Selectour alerte sur 20 % d’annulations : comment les tour-opérateurs préparent un été 2026 sous tension

Vincent Mabire - Il y a 4 heures

En résumé

• CA des tour-opérateurs en hausse de 9 %, malgré les annulations dues au conflit.
• Le conflit au Moyen-Orient entraîne 20 % d'annulations et des frais de rapatriement élevés.
• Redistribution touristique : Espagne, Grèce, Maroc bénéficient, Moyen-Orient perd des visiteurs.

    Les tour-opérateurs français sortent d’un hiver 2025-2026 solide, avec un chiffre d’affaires en hausse de 9 % selon le SETO. Pourtant, la guerre au Moyen-Orient redistribue brutalement les cartes pour les vacances été 2026. Selectour enregistre 15 à 20 % d’annulations, le SETO dénonce une « double peine » financière, et la bataille des frais de rapatriement divise la profession. Décryptage de ce paradoxe, et ce que ça change concrètement pour votre été.

    Un hiver record qui masque la tempête

    Les chiffres du SETO parlent d’eux-mêmes. Sur l’exercice clos au 31 octobre 2025, les tour-opérateurs français affichent un chiffre d’affaires de 4,36 milliards d’euros (+4 %), pour 2,9 millions de clients (+4 %). La recette unitaire reste stable à 1 505 euros, avec un panier moyen en légère hausse de 1 %.

    L’hiver 2025-2026 a amplifié cette dynamique : CA en progression de ~9 %, trafic en hausse équivalente. Les locomotives de la saison ont été le ski en France (+30,3 % de CA), l’Espagne et les Canaries, et le retour en force de l’Égypte et de la République dominicaine (+35,1 % de CA).

    À fin décembre 2025, alors que seulement 16 % de la saison été était commercialisée, les indicateurs pointaient déjà à +16 % en CA et en trafic. En clair, la demande de voyages organisés n’a jamais été aussi forte.

    20 % d’annulations et des millions en frais de rapatriement

    Puis les frappes du 28 février 2026 ont tout fait basculer. Selon Laurent Abitbol, président de Selectour (2 200 agences, environ 50 % du marché français), le réseau enregistre 15 à 20 % d’annulations depuis le début du conflit, comme il l’a déclaré le 10 mars sur franceinfo. Neuf pays du Moyen-Orient sont concernés par les suspensions, prolongées jusqu’au 7 avril au moins : Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Irak, Israël, Jordanie, Liban, Oman et Qatar.

    Le SETO a dû coordonner le rapatriement de plus de 4 300 Français, dont environ 800 via des vols charter et 3 500 sur des lignes commerciales. Un vol Air Austral affrété par Kuoni et le SETO a ramené 260 touristes depuis Malé (Maldives) vers Paris-Charles de Gaulle, entièrement financé par les tour-opérateurs. Selectour a de son côté rapatrié 9 700 clients, pour un coût de 3 à 4 millions d’euros.

    Concrètement, un siège sur un vol charter de rapatriement coûte entre 350 et 680 euros par personne selon la destination — un montant présenté comme « bien en-dessous des prix du marché », mais qui pèse lourd multiplié par des milliers de passagers.

    La guerre des frais de rapatriement divise la profession

    Le sujet a enflammé le 16e Forum du SETO, organisé du 25 au 27 mars à Tétouan (Maroc). Les tour-opérateurs souhaitent faire supporter 50 % des coûts de rapatriement aux agences distributrices, invoquant la « co-responsabilité » prévue par le Code du tourisme. C’est le tour-opérateur Visiteurs qui a porté cette proposition.

    Laurent Abitbol s’y oppose fermement. « Nous tenons à exprimer notre totale opposition à cette orientation », a-t-il déclaré, selon TourMaG. Son argument : un échange bilatéral discret aurait été préférable à une mise en demeure publique lors du forum. Il refuse d’« opposer distribution et production quand on forme la même profession ».

