Orient Express Corinthian quitte Saint-Nazaire : 200 entreprises françaises derrière le voilier géant

Vincent Mabire - Il y a 2 heures

En résumé

• Le Corinthian quitte Saint-Nazaire après son baptême en mai 2026.
• Premier paquebot SolidSail, il mêle GNL et voiles en carbone.
• 200 entreprises françaises ont signé ce paquebot ultra-luxe.

    220 mètres de long, 15 000 tonnes de déplacement, trois mâts en carbone culminant à plus de 100 mètres : l’Orient Express Corinthian a quitté Saint-Nazaire le 2 mai 2026 pour rallier la Côte d’Azur, trois jours après son baptême officiel sur la cale Joubert. Derrière la coque blanche battant pavillon français, près de 200 entreprises tricolores, dont 30 labellisées Entreprises du Patrimoine Vivant, ont bâti aux Chantiers de l’Atlantique ce que le constructeur présente comme la plus grande vitrine du savoir-faire maritime français depuis le paquebot Normandie.

    Saint-Nazaire, un siècle après l’Île-de-France

    Le baptême du 29 avril 2026 s’est tenu sur la cale Joubert, là où ont été lancés l’Île-de-France en 1926 et le Normandie en 1932. La symbolique est revendiquée par les Chantiers de l’Atlantique : le Corinthian est nommé un siècle exactement après le lancement de l’Île-de-France dans ces mêmes installations.

    Pour le constructeur ligérien, l’enjeu dépasse la livraison d’un seul navire. La majorité des paquebots de croisière sortent désormais des chantiers italiens (Fincantieri) ou allemands (Meyer Werft). Saint-Nazaire entend prouver qu’elle conserve la capacité de produire des navires de prestige sur le segment ultra-luxe, à très haute marge.

    Le calendrier industriel résume l’effort : découpe de la première tôle en janvier 2025, mise à quai au bassin de Penhoët en juin 2025 pour l’aménagement intérieur, essais en mer en décembre 2025, baptême et livraison en avril-mai 2026. Quinze mois de chantier pour un navire de cette catégorie.

    SolidSail, la technologie brevetée qui change la donne

    Le Corinthian est le premier paquebot de croisière au monde équipé du système SolidSail, selon les Chantiers de l’Atlantique. La technologie est le fruit de plus de dix ans de R&D, protégée par deux brevets déposés en 2009 et 2017.

    Concrètement : trois mâts inclinables de plus de 100 mètres, trois voiles rigides de 1 500 m² chacune, soit 4 500 m² de surface vélique totale, entièrement automatisée. Les voiles ne sont pas en tissu mais en panneaux composites de fibre de verre, carbone et résine époxy, encadrés par des lattes en carbone. Les Chantiers annoncent dix fois la résistance d’une voile classique et une durée de vie estimée à 20 ans, contre quatre ans pour un équivalent en tissu.

    Les mâts en carbone ont été “conçus, développés et fabriqués en régions Bretagne et Pays de la Loire”, indique le communiqué officiel. Un savoir-faire issu de la course au large, transposé pour la première fois à un navire à passagers de cette taille.

    La propulsion est hybride : GNL plus voile, jusqu’à 12 nœuds au vent seul. Bilan annoncé par les Chantiers : 9 000 tonnes de CO₂ évitées par an et la meilleure note EEDI (indice d’efficacité énergétique) de sa catégorie.

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    200 entreprises françaises, 30 Entreprises du Patrimoine Vivant

    Coordonnées par les Chantiers de l’Atlantique, près de 200 entreprises exclusivement françaises ont contribué au programme. Trente d’entre elles sont labellisées Entreprises du Patrimoine Vivant (EPV), un label d’État qui distingue les ateliers détenteurs d’un savoir-faire artisanal rare.

    La palette de matériaux est intégralement issue d’ateliers français : cuirs précieux, essences rares (eucalyptus laqué pressé, érable, palissandre, bois de rose), marbres Calacatta et Tassos, parchemins, laques, verre soufflé à la main. Les 54 suites du navire, de 45 à 230 m², sont entièrement habillées par ces ateliers, jusqu’à la suite présidentielle aux coques d’eucalyptus.

