Ryanair, easyJet, SAS : le classement des compagnies les mieux protégées contre la flambée du kérosène cet été

Vincent Mabire - Il y a 4 heures

En résumé

• Le kérosène a bondi de 84%, affectant les compagnies aériennes.

• Ryanair évite les annulations grâce au hedging.

• SAS et Volotea subissent des annulations en raison d'une faible couverture.

    Le kérosène a bondi de 830 à 1 528 dollars la tonne en Europe du Nord-Ouest, soit une hausse de 84 % en quelques semaines. SAS a annulé 1 000 vols en avril. Volotea a supprimé des liaisons vers la Corse. Pourtant, Ryanair n’a pas annulé un seul vol. La différence tient en un mot : le hedging. Ce classement des compagnies aériennes fiables été 2026 par niveau de couverture carburant permet de savoir lesquelles risquent le moins de perturber vos vacances.

    Le hedging, l’assurance qui fait la différence entre voler et rester au sol

    Le hedging désigne une couverture financière par laquelle une compagnie verrouille à l’avance le prix de son kérosène via des contrats à terme. Concrètement, une compagnie hedgée à 80 % à 67 dollars le baril ne paie ce prix que sur 80 % de sa consommation, quel que soit le cours du marché.

    Le carburant représente 20 à 40 % des coûts d’exploitation d’une compagnie aérienne, selon la conjoncture. Quand le prix double en dix jours, l’impact est immédiat pour celles qui n’ont pas pris de couverture. Depuis les frappes israélo-américaines sur l’Iran le 28 février 2026 et la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz — par lequel transite un cinquième de la demande mondiale en hydrocarbures —, le Brent a franchi les 100 dollars le baril.

    Le phénomène est amplifié par le « crack spread » : le kérosène monte plus vite que le pétrole brut (+84 % contre +33 % pour le Brent), ce qui rend le hedging encore plus déterminant. Les compagnies non couvertes subissent de plein fouet cette surenchère, comme le détaille notre analyse des compagnies perdantes de la crise.

    Le classement : les compagnies les mieux couvertes pour l’été 2026

    Tier 1 : bouclier solide (70 % et plus de hedging)

    Ryanair affiche la position la plus robuste du marché. La compagnie irlandaise est hedgée à 80 % à environ 67 dollars le baril, selon son CEO Michael O’Leary. Sa trésorerie massive lui permet d’absorber les 20 % restants sans annuler de vols. À noter : O’Leary a indiqué le 25 mars dans l’Irish Times qu’il ne prévoyait pas de nouvelles couvertures dans les trois prochains mois, pariant sur une baisse future des prix sous les 70 dollars le baril.

    easyJet a couvert 84 % de ses besoins pour le premier semestre 2026 et 62 % pour le second, à un coût moyen de 715 et 688 dollars la tonne respectivement. Une protection très solide jusqu’à l’automne, selon les données publiées par la compagnie. La couverture tombe cependant à 43 % pour le premier semestre 2027.

    Wizz Air est hedgée à 83 % jusqu’en mars 2026 (à 681-749 dollars la tonne), mais sa couverture tombe à 55 % pour l’année se terminant en mars 2027. La protection s’effrite nettement au second semestre.

    IAG (British Airways, Iberia, Vueling) maintient une couverture de 75 % au premier trimestre, 64 % au deuxième et 58 % au troisième. Une protection dégressive mais qui reste au-dessus de la moyenne du secteur.

    Tier 2 : couverture moyenne (40-70 %)

    Air France-KLM a relevé sa politique de hedging à 87 % sur un an (contre 68 % précédemment), avec une répartition de 70 % au T1, 69 % au T2, 60 % au T3 et 47 % au T4 2026. Le groupe a également étendu son horizon de couverture de six à huit trimestres. La couverture reste correcte au printemps mais s’amenuise nettement à l’automne, quand les prix pourraient rester élevés.

    Lufthansa (Swiss, Austrian, Brussels Airlines) avait couvert 76 % de ses besoins 2025 et seulement 28 % de ses besoins 2026 fin 2024, selon les données compilées par RTE. Le groupe a depuis relevé sa position, avec une couverture estimée à 82 % au premier trimestre et 77 % sur l’ensemble de l’année selon Aerospace Global News. Mais cette protection a été contractée à des niveaux plus élevés que ses concurrents, ce qui pèse sur ses marges.

    Tier 3 : exposition critique (moins de 20 %)

    SAS est la compagnie la plus exposée d’Europe. La compagnie scandinave a « temporairement ajusté » sa politique de hedging l’an dernier, laissant 0 % de sa consommation couverte pour les douze mois suivants. Résultat : 1 000 vols annulés en avril, principalement sur les liaisons domestiques norvégiennes. Son concurrent Norwegian en a profité pour ajouter 120 vols supplémentaires entre le 25 mars et le 12 avril.

    Volotea, compagnie non cotée dont les chiffres de hedging ne sont pas publics, a déjà annulé plusieurs liaisons Corse-continent pour avril et mai, invoquant « des raisons opérationnelles liées à l’instabilité géopolitique ».

    Les compagnies américaines (Delta, American, United) ont largement abandonné le hedging ces dernières années. Delta reste partiellement protégée grâce à sa raffinerie Trainer en Pennsylvanie, mais American, United et JetBlue n’ont aucune couverture significative et font face à un surcoût estimé à 400 millions de dollars pour le seul mois de mars.

