Kérosène à 190 dollars le baril : pourquoi vos billets d’avion coûtent jusqu’à 30 % plus cher ce printemps

Vincent Mabire - Il y a 3 heures

En résumé

• Le prix du pétrole dépasse 100 $ le baril, impactant fortement le coût du kérosène.

• Blocus du détroit d'Ormuz entraîne des hausses de tarifs pour les vols, impactant les voyageurs.

• Compagnies aériennes varient les hausses selon leur couverture carburant; risques de faillite.

    Le pétrole a franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril le 9 mars 2026. Dans la foulée, le prix du kérosène en Europe du Nord-Ouest a bondi à 1 528 dollars la tonne, soit environ 190 dollars le baril — le double d’il y a deux semaines. Résultat : la hausse des prix des billets d’avion liée au kérosène frappe déjà les voyageurs français, avec des augmentations de 15 à 30 % sur toutes les destinations.

    Pourquoi le kérosène a doublé en deux semaines

    Les frappes américano-israéliennes du 28 février contre l’Iran ont déclenché une réaction immédiate des Gardiens de la Révolution : le blocage quasi total du détroit d’Ormuz. Le trafic de pétroliers dans ce passage stratégique, par lequel transitent 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, a chuté de 70 à 94 % selon les sources, d’après les données de Kpler et les estimations de l’IATA.

    Le Brent est passé de 85 dollars le baril fin février à 103-107 dollars au 9 mars. Le kérosène a suivi une trajectoire encore plus brutale : de 830 dollars la tonne à 1 528 dollars en Europe du Nord-Ouest, soit une hausse de 84 %. À Singapour, principal hub de négoce en Asie, le prix du carburant d’aviation a atteint 230 dollars le baril, un record, selon Reuters.

    Environ 30 % du kérosène consommé en Europe transite par le détroit d’Ormuz ou en provient. Le blocage de cette artère a créé un effet de pénurie immédiat sur le marché du carburant d’aviation.

    Combien la hausse du kérosène ajoute sur votre billet d’avion

    Le kérosène représente entre 25 et 35 % des coûts d’exploitation d’une compagnie aérienne. La répercussion sur les tarifs est déjà visible.

    Sur le court-courrier européen, les surcharges oscillent entre 10 et 30 euros par billet. Un Paris-Barcelone est passé de 98 euros à 126 euros en une semaine, soit 29 % d’augmentation, selon les données de Liligo rapportées par France Info. En moyen-courrier, les hausses atteignent 15 à 20 %. Sur le long-courrier, les augmentations varient de 15 à 30 %, avec des surcharges carburant allant jusqu’à 319 euros chez Air France-KLM sur les vols transatlantiques.

    Les routes Asie-Europe sont les plus touchées. Les détournements obligatoires autour du Moyen-Orient ajoutent 1 à 2 heures de vol — et donc encore plus de kérosène brûlé. Selon Guillaume Rostand, porte-parole de Liligo : « Il y a des zones qui ne peuvent pas être survolées. Les avions doivent faire des détours, consomment plus de carburant, ce qui fait mécaniquement monter les prix. »

    Air New Zealand a augmenté ses tarifs de 10 NZD en domestique, 20 NZD en court-courrier international et 90 NZD en long-courrier, tout en suspendant ses prévisions financières pour 2026. Qantas et SAS ont également relevé leurs tarifs.

    Comment les compagnies encaissent le choc du kérosène

    Toutes les compagnies ne sont pas exposées de la même manière. Le hedging (couverture carburant) joue un rôle déterminant.

    Ryanair est protégée à 84 % à 77 dollars le baril pour le trimestre en cours, et couverte à 80 % à 67 dollars le baril pour les mois suivants, selon RTE Business. EasyJet est couverte à 84 % pour le premier semestre 2026 à un coût moyen de 715 dollars la tonne, mais seulement à 62 % pour le second semestre à 688 dollars la tonne. Ces deux compagnies n’ont pas besoin de répercuter immédiatement la hausse des prix liée au kérosène sur leurs passagers — du moins jusqu’à l’été.

