Tourisme aux États-Unis : pourquoi les voyageurs du monde entier boudent l’Amérique

Vincent Mabire - Il y a 3 heures

En résumé

• Les recettes touristiques US baissent en 2025, seul pays parmi 184 économies mondiales.
• Nouvelles mesures strictes d'entrée causent chute des visiteurs étrangers.
• Le tourisme alternatif mondial progresse, USA espère sur la Coupe et Jeux Olympiques.

Les États-Unis sont désormais le seul pays parmi 184 économies mondiales à voir ses recettes touristiques reculer. Selon le World Travel and Tourism Council, le manque à gagner atteint 12,5 milliards de dollars pour 2025, alors que le tourisme mondial a progressé de 4 à 7 % sur la même période.

Les chiffres sont sans appel : le nombre de visiteurs internationaux est passé de 72,4 millions en 2024 à 67,9 millions en 2025, soit une chute de 6,3 %. Entre mai et décembre 2025, le pays a enregistré huit mois consécutifs de baisse – du jamais vu depuis la pandémie.

Un exode massif des touristes étrangers

Les principaux marchés émetteurs ont massivement déserté la destination américaine. Le Canada, premier pourvoyeur de visiteurs, affiche une baisse de 25,2 % sur l’année. L’Allemagne suit avec -28 %, le Royaume-Uni -15 %, et la France -6 % selon les données de Tourism Economics.

À noter : 60 % des Canadiens déclarent boycotter activement les voyages aux États-Unis, d’après une enquête Longwoods International. Les réservations depuis la France pour l’été 2026 sont en recul de 29 % par rapport à l’année précédente.

Les nouvelles mesures qui changent tout

Depuis janvier 2026, un arsenal de restrictions a profondément modifié les conditions d’entrée sur le territoire américain.

Le travel ban élargi. Le décret présidentiel 10998 interdit désormais l’entrée aux ressortissants de 39 pays : 19 font l’objet d’une interdiction totale (Afghanistan, Haïti, Iran, Libye, Somalie, Syrie, Yémen…), 19 autres d’une interdiction partielle touchant les visas touristiques et étudiants.

Les nouveaux frais. Une “Visa Integrity Fee” de 250 dollars par personne s’ajoute aux frais de visa existants. Pour 38 nationalités, une caution de 5 000 à 15 000 dollars est exigée. Concrètement : une famille brésilienne de quatre personnes paie désormais 1 876 dollars rien qu’en frais de visa, contre 776 dollars auparavant.

La surveillance des réseaux sociaux. Les demandeurs de visa doivent désormais fournir cinq ans d’historique sur les réseaux sociaux et paramétrer leurs comptes en mode public. Cette mesure pourrait être étendue aux voyageurs du Visa Waiver Program, dont font partie les Français.

L’ESTA en hausse. Le tarif de l’autorisation de voyage électronique est passé de 21 à 40 dollars, soit une augmentation de 91 %.

Ce que ça change pour les voyageurs français

La France fait partie des 42 pays du Visa Waiver Program : pas besoin de visa pour un séjour touristique de moins de 90 jours. Mais les nouvelles contraintes s’appliquent aussi.

Depuis le 26 décembre 2025, tous les non-citoyens américains sont soumis à une prise de photo biométrique à chaque entrée et sortie du territoire – aéroports, ports et frontières terrestres. La proposition d’exiger cinq ans d’historique sur les réseaux sociaux pour les voyageurs européens est en cours d’examen.

En clair : même avec un ESTA valide, l’expérience à la frontière s’est considérablement alourdie. Les conditions d’entrée évoluent rapidement et méritent d’être vérifiées avant toute réservation.

Où vont les voyageurs qui évitent les États-Unis ?

Pendant que l’Amérique perd des visiteurs, d’autres destinations affichent une croissance record.

Le Japon a enregistré +17 % de visiteurs en novembre 2025, confirmant son statut de destination phare en Asie. Le Mexique attire 11,8 % de Canadiens supplémentaires, qui le préfèrent désormais à leur voisin du sud. Le Brésil affiche +37 % de croissance touristique sur l’année.

Le marché du “tourisme alternatif” – ces destinations qui sortent des circuits traditionnels – pèse désormais 102 milliards de dollars selon les analystes du secteur.

Quel avenir pour le tourisme américain ?

Les États-Unis comptent sur deux événements majeurs pour inverser la tendance : la Coupe du monde de football 2026, co-organisée avec le Canada et le Mexique, et les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028.

Mais les signaux restent préoccupants. Les réservations pour l’été 2026 sont en baisse de 29 %. Les restrictions n’ont pas de date d’expiration prévue. Et les délais d’attente pour un visa atteignent 17 à 24 mois dans certains consulats.

À suivre : l’impact réel de la Coupe du monde sur les arrivées internationales, et l’éventuelle extension des contrôles de réseaux sociaux aux voyageurs européens.

Vincent Mabire
Publié le 30 janvier 2026

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