    Une piste émerge néanmoins : la création d’un fonds calamité sur le modèle allemand et néerlandais, alimenté par l’ensemble de la filière. En Allemagne et aux Pays-Bas, ces mécanismes disposent de dizaines de millions d’euros de réserves. À suivre lors des prochaines négociations interprofessionnelles.

    Vacances été 2026 : la carte des gagnants et des perdants

    La redistribution des flux touristiques est déjà visible. Côté perdants, l’Égypte, la Jordanie (Pétra a perdu 90 % de ses visiteurs), les Émirats arabes unis et Oman subissent des suspensions prolongées. Quelque 800 000 Français ont renoncé à ces destinations, et le Moyen-Orient perd globalement 38 millions de visiteurs en 2026.

    Côté gagnants, l’Espagne affiche +3,7 % d’arrivées dès le premier trimestre 2026 et pourrait frôler les 100 millions de touristes cette année (après un record de 97 millions en 2025). La Grèce (Naxos en tête chez les voyagistes) profite d’un report massif vers les îles. Le Maroc (+11,7 % cet hiver) et la Tunisie (+22 % de clients SETO cet hiver) complètent le podium des bénéficiaires.

    Les clubs de vacances affichent une hausse spectaculaire de +44,3 %, les groupes progressent de +8,4 %, tandis que les circuits reculent. Le long-courrier souffre aussi hors conflit : les États-Unis perdent 14,6 % de trafic (effet combiné de l’inflation et du contexte politique), et le Mexique comme la Thaïlande sont en baisse.

    Ce que ça change pour vos vacances été 2026

    Assurance : la quasi-totalité des contrats standard excluent le risque de guerre. Seule l’assurance annulation « toutes causes » couvre les scénarios géopolitiques, pour un surcoût de 4 à 10 % du prix du voyage (environ 120 à 300 euros pour un séjour à 3 000 euros). Attention : toute police souscrite après le 28 février 2026 exclut désormais les événements du Golfe, qui ne sont plus considérés comme « imprévisibles ».

    Remboursement : le déclencheur le plus solide reste l’alerte du Quai d’Orsay. Lorsqu’une destination passe en zone « déconseillée » ou « formellement déconseillée », le droit au remboursement intégral s’applique, à condition que l’alerte ait été émise après la date de réservation.

    Timing de réservation : les voyageurs qui se reportent vers l’Espagne ou la Grèce font monter les prix. Barcelone a doublé sa taxe de séjour au 1er avril 2026 (jusqu’à 15 euros par nuit en 5 étoiles), et la Grèce applique sa taxe Climate Crisis Resilience en haute saison (2 à 15 euros par nuit selon la catégorie). Réserver maintenant permet encore de capter les tarifs d’avant-report. Les alternatives sans avion existent aussi, notamment en van ou en train.

    Recours : en cas de litige, la médiation auprès du Médiateur tourisme et voyage est obligatoire avant toute action en justice.

    Faut-il s’inquiéter pour vos vacances été 2026 ?

    Le paradoxe est frappant : la demande de voyages reste au plus haut (l’hiver record le prouve), mais l’incertitude géopolitique redistribue les cartes à grande vitesse. Les tour-opérateurs positionnés sur le Moyen-Orient et le long-courrier encaissent le choc ; ceux qui misent sur le bassin méditerranéen tirent leur épingle du jeu.

    Pour le consommateur, trois leviers font la différence : flexibilité sur la destination, assurance adaptée (souscrite avant le 28 février), et réservation anticipée pour éviter la surenchère des prix sur les destinations de report. Le bras de fer entre tour-opérateurs et distributeurs sur les frais de rapatriement pourrait aussi peser à terme sur le prix des forfaits.

    À suivre : les négociations sur le fonds calamité et le baromètre SETO de l’été, attendu en avril.

    Vincent Mabire
    Publié le 28 mars 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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