Royal Air Maroc recupere 15 Dreamliner cloues au sol pour transformer Casablanca en hub intercontinental

Vincent Mabire - Il y a 4 heures

En résumé

• Le Maroc vise à devenir un hub aéroportuaire intercontinental avec Casablanca.

• Royal Air Maroc négocie pour acquérir des Boeing 787 du Golfe.

• L'expansion marocaine ouvre de nouvelles options pour les voyageurs français.

    Depuis fin fevrier 2026, plus de 52 000 vols ont ete annules au Moyen-Orient. Dubai, Doha, Abu Dhabi — les trois mega-hubs qui connectaient l’Europe a l’Asie et a l’Afrique — tournent au ralenti. Dans ce chaos aerien, un pays avance ses pions a grande vitesse : le Maroc. Royal Air Maroc negocie pour recuperer des Boeing 787 Dreamliner cloues au sol par Qatar Airways et Emirates. Objectif affiche : faire du Maroc un hub aeroportuaire intercontinental credible, base a Casablanca.

    Le Moyen-Orient coupe du ciel : un vide beant dans le reseau mondial

    La situation est inedite. Depuis les frappes americano-israeliennes contre l’Iran debut mars, les espaces aeriens de l’Iran, de l’Irak, du Koweit et de la Syrie sont fermes par NOTAM. L’espace aerien des Emirats arabes unis n’est que partiellement ouvert, avec des points d’entree strictement controles.

    Les consequences sont massives. Qatar Airways opere un programme reduit et provisoire depuis le 18 mars, desservant une soixantaine de destinations au lieu de plus de 150 habituellement. Une partie de sa flotte a ete envoyee en stockage longue duree a Teruel, en Espagne, selon les donnees de Flightradar24. Emirates fonctionne en mode degrade, n’acceptant les passagers en transit via Dubai que si leur correspondance est effectivement maintenue.

    Lufthansa Group a suspendu ses vols vers Dubai, Abu Dhabi, Amman et Erbil jusqu’au 28 mars. British Airways a etendu ses annulations vers Dubai, Doha et Amman jusqu’au 31 mai, selon Euronews. En clair, le corridor aerien qui reliait l’Europe a l’Asie du Sud-Est et a l’Afrique de l’Est via le Golfe est, pour l’heure, largement impraticable.

    Le plan du Maroc : 38 milliards de dirhams et des Boeing 787 du Golfe dans le viseur

    Le Maroc hub aeroportuaire n’est pas un projet improvise. La strategie “Airports 2030” prevoit un investissement de plus de 38 milliards de dirhams (environ 3,8 milliards d’euros) pour faire passer la capacite aeroportuaire nationale de 36,6 millions a 80 millions de passagers par an.

    La piece maitresse : un nouveau terminal a l’aeroport Mohammed V de Casablanca, concu comme un hub de correspondances, d’une capacite de 20 millions de passagers par an. Cout estime : 15 milliards de dirhams. Livraison prevue en 2029. Le projet inclut une nouvelle piste parallele de 3 700 metres, des parkings avions supplementaires et une connexion directe a la future ligne a grande vitesse (LGV) Kenitra-Marrakech.

    Mais l’acceleration la plus spectaculaire vient de Royal Air Maroc (RAM). Selon Assahifa, la compagnie mene des “negociations techniques avancees” avec Qatar Airways et Emirates pour recuperer des Boeing 787 Dreamliner immobilises, via des contrats de leasing ou des acquisitions directes. L’objectif : securiser 15 appareils supplementaires d’ici fin 2026, alors que les carnets de commandes de Boeing et Airbus sont satures jusqu’en 2029 au moins.

    La RAM, qui exploite actuellement une cinquantaine d’avions dont 10 Boeing 787, vise une flotte de 200 appareils a l’horizon 2037. La Coupe du Monde 2030, co-organisee avec l’Espagne et le Portugal, sert de catalyseur a cette montee en puissance.

    Ce que ca change pour les voyageurs francais

    Concretement, l’expansion marocaine ouvre de nouvelles options pour les passagers au depart de la France. La RAM a annonce neuf nouvelles routes internationales pour 2026, dont Casablanca-Los Angeles (lancement le 7 juin, 3 vols par semaine en 787) et des frequences renforcees vers Sao Paulo, Miami et Washington.

