Barcelone ferme 2 terminaux de croisières fin 2026 : les escales menacées en Méditerranée

Vincent Mabire - Il y a 1 heure

En résumé

• Barcelone fermera 2 terminaux et passera de 7 à 5 d’ici fin 2026.
• La capacité chutera de 16 %; 185 M€ iront aussi au cold ironing.
• La ville cible le transit: taxe doublée et escales réorientées.

    Le premier port de croisières d’Europe acte la fermeture de deux terminaux d’ici fin 2026. Barcelone passera de 7 à 5 terminaux opérationnels, avec une enveloppe publique-privée de 185 millions d’euros à la clé. Un signal infrastructurel inédit en Méditerranée, qui va peser sur les itinéraires des grandes compagnies dès 2027.

    Ce que Barcelone a officialisé

    L’accord signé le 17 juillet 2025 entre la mairie de Barcelone et l’Autorité portuaire prévoit le passage de 7 à 5 terminaux de croisières opérationnels, selon le communiqué officiel du Port de Barcelone. Le calendrier est précis : le terminal C sera démoli fin 2026, suivi des terminaux A et B à partir du second semestre 2028. Un nouveau terminal sera reconstruit sur l’emplacement du C à l’horizon 2030, plafonné à 7 000 passagers simultanés.

    L’enveloppe globale atteint 185 millions d’euros, dont 50 millions dédiés à la rénovation du quai Adossat (610 mètres) et à l’équipement en branchement électrique à quai. La capacité quotidienne maximale du port chute mécaniquement de 37 000 à 31 000 passagers, soit une réduction de 16 %.

    Le maire Jaume Collboni a justifié l’accord par la pression du trafic : Barcelone a enregistré 1,6 million de passagers en transit en 2024, avec une hausse de 20 % de croisiéristes entre 2018 et 2024 et un bond de 21 % d’escales au premier semestre 2025. La ville s’aligne sur la trajectoire suivie par Venise, Amsterdam et Mykonos, mais pousse la logique plus loin : il ne s’agit plus seulement de taxer, mais de réduire physiquement la capacité d’accueil. Amsterdam a plafonné ses escales à 100 navires en 2026 et redirigé 90 escales vers Rotterdam ; Barcelone, elle, démolit ses quais.

    Les 5 terminaux qui survivent (et qui les exploite)

    Particularité de l’accord : quatre des cinq terminaux maintenus seront opérés directement par les grandes compagnies, et non par l’Autorité portuaire. C’est la consécration d’une mutation industrielle déjà amorcée.

    TerminalOpérateurCompagniesStatut
    DCarnival CorporationCosta, AIDA, PrincessPrivé, conservé
    ECarnival CorporationHolland America, CunardPrivé, conservé
    HMSC CroisièresMSCPrivé, hub Méditerranée
    GRoyal Caribbean GroupRoyal Caribbean, CelebrityPrivé, en construction
    Nouveau C (2030)Autorité portuaireCompagnies sans accordPublic, 7 000 pax max

    Carnival Corporation conserve deux terminaux (D et E) pour ses marques Costa, AIDA, Princess, Holland America et Cunard. MSC Croisières garde le Terminal H, son hub méditerranéen historique. Royal Caribbean Group hérite du Terminal G, encore en construction, pour ses marques Royal Caribbean et Celebrity. Le cinquième terminal, exploité par l’Autorité portuaire, devient le seul espace ouvert aux compagnies sans accord exclusif.

    Le passager en transit, cible explicite de la fermeture des terminaux

    L’accord cible nommément les croisiéristes en transit, ceux qui descendent quelques heures à Barcelone et repartent sans dormir sur place. La taxe de séjour journalière de croisière passe de 4 à 8 euros par passager pour les escales de moins de 12 heures, dès 2026. Pour un paquebot comme le MSC World Europa et ses 6 762 places, c’est une note de plus de 27 000 euros par escale.

