Tourisme littéraire : 8 voyages en France et en Europe sur les pas de Proust, Hugo et Ferrante

Anna Duplantis - Il y a 3 heures

En résumé

• Le book-tripping émerge en 2026 : combines lecture et voyage littéraire.

• 91 % des voyageurs cherchent des séjours pour lire et se détendre.

• Lieux et récits littéraires favorisent une expérience voyage authentique.

    Imaginez ouvrir un roman et, quelques heures plus tard, fouler les pavés qui ont inspiré chaque ligne. L’odeur du tilleul dans un jardin de Beauce, le fracas des vagues contre les falaises de Guernesey, le linge qui claque entre deux balcons napolitains. En 2026, ce rêve porte un nom : le book-tripping. Selon le rapport Unpack ’26 d’Expedia Group, mené auprès de 24 000 voyageurs dans 18 pays, 91 % d’entre eux recherchent des séjours axés sur la lecture, la détente et les moments partagés. Les recherches Pinterest pour “book club retreat ideas” ont bondi de 265 %. Le tourisme littéraire n’est plus une niche réservée aux professeurs de lettres. C’est un mouvement. Voici 8 itinéraires concrets en France et en Europe pour marcher dans les pas de vos auteurs préférés, avec transport, budget et livre à glisser dans la valise.

    Le book-tripping, la tendance voyage qui explose en 2026

    Il y a les voyages où l’on visite. Et puis il y a ceux où l’on reconnaît. Un café décrit dans un roman. Une lumière rasante sur une façade qu’on a déjà vue, mentalement, en tournant une page. C’est toute la promesse du book-tripping : voyager sur les traces d’un livre, d’un auteur, d’une fiction qui nous a marqués.

    Le phénomène n’est pas tout à fait nouveau, mais son accélération est spectaculaire. Sur TikTok, le hashtag #BookTok dépasse les 200 milliards de vues cumulées, et une communauté grandissante de lecteurs-voyageurs partage ses “literary pilgrimages” à travers l’Europe. Les mentions de destinations littéraires dans les avis de voyageurs ont presque triplé en deux ans, selon les données du groupe Expedia.

    Pourquoi maintenant ? La convergence est limpide : la puissance de BookTok, le besoin de voyages plus lents et plus authentiques, et une forme de digital detox où le livre redevient compagnon de route. On ne cherche plus seulement à voir un lieu. On veut le lire, puis le vivre.

    Proust à Illiers-Combray, sur les pas de la madeleine

    Le train s’arrête dans une gare minuscule, perdue entre les champs de blé de la Beauce. À peine le quai traversé, on comprend : Illiers-Combray, c’est Combray. Pas une inspiration lointaine, pas un vague décor. Le village lui-même. En 1971, la commune a officiellement ajouté “Combray” à son nom, fait unique en France où la fiction a modifié l’état civil d’un lieu.

    La Maison de Tante Léonie, devenue musée Marcel Proust, se visite comme on entre dans un roman. Le jardin de l’oncle Jules, la cuisine où flottait l’arôme des madeleines, le salon oriental tapissé de soieries, la chambre où le jeune Marcel écoutait les bruits de la maison. Dehors, le parcours proustien serpente jusqu’à l’église Saint-Jacques (le modèle de l’église de Combray), la boulangerie où l’on peut encore acheter des madeleines, et le Pré Catelan, ce jardin public qui inspira le parc de Tansonville.

    Comment y aller : TER depuis Paris Montparnasse avec correspondance à Chartres, environ 1h45, dès 23 euros. Quatre trains par jour. Quand partir : mai-juin, quand le jardin est en fleurs, exactement comme dans le roman. Entrée : 9 euros (tarif plein), 7 euros (réduit), gratuit pour les moins de 18 ans. Le livre à emporter : Du côté de chez Swann.

    Victor Hugo à Guernesey, l’exil qui a engendré Les Misérables

    Le ferry quitte Saint-Malo et, deux heures plus tard, les falaises de Guernesey émergent de la brume. Difficile de ne pas penser à Hugo débarquant ici en 1855, chassé de France par Napoléon III, furieux et libre. Il restera quinze ans. Et ces quinze années d’exil produiront certaines des plus grandes pages de la littérature française.

    Hauteville House, à Saint-Pierre-Port, n’est pas un musée ordinaire. C’est une œuvre d’art totale. Hugo a décoré chaque pièce lui-même, du sol au plafond : boiseries sculptées, tapisseries détournées, devises gravées dans le bois. Au sommet de la maison, le célèbre “look-out”, une véranda vitrée où l’écrivain travaillait debout, face à la mer. C’est là, entre ciel et eau, qu’il a écrit Les Travailleurs de la mer et achevé Les Misérables.