    Le Corinthian accueillera 110 passagers pour 170 membres d’équipage, soit un ratio d’environ 1,5 personnel par client. Une configuration qui aligne le voilier sur les standards des plus petites unités du segment ultra-luxe.

    Pour Accor, propriétaire de la marque Orient Express depuis 2022, et son partenaire stratégique LVMH, entré au capital de la marque en 2024, le navire constitue aussi un argument commercial. Face à la concurrence italienne d’Explora Journeys (filiale MSC) et de Silversea, le Corinthian se positionne comme un produit identifiable “Made in France”, argument rare sur ce marché.

    Maxime d’Angeac, l’architecte qui n’avait jamais dessiné un bateau

    La direction artistique a été confiée à Maxime d’Angeac, architecte français déjà responsable de la rénovation des wagons historiques de l’Orient Express ferroviaire. Le choix relève d’un pari assumé par Sébastien Bazin, PDG d’Accor : confier un voilier de 220 mètres à un homme qui n’avait jamais conçu de navire.

    La direction du projet revendique un Art déco méditerranéen, qui revisite l’âge d’or des grands paquebots transatlantiques et de la Riviera française des années 1920-1930, sans verser dans la reconstitution littérale. La cohérence de marque entre rail et mer est explicite : le même architecte signe les voitures du train et les espaces du bateau.

    Deux autres signatures françaises complètent l’ADN du navire : la direction culinaire revient au chef multi-étoilé Yannick Alléno, l’exploitation du spa au groupe Guerlain.

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    Pourquoi ce voilier compte pour la filière française

    Les Chantiers de l’Atlantique ont déjà mis sur cale en 2025 le deuxième voilier de la série, l’Orient Express Olympian, dont la livraison est annoncée pour 2027. La technologie SolidSail a donc passé l’épreuve commerciale d’une commande ferme, validée avant la livraison du premier navire.

    IndicateurOrient Express CorinthianExplora III (MSC)
    ChantierSaint-Nazaire (France)Fincantieri / Gênes (Italie)
    Inauguration29 avril 202624 juillet 2026
    PropulsionHybride GNL + voileGNL classique
    Mâts / voiles3 mâts carbone, 4 500 m²Aucune voile
    PavillonFrançaisMaltais

    Le segment ultra-luxe est stratégique pour la filière française. Longtemps cantonnés aux paquebots de masse construits pour MSC ou Royal Caribbean, les Chantiers de l’Atlantique démontrent avec le Corinthian qu’ils peuvent viser un créneau à plus forte valeur ajoutée et plus exposé médiatiquement.

    Au-delà de l’industriel : Saint-Nazaire, sa sous-traitance en Bretagne et Pays de la Loire, ainsi que les ateliers d’art parisiens, lyonnais et provinciaux, trouvent dans le programme une charge structurante sur plusieurs années. Le navire vient compléter une vague d’ouvertures haut de gamme en Europe en 2026 qui repositionne le continent sur le luxe expérientiel.

    Pour les voyageurs français, qu’est-ce que ça change ?

    Le Corinthian battra pavillon français pendant toute sa carrière commerciale. Un détail symbolique mais notable : la quasi-totalité de la flotte de croisière mondiale navigue sous pavillons des Bahamas, du Panama ou de Malte pour des raisons fiscales.

    La saison inaugurale couvre la Méditerranée et l’Adriatique de mai à octobre 2026, avec un hivernage aux Caraïbes. Les embarquements seront accessibles depuis Marseille, Nice et les grands ports italiens. Pour le détail des suites, des itinéraires et des tarifs, voir notre article dédié sur les croisières du Corinthian.

    Pour qui s’intéresse à la fabrication des navires, Saint-Nazaire prend une nouvelle dimension. L’Escal’Atlantic et les visites des Chantiers permettent désormais d’observer la construction de l’Olympian, sister-ship du Corinthian, livraison prévue en 2027.

    À surveiller dans les prochains mois : la réception commerciale du navire en Méditerranée et la confirmation, ou non, d’une troisième commande dans la série SolidSail.

    Vincent Mabire
    Publié le 2 mai 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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