En résumé
• La France surfréquentée: 80 % du tourisme sur 20 % du territoire• Touriscore E pour 15 villes: Nice, Annecy, Paris, Cannes...
• Surtourisme: loyers, transports, eau et habitants sous pression
La France est le pays le plus visité au monde, mais 80 % de l’activité touristique se concentre sur 20 % du territoire. Un indicateur, le Touriscore, mesure la pression touristique sur les habitants des villes françaises. Quinze villes affichent un score rouge, signalant une surfréquentation estivale.
Le Touriscore, un indicateur pour mesurer le surtourisme
La start-up Ville de Rêve a mis en place un indicateur baptisé Touriscore pour analyser les effets du surtourisme sur les riverains. Cet indicateur va du A, pour une faible pression touristique, au E, qui indique une très forte pression sur la population. Quinze villes françaises obtiennent la note E dans ce classement relayé par Tameteo le 25 juillet 2026.
Les critères pris en compte par le Touriscore incluent le taux de locations saisonnières, la concentration de bars et restaurants, la densité de fréquentation et la hausse de la population touristique dans les centre-villes. Parmi les villes classées E figurent Nice, Annecy, Paris, Colmar, Aix-en-Provence et Cannes.
Les villes de la Côte d’Azur sous pression touristique
Cannes affiche un Touriscore rouge en raison de la saturation estivale et de la spéculation immobilière. La ville compte 45 % de résidences secondaires et plus de 32 % des logements du centre-ville transformés en meublés touristiques. Les transports, les plages et les commerces du centre sont saturés en haute saison.
Nice souffre également d’un Touriscore rouge, avec une hausse de sa capacité touristique de 23 % en dix ans. Hélène Granouillac, élue locale, a déclaré à France 3 Régions : “On a un territoire saturé. La mer, les zones urbanisées et les montagnes arrivent à saturation, on est dans un territoire gavé par le tourisme.” L’élue pointe les effets du surtourisme sur l’environnement, notamment les émissions de gaz à effet de serre et les limites d’approvisionnement en eau. Nice enregistre plus de 3,2 millions de séjours touristiques et des pics de près de 200 000 visiteurs par jour en saison estivale.
Antibes, troisième ville de la Côte d’Azur à figurer en tête du classement, connaît également une forte pression touristique avec une hausse de 14 % au cours des dix dernières années.
Annecy et Paris, des destinations saturées
Annecy, avec son lac et ses canaux, attire 3 millions de visiteurs par an. La ville a connu une augmentation de 64 % de sa capacité touristique entre 2015 et 2025. Son centre-ville se concentre sur 1,37 kilomètre carré, ce qui accentue la saturation. Les lieux comme le pont des Amours et les plages sont surpeuplés, et les commerces de proximité sont transformés en restauration rapide.
Paris a connu la hausse de capacité touristique la plus forte, avec 43 % en dix ans et 49,1 millions de touristes en 2025. Certains quartiers comme Montmartre et le secteur du Sacré-Cœur attirent des millions de visiteurs. Un collectif d’élus parisiens s’est interrogé dans une tribune publiée en janvier 2026 par Le Nouvel Obs : “Montmartre et certains quartiers de Paris vont-ils devenir un grand Disneyland à ciel ouvert ?” Les élus dénoncent l’explosion des locations Airbnb et les zones touristiques internationales instaurées en 2015, qui ont exercé des pressions sur le logement et les transports. L’industrie touristique représente 15 % de l’emploi de la capitale, selon la même tribune.
Avignon, Aix-en-Provence, Marseille et Arles concernées
Avignon voit sa fréquentation augmenter en juillet, au moment du Festival de théâtre. Jérôme Devouge, fondateur de Ville de Rêve, a révélé à Ici Vaucluse que, dans l’hypercentre d’Avignon, un logement sur six est consacré à la location saisonnière. La fréquentation se concentre à l’intérieur des remparts.
Aix-en-Provence compte 32 % de transactions immobilières récentes pour des locations saisonnières détenues par des propriétaires multi-biens. La densité de bars et restaurants atteint 651 par kilomètre carré, ce qui occasionne des nuisances pour les habitants. Marseille, labellisée Capitale Européenne de la Culture en 2013, attire les foules au Mucem et dans les quartiers en vogue comme Malmousque ou Notre-Dame-du-Mont. La fréquentation des calanques a conduit les acteurs locaux à restreindre leur accès en imposant des quotas. Arles, entre les Rencontres de la Photographie et les ferias, connaît également une hausse des locations saisonnières.
Des affiches anti-tourisme fleurissent dans la cité provençale : “Touriste, ton Airbnb augmente mon loyer” ou “Pour la santé mentale des riverains, merci de soulever vos valises à roulettes”. Des alternatives sont proposées pour chaque destination, comme Menton, Théoule-sur-Mer ou Èze pour Cannes, et le Massif des Bauges ou les Gorges du Fier pour Annecy.