Pénurie de kérosène : Korean Air en mode crise, Shell alerte sur avril, le point compagnie par compagnie

Vincent Mabire - Il y a 3 heures

En résumé

• La pénurie de kérosène s'aggrave en Europe, atteignant 1 700 $/tonne.

• Plusieurs compagnies aériennes annulent des vols face à la crise.

• Alternatives au vol: train, ferry, ou choisir des compagnies bien protégées.

    Depuis notre premier article le 23 mars, la pénurie kérosène été 2026 s’est nettement aggravée. Le prix de la tonne a franchi les 1 700 $ en Europe du Nord-Ouest (contre 1 528 $ il y a une semaine, soit +11 %), Korean Air bascule en mode crise dès le 1er avril, et le CEO de Shell, Wael Sawan, prévient que l’Europe pourrait manquer de carburant “avant fin avril”. Ce 31 mars, les ministres de l’Énergie de l’UE se réunissent en urgence. Voici le tableau mis à jour des compagnies qui annulent, celles qui tiennent, et les alternatives concrètes pour vos vacances d’été.

    Ce qui a changé depuis le 23 mars

    La semaine écoulée a marqué une accélération sur tous les fronts. Le kérosène est passé de 1 528 $/tonne à environ 1 700 $/tonne en Europe du Nord-Ouest, soit une hausse de 11 % en sept jours. Le déficit mondial atteint désormais 11 millions de barils par jour, selon les données présentées aux ministres européens.

    Côté approvisionnement, les importations européennes de kérosène ont reculé à 1,064 million de tonnes en mars, contre 1,111 million en février, soit une baisse de 4,2 %. Le CEO de Shell, Wael Sawan, a alerté le 25 mars sur un risque de pénurie de carburant en Europe dès le mois d’avril si le détroit d’Ormuz reste fermé au trafic pétrolier. Sa formule : “L’Asie du Sud a été la première touchée, puis l’Asie du Sud-Est, l’Asie du Nord-Est, et en avril, ce sera le tour de l’Europe.”

    En réponse, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a coordonné la libération de 400 millions de barils de réserves stratégiques (la plus importante de son histoire), dont 172 millions par les États-Unis. Les stocks européens couvrent encore environ 90 jours de consommation. Le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, a demandé ce 31 mars aux États membres de réduire leur consommation de pétrole dans les transports, de reporter les maintenances de raffineries et de coordonner le maintien des stocks de diesel et de kérosène.

    La crise se propage géographiquement : après l’Asie du Sud et du Sud-Est, elle touche désormais l’Asie du Nord-Est. Korean Air passe en “emergency management mode” à compter du 1er avril, selon le Seoul Economic Daily. Le prix de ravitaillement projeté atteint 450 cents le gallon, plus du double des 220 cents prévus dans le plan d’affaires. Asiana Airlines avait déjà basculé en mode urgence le 25 mars, suivie par les low-cost T’way Air, Jin Air et Air Busan. Vietnam Airlines suspend 23 vols hebdomadaires domestiques dès le 1er avril, sur sept liaisons depuis Hai Phong et Ho Chi Minh-Ville.

    Pénurie kérosène été 2026 : qui annule, qui tient

    Voici la situation mise à jour au 31 mars, compagnie par compagnie. Pour le détail des niveaux de hedging, consultez notre classement complet.

    Risque maximal (hedging nul ou faible) :

    Risque élevé :

    • Korean Air : mode crise à partir du 1er avril, ravitaillement à 450 cents/gallon contre 220 cents budgétés. Coupes de routes à prévoir.
    • Vietnam Airlines : 23 vols hebdomadaires suspendus dès le 1er avril sur sept liaisons domestiques. Si le baril dépasse 200 $, jusqu’à 26 % du réseau domestique et 18 % de l’international pourraient être coupés.
    • Air New Zealand : 1 100 vols supprimés (16 mars-3 mai), 44 000 passagers touchés.
    • United Airlines : programme Q2-Q3 réduit de 5 %, dont les routes vers Tel Aviv et Dubaï suspendues, 400 millions de dollars de surcoût carburant enregistrés.

    Risque modéré (hedging partiel) :

    • Air France : Cuba suspendu jusqu’au 15 juin, jusqu’à 45 % des routes asiatiques menacées. Hedging à 87 % au S1 et 62 % au S2. Hausse tarifaire d’environ 50 € A/R en éco, jusqu’à 200 € en business.
    • Delta : 400 millions de dollars de surcoût carburant, hausse des tarifs en cours.
    • easyJet : pas d’annulations pour l’instant, hedging à 84 % au S1 et 62 % au S2. Le CEO se dit “confiant pour trois semaines”, pas au-delà.

    Risque faible (hedging solide) :

    • Ryanair : hedging à 80 % au S1 à environ 67 $/baril, la compagnie la mieux protégée. Aucune annulation annoncée.

    En attente : Transavia n’a pas encore communiqué publiquement sur d’éventuelles coupes liées au kérosène. L’IATA a confirmé une hausse de 20 à 40 % des billets d’avion cet été, toutes compagnies confondues.

