En résumé
• Les passagers ont droit à l'assistance, même sans indemnisation météo.• Les compagnies doivent prouver la cause directe et l'effort de prévention.
• En cas de conflit, médiation obligatoire avant action en justice.
Votre vol vient d’être annulé à cause de la tempête. Vous êtes coincé à l’aéroport, la compagnie vous dit qu’elle « ne peut rien faire » et vous vous demandez si c’est vraiment le cas. Spoiler : non, ce n’est pas le cas. Si les compagnies n’ont pas à vous verser d’indemnisation financière quand la météo s’en mêle, elles vous doivent bien plus qu’elles ne veulent l’admettre.
Cet hiver 2025-2026, les voyageurs français ont pris cher. Tempête Goretti en janvier : 40 % des vols annulés à Roissy-CDG, près de 200 vols Air France supprimés. Tempête Nils mi-février, puis Oriana dans la foulée les 14 et 15 février : 30 % de suppressions à CDG, 20 % à Orly, des rafales à 167 km/h dans le sud. Et entre les deux, Air France a cumulé 193 retards et 12 annulations sur la seule journée du 12 février. Trois épisodes majeurs en six semaines, pile au moment des départs en vacances de février.
Alors, quels sont vos droits concrets quand votre vol est annulé pour cause de tempête ? On fait le point.
Pourquoi la tempête change tout pour votre indemnisation
En temps normal, le règlement européen EU261/2004 prévoit une indemnisation forfaitaire quand votre vol est annulé ou retardé de plus de 3 heures : 250 € pour les vols de moins de 1 500 km, 400 € entre 1 500 et 3 500 km, et 600 € au-delà.
Sauf que la météo est classée « circonstance extraordinaire » par l’article 5§3 du règlement. Concrètement, quand une tempête empêche votre avion de décoller, la compagnie est exemptée de cette indemnisation financière. C’est la mauvaise nouvelle.
La nuance, c’est que la compagnie doit prouver deux choses : que la tempête est bien la cause directe de l’annulation, et qu’elle a pris toutes les mesures raisonnables pour l’éviter. Ce n’est pas un blanc-seing. La Cour de justice de l’UE l’a rappelé en octobre 2025 (arrêt C-399/24) : un impact de foudre peut être une circonstance extraordinaire, mais un manque de liquide dégivrant, non. La compagnie doit anticiper les températures négatives et s’organiser en conséquence.
En pratique, si votre vol est annulé trois heures après la fin de la tempête alors que les autres compagnies ont repris leurs opérations, la défense « circonstance extraordinaire » ne tient plus.
Ce que la compagnie vous doit quand même (et qu’elle « oublie » souvent)
C’est la partie que les compagnies « oublient » souvent de vous expliquer au comptoir. Même quand la météo les exempte d’indemnisation, l’obligation d’assistance reste intacte, selon l’article 9 du règlement EU261. Ça veut dire :
- Repas et rafraîchissements proportionnés à votre temps d’attente
- Deux communications gratuites (appel, email ou SMS)
- Hébergement à l’hôtel si le vol est reporté au lendemain, avec le transport aller-retour entre l’aéroport et l’hôtel
En plus de ça, la compagnie doit vous proposer un choix clair : soit un réacheminement vers votre destination finale dans les meilleurs délais, soit le remboursement intégral de votre billet sous 7 jours. Et le réacheminement ne se limite pas à la même compagnie. Selon la réglementation européenne, la compagnie doit chercher des alternatives sur d’autres transporteurs, voire sur d’autres modes de transport (train, bus) si c’est plus rapide.
Bon à savoir : si la compagnie ne fournit pas cette assistance, vous pouvez avancer les frais vous-même. Gardez tous vos reçus (repas, hôtel, transport) et demandez le remboursement ensuite.
Météo, grève, panne : le comparatif de vos droits
Tous les motifs d’annulation ne se valent pas. Voici ce qui change selon la cause :
| Cause de l’annulation | Indemnisation EU261 | Assistance obligatoire | Remboursement/réacheminement |
|---|---|---|---|
| Tempête / neige / brouillard | Non (circonstance extraordinaire) | Oui | Oui |
| Grève du personnel de la compagnie | Oui (250 à 600 €) | Oui | Oui |
| Grève du contrôle aérien | Non (circonstance extraordinaire) | Oui | Oui |
| Panne technique | Oui (250 à 600 €) | Oui | Oui |
Petit rappel : la grève du personnel de la compagnie (pilotes, PNC, sol) n’est pas considérée comme une circonstance extraordinaire par la jurisprudence européenne. Si Air France annule votre vol à cause d’un mouvement social interne, vous avez droit à l’indemnisation. En cas de surbooking, les règles sont encore différentes.
Comment réclamer en 2026
Si vous estimez que vos droits de passager n’ont pas été respectés après un vol annulé, voici la marche à suivre :
Étape 1 : Contactez la compagnie par écrit (email ou formulaire en ligne). Précisez votre numéro de vol, la date, le préjudice subi et joignez vos justificatifs.
Étape 2 : Si la compagnie ne répond pas sous 2 mois ou refuse, saisissez la DGAC via le portail droits-passagers-aeriens.aviation-civile.gouv.fr.
Nouveau depuis le 7 février 2026 : avant toute action en justice, vous devez passer par une médiation obligatoire auprès du Médiateur Tourisme et Voyage. C’est un changement important pour tous les litiges aériens cette année.
Notre conseil : vous avez 5 ans pour déposer une réclamation. Ne vous précipitez pas, mais ne laissez pas non plus vos droits s’éteindre.
Nos conseils pour anticiper les prochaines tempêtes
Avec cet hiver agité, mieux vaut s’y préparer. Voici nos recommandations :
- Vérifiez le statut de votre vol avant de partir à l’aéroport (apps des compagnies, FlightAware, Flightradar24)
- Gardez systématiquement tous vos reçus si vous devez avancer des frais (repas, taxi, hôtel)
- Photographiez les panneaux d’affichage de l’aéroport montrant l’annulation ou le retard
- Demandez le réacheminement sur un autre transporteur si la compagnie ne propose que d’attendre le lendemain
- Souscrivez une assurance voyage couvrant les retards et annulations météo, surtout si vous voyagez entre novembre et mars
L’astuce : quand vous êtes au comptoir, demandez explicitement la prise en charge hôtel et repas. Les agents n’en parlent pas toujours spontanément, mais c’est votre droit, tempête ou pas.
Alors, prêt à faire valoir vos droits lors du prochain épisode météo ? Avec ces informations en poche, vous ne serez plus pris au dépourvu.