En résumé
• Collision mortelle entre deux trains en Espagne : 40 morts, 120 blessés.• Enquête en cours sur défaillance possible du rail causant le déraillement.
• Trafic grande vitesse Madrid-Andalousie suspendu, enquête attendue.
C’est l’un des accidents ferroviaires les plus graves en Europe depuis des années. Dimanche 18 janvier, deux trains à grande vitesse sont entrés en collision près de Cordoue, dans le sud de l’Espagne. Selon un bilan communiqué lundi soir par la région d’Andalousie et relayé par Franceinfo, la catastrophe a fait au moins 40 morts et plus de 120 blessés (autour de 123), dont cinq dans un état très grave et 24 dans un état grave. Mardi 20 janvier, les autorités régionales évoquent aussi 41 personnes hospitalisées, dont 12 en soins intensifs, quatre étant des enfants, et indiquent que ce bilan pourrait encore évoluer à mesure que les recherches se poursuivent.
Que s’est-il passé exactement ? Et surtout : comment un tel accident a-t-il pu se produire sur une ligne à grande vitesse moderne ?
Les faits : collision entre un Iryo et un Renfe
L’accident s’est produit vers 19h45 près d’Adamuz, une petite commune de la province de Cordoue. Selon les informations relayées par Euronews et Franceinfo, l’arrière d’un train Iryo (un Frecciarossa 1000) assurant la liaison Málaga-Madrid a déraillé, avant d’entrer en collision avec un train Renfe circulant en sens inverse, sur une voie adjacente, en direction de Huelva. D’après Franceinfo, plus de 300 personnes se trouvaient à bord du train Iryo et plus de 100 dans celui de Renfe.
L’impact a provoqué le déraillement des deux premiers wagons du train Renfe, qui auraient été projetés hors de la voie et sur un talus d’environ quatre mètres, selon des précisions rapportées par Euronews. À ce stade, les circonstances exactes (dont la vitesse précise des rames au moment de l’accident) n’ont pas été confirmées publiquement de façon stabilisée.
Le ministre espagnol des Transports a qualifié l’accident d”étrange”, notamment parce qu’il s’est produit sur une portion rectiligne de la ligne à grande vitesse, là où les risques de déraillement sont théoriquement les plus faibles. Le Premier ministre, Pedro Sanchez, s’est rendu près du lieu de la catastrophe, a promis une “transparence absolue” sur les causes et a annoncé trois jours de deuil national.
La piste d’un défaut de rail
Une photo diffusée par la Guardia Civil et reprise par plusieurs médias montre ce qui pourrait être une dégradation du rail à proximité du lieu de l’accident. À ce stade, il ne s’agit pas d’une confirmation officielle de la cause.
Depuis, plusieurs médias espagnols (dont El Mundo et ABC) indiquent que l’enquête s’intéresse de près à une rupture de soudure sur la voie, comme hypothèse expliquant le déraillement. Le ministre des Transports, Óscar Puente, souligne toutefois qu’il reste à établir si cette rupture est la cause du déraillement ou une conséquence de celui-ci.
Selon Reuters (20 janvier), des experts ont identifié une jonction défectueuse entre deux sections de rail (une éclisse, fishplate) et un jeu susceptible de s’être accentué avec le passage répété des trains. Reuters rapporte aussi que, lors de l’inspection initiale, les premières voitures seraient passées sur cette zone mais que la dernière voiture aurait déraillé, entraînant les voitures précédentes. À ce stade, ces éléments sont présentés comme des constats préliminaires, dans l’attente des conclusions de la commission d’enquête.
Des passagers ont décrit des secousses violentes juste avant le déraillement, selon Euronews.
Détail qui attire l’attention : le ministre espagnol des Transports a souligné que l’accident s’est produit sur une portion de voie rénovée en mai 2025, ce qui renforce l’incompréhension autour de l’incident.
L’enquête officielle, menée par les autorités espagnoles, devra déterminer si le problème vient de l’infrastructure, du matériel roulant, ou d’une combinaison de facteurs.
Le Frecciarossa 1000 : un train moderne, mais poussé à ses limites ?
Le train Iryo impliqué est un Frecciarossa 1000, un modèle de train à grande vitesse (ETR 1000). Sa vitesse de conception peut aller jusqu’à 400 km/h (vitesse maximale de conception), même si la vitesse commerciale dépend des lignes et des règles d’exploitation.
En Italie, l’exploitation est notamment limitée à 300 km/h en service, en raison de contraintes d’infrastructure (information générale sur le modèle, indépendante de l’accident).