    En revanche, Air France-KLM a choisi la voie de la surcharge carburant internationale, relevée jusqu’à 319 euros par trajet sur les vols transatlantiques. Les compagnies faiblement couvertes sont les plus vulnérables. Si la crise aérienne au Moyen-Orient se prolonge, le risque de faillites augmente.

    À retenir : le hedging protège en général sur 3 à 6 mois. Si le blocage d’Ormuz dure au-delà de l’été, même Ryanair et easyJet seront exposées — easyJet plus tôt que Ryanair, avec seulement 62 % de couverture au second semestre.

    Les voyageurs ayant réservé un voyage à forfait ne sont pas épargnés. La directive européenne autorise les tour-opérateurs à répercuter les surcharges carburant sur les réservations existantes, à condition de prévenir au moins 20 jours avant le départ.

    Ce que les voyageurs peuvent faire pour limiter la facture

    Plusieurs leviers permettent de réduire l’impact de cette hausse des prix des billets d’avion due au kérosène.

    Réserver maintenant plutôt qu’attendre. Tant que la crise dure, les prix ne baisseront probablement pas. Les compagnies ajustent leurs tarifs à la hausse semaine après semaine. Pour les vacances d’été, la fenêtre de réservation optimale se referme rapidement.

    Privilégier les compagnies bien couvertes. Ryanair et easyJet, protégées par leur hedging, ont moins besoin de répercuter immédiatement la hausse. Leurs tarifs restent, pour l’instant, plus stables que ceux des compagnies traditionnelles.

    Envisager le train pour les trajets courts. Paris-Londres en Eurostar (2 h 15), Paris-Bruxelles en Thalys (1 h 22), Paris-Barcelone en TGV (6 h 30) : ces alternatives deviennent encore plus compétitives quand le kérosène flambe. Bonne nouvelle : les billets SNCF pour l’été 2026 ouvrent à la vente le 11 mars, avec des tarifs dès 19 euros en réservant tôt.

    Jouer sur la flexibilité. Décaler un départ d’un jour ou deux peut faire économiser 40 à 60 % sur certaines liaisons, selon Guillaume Rostand de Liligo. Les aéroports secondaires offrent aussi des tarifs souvent inférieurs.

    Et si la crise dure ? Trois scénarios pour l’été 2026

    Scénario optimiste : un cessez-le-feu et la réouverture du détroit d’Ormuz permettraient un retour progressif des prix en 2 à 3 mois. L’été 2026 serait alors légèrement plus cher qu’en 2025, sans explosion des tarifs.

    Scénario intermédiaire : les tensions se prolongent sans escalade majeure. Le kérosène reste élevé, et l’été 2026 coûte entre 20 et 40 % plus cher qu’en 2025 pour les voyageurs aériens. C’est le scénario que la plupart des analystes jugent le plus probable à ce stade.

    Scénario pessimiste : une escalade militaire entraîne des perturbations durables de l’approvisionnement. Certaines liaisons sont supprimées, les billets deviennent inaccessibles pour de nombreux Français. Air France a déjà alerté que jusqu’à 45 % de ses vols vers l’Asie pourraient être menacés si le cumul du mandat SAF européen (2 % de carburant durable obligatoire) et de la crise du kérosène se confirme.

    À cela s’ajoute la taxe de solidarité triplée depuis mars 2025 (+181 % sur un vol européen), qui pèse déjà sur le prix final des billets.

    L’évolution des négociations diplomatiques et la prochaine réunion de l’OPEP+ détermineront largement la trajectoire des prix cet été. Une situation à surveiller de près pour tous les voyageurs qui préparent leurs vacances.

    Vincent Mabire
    Publié le 10 mars 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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