    Vos droits si votre vol est annulé

    Le règlement européen EU 261 s’applique : en cas d’annulation par la compagnie, vous avez droit au remboursement intégral ou au réacheminement obligatoire, au choix.

    En revanche, le conflit au Moyen-Orient constitue une “circonstance extraordinaire” au sens du règlement. Concrètement, cela signifie que l’indemnisation forfaitaire (250 à 600 € selon la distance) n’est pas due dans ce contexte, selon l’analyse d’Air Journal.

    À retenir : les compagnies ne peuvent pas surtaxer un billet déjà acheté. Le prix contractuel est fixe. Seule exception : les forfaits voyage (vol + hôtel), où une surcharge est possible si elle reste inférieure à 8 % du prix total. Au-delà, le voyageur peut annuler sans frais.

    Conseil essentiel : ne jamais annuler soi-même son vol. En annulant de votre propre initiative, vous ne récupérez que les taxes d’aéroport. Attendez l’annulation par la compagnie pour conserver l’intégralité de vos droits.

    Les alternatives concrètes face à la pénurie de kérosène cet été

    Pour les destinations à moins de cinq heures, le train bat l’avion en temps réel porte-à-porte, sans risque d’annulation liée au kérosène. Plusieurs options méritent attention.

    Train à grande vitesse : TGV, Eurostar, Thalys et Trenitalia couvrent une bonne partie de l’Europe occidentale depuis Paris, Lyon ou Marseille. Pour les plus aventureux, l’Interrail Global Pass démarre à 212 € pour les moins de 28 ans (4 jours sur 1 mois) et à 283 € en tarif standard. Notre guide des 15 destinations accessibles sans avion recense les meilleurs itinéraires.

    Train de nuit : le tout nouveau European Sleeper Paris-Berlin a démarré le 26 mars, avec des départs les mardi, jeudi et dimanche soir. Couchette dès 40 €. Dès le 13 juillet, la ligne s’étendra jusqu’à Hambourg, ouvrant des connexions vers la Scandinavie. 25 000 billets vendus en quelques jours, selon le cofondateur de la compagnie.

    @clairesfootsteps

    🚆 Paris to Berlin… while you sleep! I took the overnight train from Paris Gare de l’Est to Berlin Hauptbahnhof, booked a female-only sleeper, and woke up in a new country 🇫🇷➡️🇩🇪 ✨ Included: 🛏️ Bunk beds 🍷 Free wine 🧴 Welcome kit 🥐 Breakfast in bed Way comfier than I expected — and way better than a flight 👋✈️ Would you try this? NightTrain ParisToBerlin TrainTravel interrail EuropeByTrain

    ♬ original sound – Claire’s Footsteps – Claire’s Footsteps

    Ferry : Corsica Ferries assure 14 rotations par semaine en haute saison entre Toulon/Nice et la Corse. Un trajet Paris-Corse sans avion (train de nuit + ferry) revient à 95-150 €. Notre guide complet Corse sans avion détaille les combinaisons possibles. Pour les Baléares, le combo TGV jusqu’à Barcelone + ferry reste une option fiable.

    Compagnies à privilégier : si l’avion reste indispensable, orientez-vous vers Ryanair (hedging 80 %), easyJet (84 % au S1) ou Air France (87 % au S1) plutôt que SAS, Volotea ou les compagnies asiatiques. Notre guide anti-crise kérosène recense toutes les stratégies. Pour un road trip, le van aménagé reste une option dès 50 €/jour, et les ponts de mai en train offrent des tarifs dès 10 €.

    Quand la situation pourrait-elle s’améliorer

    Deux scénarios se dessinent. Dans l’hypothèse optimiste, une réouverture partielle du détroit d’Ormuz permettrait une détente progressive dès juillet, avec un retour à la normale en fin d’année 2026. United Airlines table sur ce scénario et maintient ses livraisons Boeing sans licenciements, tout en modélisant le pétrole à 175 $/baril au pire.

    Dans l’hypothèse pessimiste, un conflit prolongé maintiendrait le kérosène durablement au-dessus de 1 500 $/tonne tout l’été, entraînant des annulations massives sur le long-courrier. Le CEO de United estime que le baril pourrait rester au-dessus de 100 $ jusqu’à fin 2027.

    La libération des 400 millions de barils par l’AIE pourrait stabiliser les prix à court terme, mais ne résout pas le problème structurel d’approvisionnement. Les analystes prévoient une hausse des tarifs aériens de 5 à 7 % sur les routes les plus touchées. La Slovénie est d’ailleurs devenue le premier pays européen à instaurer un rationnement du carburant, et l’Espagne a voté un plan d’aide de 5 milliards d’euros.

    À suivre : les résultats concrets de la réunion ministérielle de ce 31 mars et les éventuelles annonces de Transavia et des compagnies low-cost européennes, qui n’ont pas encore toutes communiqué sur d’éventuelles coupes. L’IATA a listé les stratégies pour limiter l’impact sur votre budget, et notre dossier complet sur les compagnies qui perdent de l’argent malgré la hausse des billets détaille la situation financière de chaque acteur.

    Vincent Mabire
    Publié le 1 avril 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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