En résumé
• L'aéroport de Marseille-Provence revalorise les produits confisqués pour aider les démunis.• En 2026, 1,5 tonne de biens redistribués après un mois de partenariat avec le Samu social.
• D'autres aéroports français adoptent des dispositifs similaires pour réduire le gaspillage.
Chaque année, des tonnes de bouteilles d’eau, de crèmes solaires et de pots de confiture finissent à la poubelle dans les aéroports français. À Marseille-Provence, ces produits confisqués ont désormais une seconde vie. Depuis fin janvier 2026, le Samu social de Marseille récupère les articles retirés aux 11 millions de passagers annuels de l’aéroport pour les redistribuer aux personnes en grande précarité. Résultat après un mois : 1,5 tonne de produits sauvés du gaspillage.
1,5 tonne en un mois : comment fonctionne la collecte à Marseille-Provence
Le dispositif repose sur un partenariat entre trois acteurs : l’aéroport Marseille-Provence, Suez (gestion des déchets sur site) et ITS (opérations de sûreté). Concrètement, les liquides de plus de 100 ml et les denrées alimentaires confisqués aux postes de contrôle des terminaux 1 et 2 sont triés selon des critères stricts : produits scellés, non entamés, sans alcool et hors chaîne du froid. Environ 40 % des produits confisqués sont déjà entamés et ne peuvent pas être redistribués.
Le Samu social municipal récupère les lots deux à trois fois par semaine. « On s’est rendu compte du gaspillage que cela représentait », explique Donia Joly, responsable innovation sociale chez Suez, selon France Info. La projection est ambitieuse : environ 20 tonnes de produits récupérés et redistribués d’ici la fin de l’année 2026.
Le bilan du premier mois parle de lui-même : 1 500 bouteilles et canettes, 950 boîtes et conserves, 1 100 produits d’hygiène collectés et orientés vers les circuits de distribution solidaire.
Des conserves de bouillabaisse aux shampoings : que deviennent ces produits
La répartition des produits collectés à l’aéroport Marseille-Provence reflète ce que les voyageurs transportent en cabine : 60 % de denrées alimentaires (jus, sodas, conserves de bouillabaisse, cassoulet, pâtes à tartiner) et 40 % de produits d’hygiène (gel douche, shampoing, déodorant, crème solaire).
« Ce sont des produits de très bonne qualité », confirme Caroline Vidal d’ITS, selon France Info. Les denrées alimentaires sont redistribuées via les maraudes et les associations partenaires du Samu social. Les produits d’hygiène prennent le chemin des douches municipales et des kits d’hygiène distribués aux sans-abri.
Détail notable : certains produits d’hygiène spécifiques (shampoings pour cheveux texturés, par exemple) sont particulièrement précieux car difficiles à obtenir via les circuits de dons classiques. Ce qui n’est pas redistribuable par le Samu social est orienté vers d’autres structures, comme la coopérative du quartier Noailles-Belsunce.
Environ 300 personnes bénéficient de ces distributions entre les différents points. « Les enfants logés à l’hôtel peuvent avoir de la pâte à tartiner de marque le matin, ce qui est important pour eux vis-à-vis de leurs camarades à l’école », souligne Elsa Peinturier, directrice du Samu social de Marseille, interrogée par France Bleu.
Les passagers acceptent mieux la confiscation
C’est l’un des effets inattendus du dispositif : les voyageurs vivent mieux le moment de la confiscation. « Tant pis mais tant mieux », résume une passagère interrogée par France 3 Provence, apprenant que sa bouteille d’eau ne finira pas à la poubelle.
« Les voyageurs acceptent mieux la confiscation quand ils savent que les produits ne sont pas gaspillés », confirme Caroline Vidal d’ITS. L’aéroport prévoit d’aller plus loin : un meuble dédié sera bientôt installé en amont des contrôles de sûreté pour permettre aux passagers de donner volontairement leurs produits non conformes avant même le passage au poste de contrôle.
Pour rappel, la règle des 100 ml pour les liquides en cabine reste en vigueur dans la grande majorité des aéroports français, y compris Marseille-Provence. Les contenants doivent être placés dans un sac plastique transparent de 1 litre maximum. En cas de doute sur ce que vous pouvez emporter, notre comparatif des règles bagages cabine 2026 fait le point compagnie par compagnie.
Nice, Beauvais, Nantes : d’autres aéroports français dans le mouvement
Marseille-Provence n’est pas le seul aéroport à avoir pris cette initiative. Nice Côte d’Azur collabore avec les Restos du Coeur depuis mars 2022 : en 18 mois, 117 000 objets y ont été collectés, soit entre 700 kg et une tonne par semaine, selon France 24.
Paris-Beauvais affiche un bilan encore plus conséquent : plus de 17 tonnes de produits redistribués aux Restos du Coeur en un an. Des dispositifs similaires existent également à Nantes.
L’initiative de Marseille-Provence s’inscrit dans un contexte particulier. En 2024, quatre employés de l’aéroport avaient été licenciés pour « faute grave » après avoir distribué des denrées alimentaires invendues de leur propre initiative. Le dispositif officiel vient désormais encadrer et légitimer cette pratique solidaire.
Ce que les voyageurs au départ de Marseille peuvent faire
Pour les passagers transitant par Marseille-Provence (ou tout autre aéroport équipé d’un tel dispositif), quelques réflexes simples permettent de limiter le gaspillage.
Vérifier les règles de bagages cabine avant le départ reste le premier conseil. Les liquides de plus de 100 ml, les conserves et les produits alimentaires en grande quantité seront systématiquement confisqués au contrôle. Les sacs Ziploc d’un litre restent obligatoires dans la plupart des aéroports français, contrairement à certains aéroports européens équipés de scanners CT.
Autre option : consommer ou donner les produits non conformes avant d’arriver au poste de contrôle. Le futur meuble de don volontaire de Marseille-Provence facilitera ce geste.
À suivre : l’extension du dispositif à d’autres aéroports régionaux et l’installation du meuble de don volontaire, dont la date n’a pas encore été communiquée.