    L’île elle-même vaut le détour : cottages fleuris, sentiers côtiers battus par le vent, une lumière changeante qui fait comprendre pourquoi Hugo ne pouvait plus quitter cet endroit. Guernesey, c’est aussi une île qui cache des licornes et des falaises somptueuses, comme on vous le racontait.

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    Comment y aller : ferry Condor depuis Saint-Malo, environ 2 heures, à partir de 76 euros. Également accessible depuis Granville et Jersey. Quand partir : juin-septembre (traversées plus fréquentes, météo clémente). La maison rouvre le 2 avril 2026. Entrée : 12 livres sterling (environ 14 euros). Visite guidée uniquement, groupes de 10 personnes maximum, réservation en ligne recommandée. Le livre à emporter : Les Travailleurs de la mer.

    Jane Austen à Bath, promenades en costume Régence

    On pousse la porte du Jane Austen Centre, au 40 Gay Street, et le XIXe siècle vous happe. Les robes en mousseline, les règles de bienséance, les tasses de thé fumantes. Bath était LE lieu mondain de l’Angleterre géorgienne, et Austen l’a décrit avec une précision chirurgicale dans Persuasion et Northanger Abbey.

    Le walking tour de deux heures suit ses traces : les maisons où elle a vécu (au 4 Sydney Place, puis au 25 Gay Street), la Pump Room où toute la bonne société venait “prendre les eaux” et se montrer, les Assembly Rooms où l’on dansait. Chaque rue de Bath porte l’empreinte d’un roman.

    Mais le moment le plus saisissant, c’est le Jane Austen Festival, du 11 au 20 septembre 2026. Le plus grand festival austenien au monde. Son point d’orgue : la Grand Regency Costumed Promenade le 12 septembre, où plus de 1 000 participants déferlent dans les rues de Bath en costume d’époque. Un record Guinness. On se croirait dans une scène de film, sauf que tout est réel : les robes, les chapeaux, les révérences.

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    Comment y aller : Eurostar Paris-Londres (2h15), puis train depuis Londres Paddington jusqu’à Bath (1h30). Total environ 5 heures de centre à centre. Bath est aussi faisable en journée depuis Londres. Quand partir : septembre pour le Festival, ou mai-juin pour la douceur. Entrée du Centre : 17 livres sterling (environ 20 euros). Le livre à emporter : Persuasion (l’intrigue se déroule à Bath).

    Kafka à Prague, la ville qui ne lâche jamais

    Prague ne lâche pas. Cette petite mère a des griffes.” Kafka a écrit cette phrase dans une lettre à son ami Oskar Pollak, et elle résonne encore dans chaque ruelle du quartier du château. Prague et Kafka sont indissociables. La ville l’a forgé, et il l’a réinventée dans ses textes, transformant ses passages étroits et ses administrations labyrinthiques en littérature universelle.

    Le Franz Kafka Museum, installé dans les anciennes briqueteries de Malá Strana, sur la rive de la Vltava, se déploie en deux parties : “Espace existentiel” retrace les événements clés de sa vie à Prague, tandis que “Topographie imaginaire” montre comment la ville réelle s’est muée en métaphore. On en sort avec le sentiment troublant de ne plus savoir si l’on visite Prague ou si l’on marche dans un roman de Kafka.

    Le parcours continue à pied : la maison natale sur la place Franz Kafka, la Maison à la Minute ornée de sgraffites Renaissance, le Café Louvre où il retrouvait ses amis intellectuels, les ruelles tortueuses du quartier juif. Et puis, devant le centre commercial Quadrio, la tête rotative géante de Kafka par David Černý, sculpture cinétique de 42 couches d’acier qui tourne sur elle-même. Prague surprend aussi par ses festivals de lumière, preuve que la ville ne cesse de se réinventer.

    Comment y aller : vol direct Paris-Prague, environ 2 heures, dès 30 euros en lowcost. Alternative slow : le nouveau train de nuit European Sleeper relie désormais Bruxelles à Prague (avec correspondance depuis Paris). Quand partir : l’automne, quand les lumières dorées rasent les façades baroques, que les foules se raréfient et que la mélancolie ambiante colle parfaitement à l’univers kafkaïen. Entrée du musée : 300 CZK (environ 12 euros). Le livre à emporter : La Métamorphose (court, parfait pour le voyage en avion).

    Elena Ferrante à Naples, dans les quartiers de L’Amie prodigieuse

    Les ruelles sont étroites, le linge pend entre les façades, une voix crie quelque chose depuis un balcon du troisième étage. On est dans les Quartieri Spagnoli et, si l’on a lu Ferrante, on reconnaît tout. Non pas les lieux exacts (le Rione de Lenù et Lila se situe dans le quartier de Luzzatti, plus à l’est), mais l’atmosphère. Cette énergie brute, cette beauté sauvage, cette vie qui déborde de partout.

