Air Antilles liquidée le 27 avril : 116 salariés à terre, ce que doivent faire les passagers

Vincent Mabire - Il y a 3 heures

En résumé

• Air Antilles est liquidée, activité arrêtée, 116 salariés licenciés.
• Reprise jugée impossible: passif de 56 M€ et offres insuffisantes.
• Passagers: chargeback, recours agence/assureur, puis déclaration de créance.

    Le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre a prononcé ce lundi 27 avril 2026 la liquidation judiciaire d’Air Antilles avec cessation immédiate d’activité. La compagnie qui assurait l’essentiel des liaisons inter-îles dans la Caraïbe française disparaît, laissant 116 salariés sans emploi et des milliers de passagers détenteurs de billets sans solution immédiate. Décryptage de la décision, des raisons de l’échec de la reprise, et de ce qu’il faut faire dès maintenant pour récupérer son argent ou rejoindre les Antilles autrement.

    Liquidation judiciaire d’Air Antilles : ce que le tribunal a décidé ce 27 avril

    Le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre a converti en liquidation judiciaire la procédure de redressement ouverte le 2 février 2026. Cessation immédiate d’activité, plus aucun vol opéré sous code Air Antilles à compter de ce lundi. Le passif déclaré est estimé à plus de 56 millions d’euros, selon les documents transmis aux juges.

    Aucune des offres de reprise déposées n’a été jugée crédible. La principale candidature, baptisée “Air Kalinago” et portée par le médecin-pilote guadeloupéen Pierre Sainte-Luce, prévoyait 6 millions d’euros de capital social et 10 millions d’euros annoncés en février. Elle ne sauvait que 14 à 20 emplois sur 116 et se heurtait, selon le tribunal, à des “obstacles financiers et juridiques insurmontables”. Le second projet, porté par Guyane Express Fly, a été écarté pour “insuffisance industrielle”. D’autres candidats se sont retirés en cours de procédure.

    Air Antilles transportait 121 000 passagers en 2025 entre la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et la Désirade. La compagnie était détenue majoritairement par la collectivité de Saint-Martin.

    Pourquoi la compagnie n’a pas été sauvée

    L’histoire judiciaire s’est jouée sur quatre mois. Cessation de paiement déclarée en janvier 2026, redressement judiciaire prononcé le 2 février 2026 avec une période d’observation théorique de six mois, dépôt de l’offre Sainte-Luce le 22 février. L’audience d’examen des offres, initialement programmée plus tôt, a été renvoyée au 23 puis au 27 avril. Un calendrier qui traduit l’hésitation des juges face à des plans jugés fragiles.

    En toile de fond, un coup d’arrêt opérationnel. Le 8 décembre 2025, la DGAC avait suspendu le certificat de transporteur aérien d’Air Antilles pour “manquements significatifs en matière de sécurité”. La flotte était clouée au sol depuis quatre mois et demi au moment de la décision. Pendant cette période, aucun chiffre d’affaires, des charges fixes inchangées, et une clientèle qui s’est reportée sur les concurrents.

    Malgré l’actionnariat majoritaire de la collectivité de Saint-Martin, aucun plan de continuation crédible n’a pu être présenté. Les engagements financiers nécessaires à la remise en exploitation, à la formation des équipes et au remboursement partiel du passif dépassaient les capacités des repreneurs déclarés.

    Détenteurs de billets : les 5 recours à activer maintenant

    La méthode dépend du canal de réservation et du moyen de paiement utilisé. Les passagers passent en dernier rang dans la hiérarchie des créanciers, après salariés, banques et fournisseurs : la priorité est donc d’activer les autres recours d’abord.

    ÉtapeSituationAction
    1Billet acheté en agence ou forfait vol+hôtelSe retourner vers l’agence ou le voyagiste, responsable de ses prestataires
    2Billet payé en carte bancaire récemmentDemander un chargeback (rétrofacturation) à sa banque sans attendre
    3Carte premium ou assurance voyageVérifier la clause “défaillance d’un transporteur” (Visa Premier, Gold Mastercard, contrats annulation)
    4Aucune des solutions ci-dessusDéclarer sa créance auprès du liquidateur
    5Rachat d’un billet sur une autre compagnieConserver les justificatifs et les ajouter à la déclaration de créance comme préjudice complémentaire

    Le liquidateur judiciaire désigné est Maître Denis Gasnier (SCP BTSG, Neuilly-sur-Seine), joignable à l’adresse caire@btsg.eu. Le délai légal de déclaration de créance est de deux mois à compter de la publication du jugement au BODACC. Passé ce délai, la créance est forclose.

