Pétra a perdu 90 % de ses visiteurs : la Jordanie s’enfonce dans une crise touristique sans précédent

Vincent Mabire - Il y a 3 heures

En résumé

• Pétra subit un effondrement touristique de 61 % entre 2023 et 2024.

• L'instabilité régionale, notamment en lien avec le conflit à Gaza, dissuade les touristes.

• La Jordanie met en place des mesures incitatives pour relancer le tourisme.

    Pétra tourisme 2026 : le constat est brutal. L’une des sept merveilles du monde moderne est quasiment déserte. Le site archéologique jordanien, taillé dans la roche il y a plus de 2 000 ans, a vu sa fréquentation s’effondrer de 61 % en 2024. En 2026, certaines zones touristiques du pays enregistrent jusqu’à 90 % de visiteurs en moins. Pour les 38 000 habitants de la région de Pétra qui vivent du tourisme, c’est une catastrophe silencieuse.

    Pétra vidée de ses visiteurs : les chiffres d’un effondrement

    Les données sont sans appel. Selon l’Autorité de développement et de tourisme de Pétra, le site est passé de 1,17 million de visiteurs en 2023 à seulement 457 000 en 2024, soit une chute de 61 % en un an. Au premier semestre 2025, la tendance ne s’est pas inversée : 259 798 visiteurs seulement, contre 692 595 sur la même période en 2023. En juin 2024, le site n’a accueilli que 16 207 visiteurs étrangers, contre 68 349 un an plus tôt.

    Les conséquences sur l’hébergement sont tout aussi brutales : 28 hôtels classés ont fermé dans la région de Pétra, représentant 1 975 chambres, soit 56 % de la capacité hôtelière locale. Le taux d’occupation des établissements encore ouverts est tombé sous les 6 %, contre 60 à 70 % en temps normal.

    Pourquoi les touristes fuient la Jordanie (alors qu’elle est en paix)

    Le conflit à Gaza, déclenché en octobre 2023, a contaminé l’image de toute la région. La Jordanie ne partage pourtant pas de frontière avec Gaza, et le pays reste un pôle de stabilité reconnu. Mais selon Hussam Battat, guide à Pétra depuis 16 ans, « les gens en Europe ne comprennent pas vraiment ce qu’il se passe ici, alors ils ont peur de venir au Moyen-Orient en général ».

    Les frappes américano-israéliennes sur l’Iran en février 2026 ont aggravé la situation. La Jordanie a temporairement fermé son espace aérien, plusieurs compagnies ont annulé des vols, et le Quai d’Orsay a déconseillé les voyages vers le pays « dans les jours à venir ». Résultat : un effet domino sur l’ensemble du secteur aérien régional qui continue de peser sur les réservations. Les voyageurs dont le vol vers le Golfe a été annulé ont vu leurs plans tomber à l’eau du jour au lendemain.

    Concrètement, les voyageurs européens reportent leurs vacances vers l’Espagne, la Grèce et le bassin méditerranéen occidental. L’Espagne pourrait ainsi approcher les 100 millions de visiteurs annuels, bénéficiaire directe de ce phénomène de report.

    Bédouins, artisans, guides : les oubliés de la crise

    Derrière les statistiques, il y a des vies. Hussam Battat résume la situation : « Depuis un mois et demi, c’est le premier groupe que j’accompagne. Avant, je faisais trois ou quatre groupes par semaine. »

    Les communautés bédouines du Wadi Rum, qui vivent presque exclusivement du tourisme (camps, excursions en 4×4, randonnées), sont parmi les plus touchées. À Pétra, des boutiques de souvenirs ont licencié jusqu’à 6 employés par enseigne. Les guides touristiques, formés pendant des années, se retrouvent sans revenus depuis des mois. L’économie locale de Wadi Musa, la ville-porte de Pétra, est en état de choc.

