En résumé
• Venise veut porter son billet d’entrée jusqu’à 30 € les jours de forte affluence.• Le but est de réduire le surtourisme et de rendre la ville plus vivable.
• Les touristes d’un jour seront visés, pas ceux qui dorment sur place.
Les voyageurs qui rêvent de traverser les ponts de Venise, de longer ses canaux et de découvrir la place Saint-Marc pourraient bientôt devoir prévoir un budget supplémentaire. Après avoir instauré un premier billet d’entrée pour les visiteurs à la journée, la Cité des Doges envisage désormais d’aller beaucoup plus loin avec un tarif pouvant atteindre 30 euros.
La raison est simple : malgré les premières mesures mises en place, la ville estime ne pas avoir réussi à réduire suffisamment les pics de fréquentation. Certains jours, les ruelles étroites, les ponts et les sites les plus célèbres restent saturés par des milliers de visiteurs venus seulement pour quelques heures.
Le billet d’entrée pourrait passer de 5 à 30 euros
Depuis 2024, Venise teste une contribution d’accès destinée aux touristes qui visitent la ville sans y passer la nuit. Le système actuel prévoit un tarif compris entre 5 et 10 euros selon la période et le moment de réservation.
Mais pour les autorités locales, ce montant ne suffit plus à modifier les comportements. La municipalité réfléchit donc à une hausse importante lors des journées où l’affluence est la plus forte.
Michele Zuin, conseiller municipal chargé du budget et de la fiscalité, a indiqué que la ville avait évoqué un montant pouvant aller jusqu’à 50 euros. Cette piste ne devrait toutefois pas être retenue dans l’immédiat. Le scénario actuellement envisagé repose plutôt sur un plafond fixé à 30 euros.
Pour les visiteurs, la différence serait loin d’être symbolique. Un couple venu passer une seule journée à Venise pourrait ajouter jusqu’à 60 euros à son budget, tandis qu’une famille de quatre personnes pourrait voir sa facture augmenter de 120 euros.
Venise veut « rendre la ville plus vivable »
Derrière cette mesure, la municipalité assure ne pas chercher uniquement une nouvelle source de revenus. L’objectif affiché reste la gestion des flux touristiques et la protection du quotidien des habitants.
Lorsque le dispositif avait été lancé, l’ancien maire Luigi Brugnaro défendait déjà cette idée avec une formule devenue emblématique : « rendre Venise plus vivable ».
La ville fait face depuis plusieurs années à un paradoxe difficile à résoudre. Venise attire des millions de visiteurs venus admirer son patrimoine exceptionnel, mais cette popularité fragilise aussi son équilibre. Les habitants dénoncent régulièrement les effets d’une fréquentation massive sur le logement, les commerces et la vie locale.
Le système actuel cible surtout les touristes d’un jour, ceux qui arrivent le matin et repartent le soir. Les personnes qui séjournent dans un hébergement à Venise restent, elles, exemptées du paiement de cette contribution, sous certaines conditions.
Une ville qui cherche à changer les habitudes des voyageurs
Le problème de Venise n’est pas seulement le nombre de visiteurs, mais leur concentration. Une grande partie des touristes découvre la ville en quelques heures, souvent pendant les périodes les plus chargées de l’année.
Avec un billet plus cher, les autorités espèrent encourager certains voyageurs à modifier leurs habitudes : choisir des périodes moins fréquentées, rester plus longtemps sur place ou privilégier un séjour avec nuitée.
Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement plus large en Europe. Plusieurs destinations très populaires cherchent aujourd’hui à limiter les effets du surtourisme en jouant sur les taxes, les réservations obligatoires ou les restrictions d’accès.
Pour Venise, l’enjeu est particulièrement sensible. La ville doit continuer à accueillir les visiteurs qui font vivre son économie tout en évitant que son succès finisse par menacer ce qui attire justement les voyageurs du monde entier.
La Cité des Doges ne veut pas fermer ses portes. Elle cherche plutôt à décider quand, comment et à quel prix le monde pourra encore venir les franchir.