    Casablanca pourrait ainsi devenir une alternative credible a Istanbul (Turkish Airlines) ou Helsinki (Finnair, qui profite lui aussi de la crise via la route polaire vers l’Asie) pour les correspondances intercontinentales, notamment vers l’Afrique de l’Ouest et les Ameriques. Pour les voyageurs cherchant des alternatives aux hubs du Golfe vers l’Asie, Casablanca ne couvre pas encore cette zone, mais s’impose sur les axes Afrique et Ameriques.

    Cote prix, les vols France-Casablanca restent parmi les plus accessibles d’Europe : a partir de 37 euros en aller simple avec Ryanair ou easyJet, et environ 300 euros aller-retour en Royal Air Maroc. L’offre low-cost se densifie : Ryanair a ouvert sa cinquieme base marocaine a Rabat en avril 2026, avec 20 lignes et un investissement de 200 millions de dollars.

    Les chiffres de frequentation confirment la tendance. Les aeroports marocains ont enregistre un record de 36,6 millions de passagers en 2025 (+11 %). En janvier 2026, le cap des 3 millions de passagers mensuels a ete franchi pour la premiere fois (3,13 millions, +14,7 %), Mohammed V concentrant a lui seul plus d’un million de passagers (+20,9 %).

    Les limites du pari marocain

    Le Maroc avance vite, mais l’ecart avec les mastodontes du Golfe reste considerable. La RAM exploite une cinquantaine d’appareils, contre plus de 260 pour Emirates avant la crise. Le nouveau terminal de Casablanca ne sera operationnel qu’en 2029, ce qui laisse un decalage entre l’ambition affichee et la capacite reelle.

    La concurrence est rude. Istanbul, avec 85 millions de passagers en 2025, dispose deja d’un hub pleinement operationnel au carrefour de trois continents. Ethiopian Airlines a Addis-Abeba domine les correspondances vers l’Afrique. Le Maroc joue une carte geographique differente — proximite de l’Europe, porte vers l’Afrique de l’Ouest et les Ameriques — mais reste a prouver que la qualite de correspondance a Mohammed V peut rivaliser.

    A noter egalement : si la crise au Moyen-Orient se calme, les hubs du Golfe reprendront leur place. Dubai traitait pres de 100 millions de passagers annuels avant la crise. La fenetre d’opportunite marocaine pourrait se refermer aussi vite qu’elle s’est ouverte.

    Comment s’y rendre depuis les grandes villes francaises

    Pour les voyageurs partant de Paris, des vols directs quotidiens relient les aeroports parisiens a Casablanca (Royal Air Maroc, Air France, Transavia) a partir de 80 euros en aller simple, pour environ 2h40 de vol. Depuis Lyon, Transavia et Royal Air Maroc assurent des liaisons directes a partir de 50 euros. Depuis Marseille, Ryanair et Air Arabia Maroc proposent des vols directs des 37 euros.

    Les villes comme Bordeaux, Toulouse et Nantes beneficient de liaisons low-cost saisonnieres (Ryanair, easyJet), avec des tarifs souvent inferieurs a 60 euros en aller simple. Royal Air Maroc a egalement lance six nouvelles liaisons depuis Tanger et Nador vers l’Europe, dont Barcelone, Madrid et Francfort.

    Faut-il miser sur Casablanca comme hub de correspondance ?

    A court terme, le projet de Maroc hub aeroportuaire reste en construction plus qu’une realite operationnelle. Les voyageurs qui cherchent des correspondances fiables trouveront a Casablanca des options de plus en plus interessantes vers l’Afrique et les Ameriques, mais pas encore vers l’Asie.

    Le calcul malin pour les voyageurs : combiner un vol low-cost vers le Maroc avec un vol RAM long-courrier vers Dakar, Abidjan, Sao Paulo ou New York. Les nouvelles routes en 787, plus confortables, rendent l’option viable.

    A surveiller : les annonces de Royal Air Maroc sur ses futures destinations long-courrier, qui devraient se multiplier a mesure que les 787 recuperes aupres des compagnies du Golfe entreront en service. Une redistribution des cartes aeriennes mondiales est en cours, et le Maroc entend bien y jouer un role de premier plan.

    Vincent Mabire
    Publié le 23 mars 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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