    @snydexplores

    Petra, one of the 7 World Wonders, is nearly empty in peak season, March 2025 🤯 While good for photo ops, this is honestly pretty depressing as it’s made life very difficult for local business owners. Vendors can barely sell anything, so come to Jordan! 🇯🇴 #petra #wadimusa #worldwonder #jordantravel #jordancountry

    ♬ original sound – snydexplores

    Ce que fait la Jordanie pour inverser la tendance

    Le royaume ne reste pas inactif. Depuis janvier 2026, la durée du visa à l’arrivée est passée de 30 à 90 jours, et un e-visa simplifié a été mis en place. Le gouvernement jordanien propose également des subventions allant jusqu’à 80 $ par passager pour les tour-opérateurs qui programment la destination.

    Le Jordan Pass reste l’un des meilleurs deals culturels au monde : pour 70 JOD (environ 90 €), il combine l’exemption de visa et l’accès à plus de 40 sites, dont Pétra et le Wadi Rum. À titre de comparaison, le visa seul coûte 40 JOD à l’arrivée, ce qui rend le Pass rentable dès la première visite de Pétra.

    Le Jordan Tourism Board a par ailleurs approuvé un plan d’action axé sur le marketing digital, les salons internationaux, la diversification des marchés et l’allongement des séjours. Le pays mise aussi sur le tourisme d’aventure, culturel et de bien-être — notamment autour de la mer Morte — pour attirer de nouveaux profils de voyageurs.

    Malgré ces efforts, les résultats demeurent limités face à la perception de danger qui plane sur l’ensemble de la région.

    L’état des lieux sécurité et vols pour les voyageurs français

    Selon le Quai d’Orsay (mise à jour du 1er mars 2026), la Jordanie fait l’objet d’une vigilance renforcée. Les zones frontalières avec la Syrie et l’Irak sont formellement déconseillées, de même que la ville de Ma’an. Le reste du pays, y compris Pétra et le Wadi Rum, n’est pas en zone rouge.

    À noter : le ministère recommande d’« éviter les environs de l’ambassade des États-Unis à Amman » et de rester joignable en permanence. En cas de sirène d’alerte, les autorités jordaniennes préconisent de se réfugier « dans une pièce fermée sans fenêtre ni ouverture ». Les voyageurs sont invités à s’inscrire sur le Fil d’Ariane et à consulter les droits des voyageurs français en cas de perturbation.

    Pour les séjours de plus de 14 jours, un enregistrement au poste de police est obligatoire sous peine d’une amende de 200 JOD (environ 260 €).

    Comment s’y rendre depuis la France

    Pour les voyageurs partant de Paris, Royal Jordanian opère des vols directs depuis CDG vers Amman (environ 4 h 30, à partir de 208 €). Ryanair propose une liaison depuis Beauvais à partir de 51 € l’aller simple. Depuis Lyon, Marseille ou Toulouse, il n’existe pas de vol direct régulier : les connexions passent par Istanbul (Turkish Airlines) ou par le hub parisien.

    Sur place, le trajet Amman-Pétra prend environ 3 heures de route. Le bus JETT assure la liaison pour environ 10 JOD (14 €), et la location de voiture reste une option pratique pour combiner Pétra, le Wadi Rum et la mer Morte.

    Côté hébergement, les prix sont historiquement bas : dès 20 € la nuit en auberge à Wadi Musa, et des hôtels 4-5 étoiles accessibles à des tarifs qui auraient été impensables il y a deux ans.

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    Visiter Pétra (presque) seul : une fenêtre qui ne durera pas

    Pour les voyageurs qui acceptent le contexte régional et suivent les recommandations du Quai d’Orsay, la situation actuelle offre une expérience paradoxale : traverser le Siq en silence, contempler le Trésor sans la foule, découvrir la Jordanie dans des conditions que peu de voyageurs ont connues.

    Les premiers signes de reprise sont là. Pétra a enregistré des pics à près de 4 000 visiteurs par jour début 2026, et les revenus touristiques jordaniens ont progressé de 7 % sur les onze premiers mois de 2025, atteignant 7,2 milliards de dollars. La fenêtre se refermera. À suivre : l’évolution de la situation régionale et les décisions du Quai d’Orsay dans les semaines à venir.

    Vincent Mabire
    Publié le 14 mars 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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