    Le Rione Luzzatti, dans la périphérie est de Naples, est le point de départ des visites guidées Ferrante. C’est ici que l’autrice (dont l’identité reste un mystère) a situé l’enfance de ses héroïnes. Les immeubles populaires, la cour intérieure, le tunnel sombre sous la voie ferrée. Dix millions de livres vendus dans 40 pays ont transformé ce quartier modeste en lieu de pèlerinage littéraire mondial.

    On remonte ensuite vers le centre : la Via Port’Alba, la plus ancienne rue de libraires de Naples, puis la Via Mezzocannone où Elena, dans le roman, découvre sa passion pour les livres. Naples, c’est aussi une ville en pleine mutation, entre gentrification et préservation de son âme populaire. Aller dans les pas de Ferrante, c’est saisir cette tension.

    Comment y aller : vol direct Paris-Naples, environ 2h15, dès 25 euros en lowcost. Alternative scénique : TGV jusqu’à Milan puis Frecciarossa jusqu’à Naples (environ 10 heures au total, mais quel voyage). Quand partir : mars-mai ou octobre, quand la chaleur est supportable et les touristes moins nombreux. Le livre à emporter : L’Amie prodigieuse (tome 1).

    Trois autres pépites littéraires à explorer

    Colette en Bourgogne (France)

    À Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne, la maison natale de Colette se dresse au bout d’une rue tranquille. Le jardin de Sido, celui que la romancière a immortalisé dans ses textes, existe toujours, avec ses roses et ses groseilliers. On y retrouve la sensualité végétale qui traverse toute son œuvre. La maison est ouverte d’avril à novembre (fermée les lundis et mardis). Entrée : 13,50 euros. Accès : TER depuis Paris Bercy, environ 2h30. Le livre : La Maison de Claudine.

    Shakespeare à Stratford-upon-Avon (Angleterre)

    La maison natale de Shakespeare, le cottage d’Anne Hathaway niché sous le lierre, le Royal Shakespeare Theatre au bord de l’Avon. Le Shakespeare Birthplace Trust gère cinq sites visitables, et la petite ville conserve un charme élisabéthain intact. Accès : Eurostar puis train depuis Londres Marylebone, environ 2 heures. Le livre : Roméo et Juliette (à lire dans le jardin du cottage).

    García Márquez à Carthagène (Colombie, le bonus long-courrier)

    Les balcons de Carthagène des Indes, la ville fortifiée UNESCO, le quartier de Getsemaní où l’air sent la friture et le jasmin. C’est ici que se déroule L’Amour aux temps du choléra, et le réalisme magique prend corps à chaque coin de rue. Accès : vol depuis Paris, environ 12 heures avec escale. Le livre : L’Amour aux temps du choléra.

    Organiser son book-trip, les conseils pratiques

    Budget : un week-end de tourisme littéraire en France coûte souvent moins qu’on ne l’imagine. Les maisons d’écrivains affichent des entrées entre 7 et 14 euros en moyenne, et les trajets en TER depuis Paris dépassent rarement 25 euros. Pour les destinations européennes, comptez 150 à 300 euros pour un week-end (transport lowcost + hébergement simple).

    Privilégier le train : le trajet fait partie de l’expérience. Rien de tel que de lire le roman en route vers le lieu qui l’a inspiré. C’est du slow travel dans sa forme la plus pure, et c’est plus écologique.

    Les festivals à ne pas manquer : le Jane Austen Festival à Bath (11-20 septembre 2026), le Bloomsday à Dublin (16 juin, hommage à Joyce), le Festival de la correspondance à Grignan.

    L’outil indispensable : la Fédération des Maisons d’écrivains et des patrimoines littéraires recense plus de 230 lieux littéraires en France sur son site litterature-lieux.com. Une mine d’or pour planifier ses escapades. Si vous cherchez d’autres inspirations, découvrez aussi notre guide des villes qui ont inspiré les plus beaux chefs-d’œuvre.

    Le réflexe BookTok : partager ses photos littéraires avec les hashtags #BookTok et #LiteraryTravel, c’est rejoindre une communauté de passionnés et découvrir les prochaines destinations au fil des recommandations.

    Ces pages valent le détour

    Le tourisme littéraire, au fond, c’est une autre façon de regarder. Chaque rue, chaque pierre raconte une histoire que l’on connaît déjà. On ne découvre pas un lieu, on le retrouve. Et cette familiarité étrange, ce frisson de reconnaissance, c’est ce qui rend ces voyages si particuliers.

    Le book-tripping n’est pas une mode passagère. C’est un retour aux sources du voyage : la curiosité, l’émotion, la lenteur. Un livre dans la valise, un billet de train en poche, et le monde devient une bibliothèque à ciel ouvert.

    Et vous, quel est le livre qui vous a donné envie de partir ?

    Anna Duplantis
    Publié le 27 février 2026

    Pilote de la communication chez Ulysse, je partage ici l’actualité du voyage et les tendances du moment. Hâte d’échanger avec vous en commentaires, Anna.

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