En résumé
• SAS annule 1 000 vols en avril 2026 à cause du prix du kérosène.• Certaines compagnies bien couvertes résistent mieux à la hausse du carburant.
• Les voyageurs ont des droits en cas d'annulation et doivent se préparer.
SAS Scandinavian Airlines annonce l’annulation d’au moins 1 000 vols en avril 2026. La raison : le prix du kérosène a doublé en dix jours, atteignant environ 190 dollars le baril en Europe du Nord-Ouest. Si la compagnie scandinave est la première à craquer, d’autres transporteurs européens, moins bien couverts face à la flambée du carburant, pourraient suivre. Voici le tableau complet et ce que vous pouvez faire maintenant pour protéger votre voyage.
Ce que SAS a annoncé (et ce que ça signifie vraiment)
Le PDG de SAS, Anko van der Werff, a déclaré au quotidien économique suédois Dagens Industri : « Le prix du kérosène a doublé en dix jours. Même si nous essayons d’absorber les hausses, c’est un choc direct pour l’industrie. » Concrètement, au moins 1 000 vols seront supprimés en avril, après plusieurs centaines déjà annulés en mars, principalement sur les lignes intérieures norvégiennes.
SAS opère environ 800 vols par jour. La compagnie relativise : les annulations restent « limitées » par rapport à l’ensemble de son réseau. D’autres suppressions sont toutefois prévues après Pâques, période traditionnellement creuse.
Le contexte géopolitique explique cette envolée des prix. Le baril de Brent tourne autour de 100 dollars depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran fin février et la riposte iranienne contre des installations pétrolières dans le Golfe. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième de la demande mondiale en hydrocarbures, est de facto fermé. Nous avions déjà détaillé les conséquences de cette flambée sur vos billets d’avion la semaine dernière.
Couverture carburant : le tableau des compagnies vulnérables en Europe
Toutes les compagnies ne sont pas logées à la même enseigne. Leur niveau de couverture carburant (hedging) détermine leur résistance à court terme. Voici les données compilées à partir des rapports financiers de chaque groupe, relayées par Aerospace Global News.
Bien couvertes (faible risque immédiat) :
- Ryanair : la lowcost irlandaise se dit « majoritairement couverte » pour 2026. Avec une trésorerie solide et des coûts unitaires parmi les plus bas du secteur, elle dispose de la meilleure position pour absorber le choc.
- easyJet : 84 % couverte au premier semestre 2026 (à 715 $/tonne), 62 % au second semestre (688 $/tonne). Solide jusqu’à l’été, plus exposée ensuite.
- Lufthansa : environ 82 % couverte au premier trimestre 2026, 77 % sur l’année complète. Un matelas confortable à court terme.
Moyennement couvertes (à surveiller) :
- Air France-KLM : couverture de 70 % au premier trimestre, mais qui chute à 47 % au quatrième trimestre. Des surcharges carburant déjà en place (jusqu’à 319 euros sur un aller-retour transatlantique) compensent partiellement. La crise aérienne au Moyen-Orient pèse aussi sur ses routes long-courriers.
- IAG (British Airways, Iberia, Vueling) : couverture de 75 % au premier trimestre, en baisse à 50 % au quatrième trimestre. Un niveau qui pourrait devenir insuffisant si la crise se prolonge au-delà de l’été.
Les plus exposées :
Les compagnies à faible trésorerie et couverture limitée sont en première ligne. Selon l’analyste Sheila Kahyaoglu de Jefferies, « l’impact financier le plus aigu surviendra dans les 30 à 90 prochains jours », car les compagnies ont fixé leurs tarifs en partant d’un prix du carburant bien inférieur. En clair, elles ne peuvent pas relever rétroactivement les prix des billets déjà vendus.
À l’autre bout du monde, Air New Zealand a déjà annulé 1 100 vols entre le 16 mars et le 3 mai, touchant 44 000 passagers. Un signal d’alarme pour l’ensemble du secteur.
Quelles lignes risquent de disparaître cet été
Les premières routes sacrifiées sont les lignes domestiques courtes et peu rentables. SAS a commencé par ses liaisons intérieures norvégiennes, où des alternatives terrestres existent. Le schéma devrait se répéter chez d’autres compagnies.
