MSC Euribia bloqué à Dubaï : 6 000 croisiéristes évacués par avion, trois croisières annulées

Vincent Mabire - Il y a 3 heures

En résumé

• Le MSC Euribia est bloqué à Dubaï, affectant 6 000 passagers sans droits d'indemnisation.

• MSC a annulé trois croisières et lancé un rapatriement complexe sans vol initial pour la France.

• Le cadre juridique européen montre ses limites pour les croisiéristes face à cette crise.

    Le MSC Euribia est immobilisé à Port Rashid, à Dubaï, depuis le 28 février 2026. À bord : environ 6 000 passagers piégés par la fermeture du détroit d’Ormuz, consécutive aux frappes américano-israéliennes sur l’Iran. Le navire MSC Euribia, Dubaï étant son port d’escale, n’a plus bougé depuis dix jours. MSC Croisières a fini par affréter des charters et annuler les trois dernières croisières de la saison dans le Golfe. Mais au-delà de l’opération logistique, c’est un vide juridique qui frappe les croisiéristes : contrairement aux passagers aériens, ils n’ont quasiment aucun droit à indemnisation.

    Ce qui s’est passé à bord du MSC Euribia

    Le MSC Euribia, paquebot propulsé au GNL d’une capacité maximale de 6 327 passagers, a accosté à Port Rashid le 27 février pour une escale prévue. Le lendemain, les frappes sur l’Iran ont entraîné la fermeture de l’espace aérien et du détroit d’Ormuz, rendant toute navigation dans le Golfe impossible. Le navire n’a plus bougé depuis.

    Au total, selon les données compilées par franceinfo et les médias spécialisés, 15 000 croisiéristes se sont retrouvés bloqués dans les ports du Golfe (Dubaï, Doha, Abu Dhabi), sur des navires de plusieurs compagnies. MSC assure que « la situation à bord reste calme » et que les passagers ont conservé l’accès à l’ensemble des services du navire pendant toute la durée de l’immobilisation.

    Des passagers français ont toutefois dénoncé un traitement qu’ils jugent inégal. Selon un témoignage recueilli par BFMTV, un croisiériste prénommé Pierre-Olivier a évoqué un « sentiment d’abandon » et critiqué l’inaccessibilité du consulat de France à Dubaï. Sa crainte : que les Français soient « les derniers à bord avec les Russes ».

    Un rapatriement massif mais laborieux

    MSC Croisières a lancé une opération de rapatriement à grande échelle à partir du 5 mars. Le dispositif, détaillé par la compagnie et confirmé par franceinfo, combine trois leviers : des vols charters affrétés aux frais de MSC, des sièges réservés en partenariat avec Emirates et Fly Dubai sur des lignes commerciales régulières, et des places sur des vols organisés par les gouvernements.

    Au 6 mars, sept vols avaient décollé de la région, permettant l’évacuation de plus de 1 500 passagers vers le Royaume-Uni, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, les États-Unis et le Brésil. Pierfrancesco Vago, président exécutif de MSC Croisières, s’est dit « extrêmement fier de la mobilisation de toute l’entreprise pour cette opération de rapatriement très complexe ».

    Problème : la France ne figurait pas dans la première vague de destinations. MSC a finalement annoncé qu’un vol de rapatriement pour les ressortissants français partirait de Dubaï, mais les dates ont glissé à plusieurs reprises. Au 9 mars, le rapatriement se poursuit dans un contexte aérien encore instable : Emirates a repris 106 vols quotidiens, mais une frappe de drone le 7 mars a rappelé la fragilité de la reprise. Le gouvernement français, de son côté, a annoncé des vols affrétés pour les ressortissants vulnérables, sans que les croisiéristes du MSC Euribia soient explicitement mentionnés.

    Trois croisières annulées, la saison Golfe terminée

    MSC a acté l’annulation des trois dernières croisières de la saison hivernale au Golfe à bord de l’Euribia. Les départs concernés : 14, 21 et 28 mars 2026, au départ de Dubaï, Doha et Abu Dhabi. La saison est donc officiellement terminée.

    Tous les passagers impactés recevront un remboursement intégral via leur canal de réservation (agence de voyages ou MSC direct). MSC précise que « tous les passagers concernés sont contactés par leur canal de réservation — soit leur agence de voyages, soit directement par MSC Croisières — et recevront un remboursement intégral ». Aucune mention, en revanche, d’un geste commercial supplémentaire (crédit pour une future croisière, compensation forfaitaire). Le remboursement, point final.

    Vos droits en tant que croisiériste : le grand écart avec l’aérien

    C’est l’angle mort de cette crise. Le Règlement européen 1177/2010 régit les droits des passagers maritimes, mais les croisiéristes sont largement exclus des protections les plus fortes.

    En clair, trois différences majeures avec le transport aérien :

    Pas de choix entre remboursement et réacheminement. Contrairement aux passagers de ferries, les croisiéristes ne peuvent pas exiger un transport alternatif vers leur destination. Seul le remboursement du billet est garanti.

    Pas d’indemnisation forfaitaire. Un passager aérien dont le vol est annulé peut recevoir jusqu’à 600 euros d’indemnisation en vertu du Règlement EU 261/2004, plus la prise en charge de l’hôtel et des repas. Un croisiériste dans la même situation n’a droit à aucune indemnisation comparable. Le règlement 1177/2010 exclut explicitement les croisiéristes du droit à compensation en cas de retard à l’arrivée.

    L’exception « circonstances extraordinaires ». Un conflit armé constitue une circonstance extraordinaire au sens du règlement, ce qui dispense le transporteur de ses obligations d’assistance (hébergement, repas à terre). MSC a maintenu les passagers à bord avec accès aux services, mais rien ne l’y obligeait juridiquement.

    Pour les voyageurs habitués à la protection solide du règlement aérien, le constat est brutal. Le droit maritime européen n’a pas suivi l’évolution du secteur des croisières.

    Croisière dans le Golfe réservée : que faire maintenant

    Si votre croisière figure parmi les trois départs annulés (14, 21 ou 28 mars), le remboursement est acquis. MSC est tenu de le verser sous 14 jours conformément au règlement européen 1177/2010.

    Pour l’assurance annulation, la prudence s’impose. La plupart des contrats excluent les « faits de guerre » de leurs garanties, y compris les assurances premium. Le constat est le même que pour les passagers aériens bloqués dans le Golfe : votre assurance ne vous couvrira probablement pas.

    À retenir :

    • Contactez votre agence de voyages si vous avez réservé par un intermédiaire. Elle a une obligation d’information et de suivi.
    • Surveillez les annonces des autres compagnies (Costa, TUI, Celestyal, Aroya) si vous avez une croisière Golfe réservée chez un concurrent. La situation évolue d’heure en heure.
    • Envisagez le report plutôt que l’annulation si votre compagnie propose un avoir. Les croisières repositionnées hors du Golfe (Méditerranée, Caraïbes) ne sont pas affectées. Notre comparatif des compagnies en Méditerranée peut aider à réorienter vos plans.

    Ce qu’il faut retenir

    Le MSC Euribia, bloqué à Dubaï depuis dix jours, incarne les limites du cadre juridique européen pour les croisiéristes. Alors que le rapatriement des Français depuis Dubaï reste un chantier en cours et que la crise aérienne au Moyen-Orient continue de produire des effets en cascade, les passagers de croisière découvrent qu’ils sont les moins protégés de tous les voyageurs européens. Une situation à surveiller, alors que la Commission européenne discute depuis des années d’une révision du Règlement 1177/2010 — sans calendrier ferme.

    Vincent Mabire
    Publié le 9 mars 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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