    La hausse ne concerne pas les passagers qui embarquent ou débarquent à Barcelone (turnaround). Eux dorment en ville, dépensent dans les restaurants et les hôtels, et restent économiquement utiles. La distinction est assumée : Jaume Collboni a déclaré vouloir tendre vers zéro escale en transit « à long terme ».

    C’est une rupture nette avec le modèle des dix dernières années, où Barcelone se positionnait comme port d’escale incontournable de la Méditerranée occidentale. La ville accepte de perdre du volume pour récupérer de la valeur. Cette logique de filtrage par le prix s’inscrit dans une vague continentale : voir notre guide ville par ville des taxes de séjour en Europe 2026.

    Quelles escales menacées en 2027 ?

    Les itinéraires Méditerranée occidentale (Barcelone–Marseille–Gênes–Civitavecchia–Palma) sont les plus exposés. Barcelone y figure souvent comme escale courte de quelques heures, pas comme port d’embarquement. Ces rotations devront être recalibrées.

    MSC et Royal Caribbean, qui conservent leurs terminaux dédiés, sécurisent leurs itinéraires turnaround. Carnival Corporation, fortement présent sur le segment transit avec Costa et AIDA, devra revoir une partie de ses rotations 2027. Les compagnies hors accord exclusif (NCL, Holland America en dehors des têtes de ligne Carnival, ferries Grimaldi) devront se partager les créneaux plus rares du dernier terminal public.

    Plusieurs ports concurrents sont en position de récupérer une partie du trafic :

    • Marseille, qui a investi dans son terminal MPCT et qui revendique le rang de premier port français de croisière
    • Civitavecchia, le port d’accès à Rome, déjà saturé mais en mesure d’absorber des escales additionnelles
    • Palma de Majorque, alternative naturelle pour les itinéraires Baléares
    • Tarragone, à une heure au sud de Barcelone, candidate logique pour les escales courtes débarrassées de leur ancrage barcelonais

    Le mouvement s’inscrit dans un cadre européen plus large : le Parlement européen a voté en mars 2026 une stratégie anti-surtourisme qui ouvre la porte à des plafonds de visiteurs et à des taxes ciblées dans les villes saturées.

    Le « cold ironing », l’autre volet du plan

    L’enveloppe de 50 millions d’euros affectée au quai Adossat finance aussi le branchement électrique à quai, le « cold ironing ». Les navires pourront couper leurs moteurs pendant l’escale et se brancher au réseau électrique local. Fin des panaches de fumée au-dessus du Port Vell, et baisse attendue des émissions de NOx, SOx et particules fines dans les quartiers de la Barceloneta et du Poble-Sec.

    L’investissement répond à une contrainte européenne. Le règlement FuelEU Maritime impose le branchement à quai dans les principaux ports européens d’ici 2030. Barcelone se met en conformité avec deux à trois ans d’avance.

    Ce que ça change pour les croisiéristes français

    Pour les passagers ayant déjà réservé une croisière Méditerranée 2026 incluant Barcelone : l’escale est maintenue, mais la surtaxe de 8 euros par jour s’applique aux passagers en transit. La somme reste modeste à l’échelle du prix d’une cabine, mais elle s’ajoute aux taxes portuaires habituelles et à la taxe de séjour de la ville, doublée elle aussi en avril 2026.

    Pour 2027 et 2028, les itinéraires des grandes compagnies vont être révisés au fil des publications de catalogues. Les escales courtes à Barcelone pourraient être remplacées par Tarragone ou Palma sur certaines rotations Carnival.

    Pour les voyageurs qui n’ont pas encore réservé, l’arbitrage est simple : un embarquement à Barcelone (turnaround) reste pleinement valorisé, sans surtaxe et avec un vrai séjour en ville. Une simple escale en transit devient un choix moins évident, surtout si l’itinéraire propose Marseille ou Civitavecchia comme alternative.

    À surveiller dans les prochains mois : la position de la CLIA (Cruise Lines International Association) et l’éventuelle répercussion de la hausse de taxe sur le prix des cabines vendues sur les itinéraires transit Barcelone.

    Vincent Mabire
    Publié le 22 mai 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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