    Ce que ça signifie concrètement pour vos réservations cet été

    Pour les compagnies du Tier 1, le risque d’annulation reste faible. Ryanair, easyJet et IAG disposent de marges financières suffisantes pour maintenir leurs programmes. En revanche, une hausse des tarifs de 10 à 15 % est probable pour compenser les coûts résiduels non couverts.

    Pour le Tier 2, le risque se concentre sur le troisième et quatrième trimestre. Air France-KLM et Lufthansa pourraient réduire leurs fréquences sur certaines lignes secondaires si le kérosène reste au-dessus de 1 400 dollars la tonne cet été.

    Pour le Tier 3, le risque est documenté : SAS et Volotea ont déjà annulé des vols. De nouvelles suppressions de fréquences, voire des suspensions de lignes entières, ne sont pas exclues.

    Willie Walsh, directeur général de l’IATA, a confirmé le 20 mars que la hausse des billets d’avion est « inévitable », avec une augmentation estimée entre 20 et 40 % pour l’été 2026. Un Paris-Barcelone est déjà passé de 98 à 126 euros en une semaine, soit +29 %.

    Comment protéger vos vacances face aux annulations

    Plusieurs précautions permettent de limiter les risques.

    Privilégier les compagnies du Tier 1 pour les vols critiques (départ et retour de vacances, correspondances avec une croisière ou un événement) reste la mesure la plus efficace. Réserver en direct sur le site de la compagnie, plutôt que via une agence en ligne, facilite le rebooking en cas de modification de programme.

    En cas d’annulation moins de 14 jours avant le départ, le règlement européen EU261 prévoit une indemnisation pouvant atteindre 600 euros par passager, en plus du remboursement ou du réacheminement. Attention : si la compagnie invoque des « circonstances extraordinaires », l’indemnisation peut être contestée — notre guide détaille ce que les compagnies vous doivent vraiment.

    @inesetledroit

    Sources : art. 8 Règlement (CE) no 261/2004 Pour te faire indemniser, faire la demande : – par lettre recommandée avec avis de réception – en ligne sur le site de la compagnie – joindre l’ensemble des documents de voyage (billet électronique, confirmation de réservation, carte d’embarquement, étiquettes bagages, reçus justifiant les dépenses engagées, etc.) *** Le droit à l’assistance et indemnisation financière dépend de 3 critères : le pays de départ du vol, d’arrivée, et la nationalité de la compagnie aérienne. Les seuls cas excluant l’assistance et l’indemnisation financière sont si : – le pays de départ est hors Europe, la nationalité de la compagnie aérienne est non européenne, même si le pays d’arrivée est situé en Europe ; – le pays de départ et d’arrivée sont hors Europe, même si la compagnie aérienne est européenne. Peu importe si le vol est européen ou non, tu as droit au remboursement de ton billet en cas d’annulation de ton vol. Mais si ton vol est européen, la compagnie aérienne doit te proposer un réacheminement + te verser une indemnité. Enfin, il n’y a pas d’indemnisation si : – la compagnie t’as informé de l’annulation du vol 2 semaines ou plus avant le départ ; – si elle t’a prévenu moins de 2 semaines avant le départ mais qu’une place t’es offerte sur un autre vol à une heure proche de l’horaire de départ ou d’arrivée prévue ; – des circonstances extraordinaires sont intervenues (conditions météo, catastrophe naturelle, etc.) *** #droit #avion #volretardé #volannulé #indemnisation #remboursement #éducation #inesdroit #apprendresurtiktok

    ♬ Fashionable and jazzy lofi beats(1158388) – TAKI NAKAJO

    Souscrire une assurance annulation couvrant les circonstances extraordinaires constitue un filet de sécurité supplémentaire. Vérifiez toutefois les clauses d’exclusion : certaines assurances n’appliquent pas leurs garanties en zone de conflit. S’inscrire aux notifications de vol de la compagnie permet d’être alerté rapidement en cas de changement de programme.

    Faut-il éviter certaines compagnies aériennes cet été 2026

    La réponse dépend du niveau de flexibilité acceptable. Pour un voyage où l’annulation serait catastrophique (mariage à l’étranger, croisière avec embarquement fixe, événement sportif), le choix de Ryanair, easyJet ou d’une compagnie du groupe IAG offre la meilleure garantie de maintien du vol.

    Pour un week-end flexible ou un aller-retour facilement reprogrammable, le risque reste gérable même avec Air France-KLM ou Lufthansa. Ces groupes disposent de réseaux suffisamment étoffés pour proposer des alternatives en cas de suppression d’une fréquence.

    En revanche, les lignes secondaires opérées par des compagnies peu hedgées (liaisons régionales SAS, routes Volotea hors axes principaux) présentent un risque réel de perturbation dans les mois à venir. La pénurie de kérosène pourrait affecter les programmes de vols jusqu’en juin.

    À retenir : le hedging ne protège pas le voyageur contre la hausse des prix, mais contre les annulations de dernière minute. C’est sur ce critère que le choix de la compagnie fait la différence cet été.

    Vincent Mabire
    Publié le 26 mars 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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