En résumé
• Cavallo, près de Bonifacio, est l’« île des milliardaires ».• Granit, criques claires et mer turquoise définissent ses paysages.
• Son littoral privé relance le débat sur l’accès public.
À quelques kilomètres seulement de Bonifacio, une petite île corse cultive depuis des décennies une réputation à part. Ici, les eaux transparentes entourent des criques de sable clair et d’imposants blocs de granit, tandis que les villas se fondent dans un paysage méditerranéen resté très discret.
Longtemps associée aux grandes fortunes et aux personnalités venues chercher la tranquillité, elle demeure encore largement méconnue du grand public. Pourtant, son nom revient aujourd’hui dans l’actualité avec une question sensible, celle de l’accès à son littoral.
Cavallo, une île à part dans l’archipel des Lavezzi
Il faut descendre tout au sud de la Corse pour trouver Cavallo. L’île se situe au large de Bonifacio, dans les Bouches de Bonifacio, entre la Corse et la Sardaigne. Elle appartient à l’archipel des Lavezzi, connu pour ses paysages de granit, ses petites plages et une mer dont la transparence contribue largement à la réputation du secteur.
Cavallo se distingue cependant de ses voisines. D’une superficie d’environ 120 hectares, elle est présentée comme la plus grande île de l’archipel et la seule à être habitée. Son visage est également très différent de celui de Lavezzu, où la nature domine presque entièrement et où les visiteurs doivent respecter les règles strictes de la réserve naturelle.
À Cavallo, le décor est plus résidentiel. Des villas ont été construites à proximité des criques et une partie de l’île est depuis longtemps associée à une clientèle particulièrement fortunée. Cette histoire lui a valu son surnom d’« île des milliardaires », qui entretient encore aujourd’hui son image de refuge confidentiel.
Mais derrière cette réputation mondaine, le premier intérêt de Cavallo reste géographique. L’île se trouve dans l’un des secteurs les plus spectaculaires de l’extrême sud corse, face à une mer parsemée d’îlots rocheux et à quelques kilomètres seulement des côtes sardes.
Des criques, du granit et une Méditerranée presque irréelle
Le paysage de Cavallo reprend les grands traits qui font la singularité des Lavezzi. Le granit est partout. Poli par le vent et la mer, il forme de gros blocs arrondis qui bordent les plages et donnent au littoral cette apparence immédiatement reconnaissable.
Entre ces formations rocheuses apparaissent de petites anses où le sable clair rencontre une eau souvent peu profonde près du rivage. Par temps calme, les nuances passent du bleu pâle au turquoise avant de devenir plus profondes au large. C’est ce contraste entre la roche, le maquis et la mer qui donne au secteur son identité.
La proximité de la Sardaigne renforce aussi l’impression d’être à la frontière de deux mondes méditerranéens. Depuis cette partie de la Corse, l’île italienne n’est qu’à quelques encablures. Le site officiel du tourisme corse rappelle d’ailleurs aux visiteurs des Lavezzi que les téléphones peuvent parfois capter un réseau italien en raison de cette proximité géographique.
Pour qui découvre la région pour la première fois, il faut toutefois éviter de confondre Cavallo avec Lavezzu. Cette dernière est accessible aux visiteurs par les navettes de promenade en mer et permet de parcourir des sentiers balisés entre les criques. Cavallo, elle, possède un statut et une histoire bien différents, marqués par les propriétés privées et un tourisme beaucoup plus exclusif.
Comment cette petite île est devenue le refuge des grandes fortunes
La réputation de Cavallo ne s’est pas construite uniquement sur ses plages. Au fil des décennies, son isolement relatif et sa discrétion ont attiré une clientèle aisée à la recherche d’un lieu éloigné des grandes stations balnéaires.
Les constructions résidentielles ont progressivement donné à l’île une identité singulière au sein des Lavezzi. Là où les îles voisines évoquent surtout une nature protégée et presque dépourvue d’aménagements, Cavallo est devenue synonyme de villas et de séjours confidentiels.
Cette image a largement dépassé les frontières de la Corse. Des personnalités et de riches propriétaires ont été associés à l’île au cours de son histoire, contribuant à alimenter son surnom. Mais ce caractère exclusif a également créé une situation particulière pour les visiteurs ordinaires, notamment lorsqu’il s’agit de distinguer les espaces privés du domaine public maritime.
C’est précisément ce point qui replace aujourd’hui Cavallo sous les projecteurs.
« L’île aux milliardaires » sera-t-elle davantage rendue au public ?
Dans un article publié le 16 juillet 2026, Le Figaro s’intéresse à la question de l’accès du public à Cavallo et à son littoral. Le sujet touche directement à la réputation de cette île où la présence de nombreuses propriétés privées entretient depuis longtemps une impression de territoire difficilement accessible pour les visiteurs de passage.
La situation est pourtant plus nuancée lorsqu’il est question du bord de mer. En France, les plages et certaines parties du littoral relèvent du domaine public maritime, ce qui pose depuis longtemps la question de leur accessibilité effective lorsque des propriétés privées occupent les terrains situés en retrait.
Cette problématique n’est d’ailleurs pas nouvelle à Cavallo. Dès 2002, Le Monde rapportait que les propriétaires ne pouvaient empêcher les visiteurs arrivés par leurs propres embarcations d’accéder au domaine public maritime, tout en décrivant les tensions qui existaient autour de certains accès.
L’actualité récente remet donc en lumière un paradoxe qui accompagne Cavallo depuis des années. L’île est française et ses paysages appartiennent à l’un des archipels les plus connus du sud de la Corse, mais son développement résidentiel et son fonctionnement très privé ont contribué à la tenir à distance du tourisme classique.
Une autre façon de découvrir les Lavezzi
Pour les voyageurs attirés avant tout par les paysages de l’archipel, l’île Lavezzu reste aujourd’hui la porte d’entrée la plus évidente. Des navettes maritimes permettent de s’y rendre et de parcourir les sentiers à pied. On y trouve notamment la plage de l’Achiarina, des criques entourées de blocs de granit et des eaux appréciées pour l’observation des fonds marins.
Cette découverte demande toutefois quelques précautions. Lavezzu ne possède ni ombre aménagée ni véritable infrastructure pour les visiteurs. Les sentiers peuvent être étroits et caillouteux, et la protection du site impose de rester sur les chemins balisés. Il est également interdit de prélever des fleurs ou des coquillages et de laisser des déchets sur place.
Cavallo offre un autre visage de ce même archipel. Plus habitée, plus confidentielle et entourée d’une aura de luxe, elle intrigue autant pour ses paysages que pour les questions liées à son accessibilité. À seulement quelques kilomètres de Bonifacio, cette petite île reste ainsi l’un des endroits les plus singuliers de l’extrême sud de la Corse.