Wizz Air a déjà suspendu ses vols vers Amman, Djeddah et Abu Dhabi depuis l’Europe continentale jusqu’à mi-septembre 2026. Finnair, KLM et ITA Airways ont également coupé des liaisons vers le Moyen-Orient. Nous avons détaillé les options pour les voyageurs dont le vol vers le Golfe a été annulé.
Le scénario le plus préoccupant concerne l’été 2026. Selon Jefferies, si la crise perdure, les billets pourraient coûter 20 à 40 % plus cher, accompagnés d’une réduction de capacité significative. Les compagnies sans hedging solide pourraient tailler dans leurs lignes saisonnières, celles-là mêmes que les vacanciers attendent.
En parallèle, Norwegian tire son épingle du jeu. La compagnie a annoncé 120 départs supplémentaires entre le 25 mars et le 12 avril, principalement des pays nordiques vers l’Espagne (Malaga, Alicante, Las Palmas) et Londres. Elle récupère la capacité libérée par ses propres suspensions vers le Moyen-Orient pour absorber les passagers de SAS.
Vos droits et comment vous protéger maintenant
Règlement EU 261 : en cas d’annulation par la compagnie, vous avez droit au réacheminement ou au remboursement intégral dans les 7 jours. L’indemnisation forfaitaire va de 250 à 600 euros selon la distance. Attention : les compagnies risquent d’invoquer la « circonstance extraordinaire » liée à la flambée du kérosène pour s’exonérer de cette indemnisation. Le débat juridique promet d’être vif.
Assurance voyage : vérifiez vos clauses d’exclusion. De nombreux contrats ne couvrent pas les zones de conflit armé, ce qui inclut actuellement une large partie du Golfe. Nous avons publié un guide sur les exclusions liées au conflit au Moyen-Orient.
Quatre réflexes à adopter dès maintenant :
1. Privilégiez les billets modifiables sans frais, même s’ils coûtent un peu plus cher à l’achat.
2. Ciblez les compagnies bien couvertes : Ryanair et easyJet (au moins jusqu’à l’été) offrent les tarifs les plus stables.
3. Pensez au train pour les courts et moyens-courriers. Les billets SNCF pour l’été sont ouverts depuis le 11 mars. Notre guide pour voyager sans avion détaille les itinéraires train et ferry les plus intéressants.
4. Surveillez le statut de votre vol directement sur le site de la compagnie. Les annulations sont communiquées au fil de l’eau.
À noter : les surcharges carburant atteignent déjà 50 à 200 dollars par billet chez Qantas, Air India, Cathay Pacific et Air France-KLM. Les billets vers le Maghreb sont également touchés, avec une hausse de 7 à 10 % attendue pour l’été.
Comment rejoindre la Scandinavie depuis la France
Pour les voyageurs dont le vol SAS est menacé, voici les alternatives concrètes.
Depuis Paris CDG, SAS opère des vols directs vers Copenhague, Stockholm et Oslo, mais il faut impérativement vérifier le statut de chaque vol. Air France et Norwegian proposent des alternatives sur ces mêmes axes. Depuis Paris Beauvais, Ryanair dessert Stockholm Skavsta et Oslo Torp à des tarifs généralement inférieurs.
Depuis Lyon, Marseille ou Bordeaux, il n’y a pas de vol direct SAS. Les correspondances passent par Copenhague (SAS) ou Amsterdam (KLM). L’option train jusqu’à Paris puis vol direct reste viable, surtout avec les TGV à tarifs réduits.
Faut-il reporter son voyage en Scandinavie ce printemps ?
SAS insiste : les annulations d’avril représentent une fraction de ses 800 vols quotidiens. Norwegian absorbe une partie de la demande avec ses 120 départs supplémentaires. Le conseil : ne pas annuler, mais se préparer à un éventuel réacheminement.
Vérifiez dès maintenant si votre vol figure parmi les 1 000 supprimés en consultant le site de SAS ou en contactant la compagnie. En cas d’annulation, faites valoir vos droits au réacheminement avant de demander un remboursement, surtout si vous tenez à votre date de départ.
La situation dépend de l’évolution du conflit au Moyen-Orient et de la réouverture éventuelle du détroit d’Ormuz. Les analystes s’attendent à des prix du kérosène durablement élevés pendant plusieurs mois. Une évolution à surveiller de près pour tous les voyageurs européens cet été.