Le train Iryo avait été inspecté quatre jours avant l’accident, selon les informations communiquées par l’opérateur.
Reuters indique par ailleurs que le fabricant, Hitachi Rail, a effectué une inspection de routine le 15 janvier et n’y aurait relevé aucune anomalie (information rapportée par une source briefée sur les premières constatations).
ADIF dans la ligne de mire
Le gestionnaire d’infrastructure ferroviaire espagnol, ADIF, se retrouve au centre des interrogations. C’est lui qui est responsable de l’entretien et de la maintenance des voies à grande vitesse.
Autre élément relevé par la presse espagnole et relayé par Franceinfo : des incidents auraient déjà été signalés récemment sur ce secteur. ADIF avait par exemple indiqué le 23 décembre que des retards étaient à prévoir sur la ligne Madrid-Andalousie, en raison d’un dysfonctionnement sur un aiguillage entre Adamuz et Cordoue.
La question de la qualité de la maintenance revient dans plusieurs analyses. L’Espagne possède l’un des plus grands réseaux de lignes à grande vitesse d’Europe : Euronews rappelle, par exemple, qu’il dépasse 3 100 km (pour les lignes > 250 km/h, selon l’UE). Maintenir un tel réseau en parfait état représente un défi logistique et financier considérable.
Les conséquences sur le trafic
Dans l’immédiat, le trafic grande vitesse entre Madrid et l’Andalousie est totalement suspendu. Selon Renfe, les liaisons suivantes sont concernées :
- Madrid – Cordoue
- Madrid – Séville
- Madrid – Málaga
- Madrid – Grenade
- Madrid – Huelva
- Madrid – Cadix / Algésiras
Environ 200 trains ont été annulés sur la seule journée de lundi. Tous les opérateurs sont touchés : Renfe, Iryo et Ouigo España. Selon The Local, Renfe a notamment annulé des dizaines de liaisons (par exemple Madrid-Séville, Madrid-Cordoue et Madrid-Málaga), tandis qu’Ouigo et Iryo ont également supprimé plusieurs allers-retours vers l’Andalousie.
ADIF n’a pas communiqué de date de reprise du trafic. La priorité est au retrait des rames accidentées et à l’évaluation des dégâts sur l’infrastructure. Les voyageurs ayant des billets pour les prochains jours sont invités à contacter leur opérateur pour obtenir un remboursement ou un réacheminement. Selon The Local, des annulations pourraient aussi se poursuivre mardi.
En attendant, plusieurs alternatives sont évoquées par les médias locaux : des trains “moyenne distance” (beaucoup plus longs), des bus entre les grandes villes andalouses et Madrid, la location de voiture, ou encore l’avion sur certaines liaisons. À noter : en cas de retards importants lors de la reprise, les règles européennes d’indemnisation peuvent permettre de demander un remboursement (selon les opérateurs et les conditions), avec des seuils de compensation souvent fixés autour de 60 et 90 minutes.
Un débat sur le modèle ferroviaire espagnol
Au-delà de l’émotion, l’accident relance un débat de fond sur le modèle ferroviaire espagnol. Depuis l’ouverture à la concurrence en 2020, trois opérateurs (Renfe, Iryo, Ouigo) se partagent le marché de la grande vitesse.
Certains y voient un succès : les prix ont baissé, l’offre s’est étoffée, et le train est devenu plus accessible. D’autres pointent un risque : la pression sur les coûts pourrait-elle affecter la maintenance de l’infrastructure, qui reste gérée par un acteur unique (ADIF) ?
La question n’est pas nouvelle. Elle se pose dans tous les pays européens qui ont libéralisé leur marché ferroviaire. Mais elle prend une résonance particulière après un accident de cette ampleur.
Selon Euronews, le ministre des Transports a indiqué qu’une enquête pourrait prendre environ un mois (délai indicatif, susceptible d’évoluer). En attendant, les familles des victimes et les survivants attendent des réponses.
Article mis à jour le 20 janvier 2026 à 12:24. Les informations évoluent : suivez les communiqués officiels de Renfe, Iryo et ADIF pour les dernières mises à jour. Renfe centralise un point “Accidente Ferroviario” sur son site et a ouvert des numéros d’information : 900 10 10 20 (familles) et 91 232 03 20 (changements/annulations).
Sources (sélection) : Franceinfo, The Local, Euronews, El Pais (EN), El Mundo, ABC, Reuters (dépêche du 20/01/2026, 9h16).