.
Une destination où le vélo prend tout son sens
Les Kerkennah ont un avantage assez simple : elles sont plates. Très plates.
Cela peut sembler anecdotique, mais c’est justement ce qui rend le vélo particulièrement agréable pour parcourir l’archipel. Les petites routes permettent de relier les villages et les différents coins du littoral à un rythme tranquille, sans devoir négocier avec une circulation intense.
On pédale entre les palmiers, les maisons basses et les paysages marins, avec parfois l’impression d’être beaucoup plus loin de la Tunisie continentale qu’on ne l’est réellement. Et c’est là que le voyage prend une autre tournure. On ne coche plus des monuments sur une liste. On regarde les pêcheurs rentrer, on s’arrête devant une petite plage, on prend le temps de manger et on repart quand on en a envie.
Pour une escapade, cette lenteur est presque devenue un luxe.
Poulpe, poissons grillés et cuisine qui ne joue pas les touristes
Il serait dommage de venir jusqu’ici pour ne manger que des plats internationaux. La cuisine kerkennienne fait naturellement la part belle aux produits de la mer. Poulpe, poissons grillés, couscous aux fruits de mer, soupe de poulpe ou de seiche et salade de poulpe figurent parmi les spécialités mises en avant autour de l’archipel.
Le fameux pain kerkennien, appelé gallit, fait également partie des spécialités locales.
Autrement dit, ici, le repas prolonge la découverte. On retrouve dans l’assiette ce que l’on vient d’observer quelques heures plus tôt sur le littoral : une cuisine directement liée à la mer et aux traditions de l’archipel. Et c’est probablement ce qui donne autant de cohérence à une escapade aux Kerkennah.
Le calme avant tout
Les Kerkennah ne sont pas une destination pour ceux qui cherchent une succession de clubs, de complexes gigantesques et d’activités à chaque coin de rue. Et tant mieux.
L’archipel attire justement pour ce qu’il n’a pas. Les infrastructures touristiques restent limitées et le développement du territoire a longtemps été beaucoup plus modeste que dans les grandes stations tunisiennes. L’agence de presse tunisienne TAP soulignait encore en 2025 les difficultés du secteur touristique local et le manque d’investissements dans les infrastructures.
Cette situation constitue évidemment un défi pour les habitants et les professionnels du tourisme. Mais pour le voyageur à la recherche d’authenticité, elle explique aussi pourquoi les Kerkennah conservent une atmosphère aussi différente. C’est une destination où l’on vient moins pour être diverti que pour décrocher.
Combien prévoir pour profiter des Kerkennah ?
C’est probablement l’un des arguments les plus séduisants des Kerkennah. Une fois le ferry quitté, le voyage reste plutôt doux pour le portefeuille. L’archipel ne possède pas la grande concentration de complexes touristiques que l’on retrouve à Djerba, Hammamet ou Sousse, et cela se ressent aussi dans les prix.
Pour dormir, les voyageurs peuvent encore trouver des maisons d’hôtes autour de 30 à 60 € la nuit, tandis que certaines adresses plus confortables ou installées en bord de mer montent davantage. Il existe même des options particulièrement économiques.
L’Hôtel Kerkennah Centre affiche par exemple des tarifs historiques compris entre 17 et 36 € par personne et par nuit, selon la formule choisie. Ces prix doivent toutefois être vérifiés au moment de réserver, car ils peuvent évoluer selon la saison.
Et une fois les valises posées, les dépenses quotidiennes restent raisonnables. Dans les petits restaurants et gargotes de l’archipel, un plat de poisson grillé accompagné de pain et de salade peut tourner autour de 8 à 12 €. Pour faire encore plus local, acheter le poisson directement auprès des pêcheurs puis le faire préparer par son hébergement peut permettre de réduire davantage l’addition.
Pour découvrir les îles, inutile non plus de prévoir un gros budget transport. Leur relief désespérément plat devient ici un avantage, un vélo peut se louer autour de 3 à 5 € la journée. Il suffit alors de pédaler tranquillement entre les villages, les palmeraies et les petites routes côtières.
Même certaines sorties en mer restent accessibles. À Dar Kerkennah, par exemple, des excursions en felouque sont proposées autour de 20 dinars par personne pour une demi-journée, soit environ 6 € au taux de conversion indicatif.
Au final, c’est peut-être là que les Kerkennah jouent leur plus belle carte. On peut y dormir simplement, manger du poisson frais, louer un vélo et partir explorer les îles sans avoir l’impression que chaque moment de vacances nécessite de sortir la carte bancaire.