En résumé
• Le Train, premier opérateur privé, va concurrencer la SNCF sur Paris-Bordeaux et Paris-Rennes.• Plus de 10 allers-retours quotidiens et tarifs compétitifs visent à attirer les voyageurs de l'Ouest.
• Le lancement est prévu entre 2028 et 2029, avec l'homologation des trains Talgo en cours.
La SNCF ne sera bientôt plus seule sur les rails de la grande vitesse française. Le 13 mars 2026, Le Train, première compagnie ferroviaire privée française, a signé deux accords-cadres avec SNCF Réseau pour faire circuler ses rames sur les axes Paris-Bordeaux et Paris-Rennes. Avec plus de 10 allers-retours quotidiens prévus sur chaque ligne, l’annonce marque un tournant pour des millions de voyageurs de l’Ouest. Le Train concurrence SNCF sur ses deux lignes les plus demandées.
Ce que Le Train vient d’obtenir
Les deux accords-cadres signés le 13 mars définissent les engagements réciproques entre Le Train et le gestionnaire d’infrastructure SNCF Réseau. Concrètement, ils ouvrent l’accès aux LGV Sud Europe Atlantique (Paris-Bordeaux) et Bretagne-Pays de la Loire (Paris-Rennes), deux des axes les plus fréquentés du réseau.
L’opérateur vise plus de 10 allers-retours quotidiens sur chacune de ces lignes, avec des créneaux complémentaires à l’offre SNCF : départs plus tôt le matin, plus tard le soir, davantage de fréquences le week-end. Le Train doit désormais obtenir un avis consultatif de l’Autorité de régulation des transports (ART) avant de passer à l’étape suivante — une formalité encadrée qui vérifie le respect des règles d’accès non discriminatoire au réseau.
La compagnie ne renonce pas pour autant à ses lignes transversales originelles. Les liaisons Bordeaux-Nantes et Bordeaux-Rennes sans passer par Paris restent au programme, avec des tarifs annoncés autour de 60 euros.
Qui est Le Train, la compagnie qui défie le TGV
Fondée en 2019 par Alain Gétraud, Le Train est basée à L’Isle-d’Espagnac, en Charente. Un ancrage dans le Grand Ouest assumé, loin du centralisme parisien.
Pour équiper ses futures lignes, la compagnie a signé un contrat de 300 millions d’euros avec le constructeur espagnol Talgo pour 10 rames Avril, un train grande vitesse de nouvelle génération capable d’atteindre 330 km/h en service commercial. Le Talgo Avril a été homologué en Espagne en 2024, où il circule déjà pour la Renfe entre Madrid, les Asturies et la Galice. L’homologation sur le réseau français est en cours : selon Trenvista, 70 % du processus de certification a déjà été validé, et la rame 106-009 a passé avec succès les tests de compatibilité au Technicentre Est Européen de Bobigny.
Un centre de maintenance est prévu sur le site industriel de La Janais, au sud de Rennes, pour assurer l’entretien de la flotte.
Ce que Le Train concurrence SNCF va changer pour les voyageurs
Pour les usagers réguliers du Paris-Bordeaux ou du Paris-Rennes, l’arrivée d’un concurrent signifie d’abord plus de fréquences sur des axes que la SNCF elle-même reconnaît comme saturés.
Elle pourrait aussi signifier des prix plus bas. Le Train promet des tarifs au kilomètre inférieurs à l’offre SNCF standard. En parallèle, OUIGO Train Classique lance dès avril 2026 un Paris-Bordeaux à partir de 10 euros, mais en 5h30 de trajet, sur des trains classiques. Le Train, lui, mise sur la grande vitesse : environ 2 heures pour rejoindre Bordeaux depuis Paris.
À noter : des arrêts intermédiaires sont prévus à Tours, Angoulême et Angers, des villes moyennes qui gagneraient en connectivité directe grande vitesse.
Quand Le Train va-t-il réellement circuler
C’est la question centrale. Le lancement était initialement annoncé pour 2026, mais la date a été repoussée. Alain Gétraud évoque désormais un démarrage entre 2028 et 2029, certaines sources mentionnant même 2030.
Le principal obstacle reste l’homologation des rames Talgo Avril sur le réseau français. Si 70 % de la certification est acquise, les dernières étapes — tests dynamiques à grande vitesse et validation de l’EPSF (Établissement public de sécurité ferroviaire) — sont aussi les plus exigeantes. D’ici là, Le Train poursuit les démarches administratives et la préparation de son centre de maintenance à Rennes.
En clair, l’accord signé avec SNCF Réseau est une étape structurante, mais il faudra encore patienter avant de monter à bord.
Un duel inédit en France, déjà testé chez nos voisins
La France est l’un des derniers grands pays européens à ne pas avoir de concurrence sur la grande vitesse domestique. En Italie, l’arrivée d’Italo face à Trenitalia a fait chuter les prix de 30 à 40 % sur certaines lignes comme Rome-Milan, tout en doublant les fréquences et en faisant passer le nombre de voyageurs de 1 à 3,6 millions en dix ans. En Espagne, l’entrée d’Ouigo et d’Iryo face à Renfe a produit des effets similaires.
Le Train n’est d’ailleurs pas le seul à vouloir bousculer la SNCF. Velvet (ex-Proxima), fondée par Rachel Picard et Timothy Jackson, prépare un lancement sur Paris-Bordeaux, Paris-Nantes et Paris-Rennes dès le second semestre 2028, avec 12 rames Avelia Horizon commandées à Alstom et un financement d’un milliard d’euros levé auprès d’Antin Infrastructure Partners.
La SNCF réagit déjà : extension de l’offre OUIGO, lancement du TGV M prévu pour juillet 2026 sur Paris-Marseille et ouverture anticipée des ventes été.
Les lignes prévues par Le Train depuis les grandes villes
Paris sera relié à Bordeaux et Rennes en grande vitesse, les deux axes principaux annoncés. Bordeaux constitue le point central du réseau Le Train, avec des liaisons vers Paris, Nantes, Rennes et même Arcachon. Nantes et Rennes seront desservies par les lignes transversales (Bordeaux-Nantes, Bordeaux-Rennes) qui évitent le passage par la capitale.
Des arrêts intermédiaires à Tours, Angoulême et Angers sont prévus, offrant des connexions directes à des villes jusqu’ici moins bien desservies en grande vitesse. Pour les amateurs de week-ends en train, la perspective de nouvelles fréquences et de tarifs compétitifs sur ces axes est une bonne nouvelle.
Ce qu’il faut retenir
Pour les voyageurs de l’Ouest, la signature de ces accords-cadres est un signal fort : la concurrence ferroviaire grande vitesse arrive en France, et elle cible les lignes les plus empruntées du réseau. Les prix exacts, les horaires et les services à bord restent à préciser.
La clé sera le respect du calendrier. Le Train a déjà repoussé son lancement à plusieurs reprises. Si la compagnie tient ses engagements et que l’homologation des Talgo Avril aboutit, les voyageurs français pourraient enfin bénéficier de ce que les Italiens et les Espagnols connaissent depuis des années : plus de choix, plus de trains et des billets moins chers. À suivre de près.