    Les chances de récupération par la voie de la déclaration de créance restent faibles compte tenu du passif (56 M€) et de la priorité légale donnée aux salariés et aux créanciers privilégiés. Le chargeback bancaire reste la voie la plus rapide pour les achats récents en carte.

    Quelles compagnies pour rejoindre Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin et Saint-Barth

    L’offre inter-îles se réduit drastiquement. Voici les opérateurs qui restent en lice, avec leurs principales liaisons.

    CompagnieLiaisons inter-îlesTarif indicatif
    Air CaraïbesPointe-à-Pitre ↔ Saint-Martin (jusqu’à 4 rotations/jour), Pointe-à-Pitre ↔ Fort-de-FranceÀ partir de 127 € l’aller simple PTP-FDF
    Corsair (via partenariat Air Inter Îles)Saint-Barthélemy, Marie-Galante depuis Pointe-à-PitreSelon partenariat
    Air FranceParis ↔ Pointe-à-Pitre, Paris ↔ Fort-de-France (renforts hiver 2025-2026 maintenus)Pas d’offre inter-îles
    Saint-Barth Commuter, Air Inter Îles, St Barth ExecutiveSaint-Barthélemy, la Désirade (capacités limitées)Variable

    Air Caraïbes est désormais la seule compagnie à conserver un réseau inter-îles structuré, avec jusqu’à quatre rotations quotidiennes entre Pointe-à-Pitre et Saint-Martin. Le risque, à très court terme : tension tarifaire faute de concurrence, files d’attente à l’enregistrement, et taux de remplissage saturé sur les rotations Air Caraïbes dans les semaines qui viennent. Les petits opérateurs locaux (Saint-Barth Commuter, Air Inter Îles, St Barth Executive) absorbent une partie du trafic vers Saint-Barth et la Désirade, mais leurs capacités en sièges restent limitées.

    116 salariés à terre et un risque de rupture de continuité territoriale

    La liquidation supprime 116 emplois directs : pilotes, personnels au sol, techniciens basés à Pointe-à-Pitre, Fort-de-France et Saint-Martin. Plusieurs élus locaux ont alerté sur le risque de “rupture de continuité territoriale” pour des liaisons jugées peu rentables et peu attractives pour les opérateurs privés.

    La collectivité de Saint-Martin, actionnaire majoritaire, devra assumer une partie du contentieux et plaider auprès de l’État pour des solutions de remplacement. Le scénario d’un appel d’offres public assorti d’une obligation de service public (OSP) sur les lignes essentielles est ouvert. Le précédent existe pour la desserte aérienne corse et pour plusieurs liaisons d’Outre-mer où un transporteur unique opère contre compensation publique.

    Et maintenant : ce qu’il faut surveiller dans les semaines qui viennent

    Plusieurs jalons concrets vont rythmer la suite du dossier.

    • Publication du jugement au BODACC : déclenche le délai de deux mois pour les déclarations de créance des passagers et des fournisseurs.
    • Position de l’État et des collectivités : éventuelle aide d’urgence aux 116 salariés, ouverture d’une procédure d’OSP sur les lignes Guadeloupe-Martinique-Saint-Martin.
    • Stratégie d’Air Caraïbes : ouverture de fréquences supplémentaires ou nouvelles bases pour absorber le trafic orphelin avant la haute saison touristique.
    • Liquidation des actifs : slots aéroportuaires, marque commerciale, créneaux d’atterrissage. Une reprise partielle reste possible mais peu probable selon les sources judiciaires.

    La compagnie qui transportait 121 000 passagers en 2025 n’existe plus. L’écosystème aérien caribéen s’organise désormais sans elle, et les voyageurs comme les élus locaux attendent désormais la réaction de l’État sur la continuité territoriale.

    Vincent Mabire
    Publié le 29 avril 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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