Air Antilles menacée de liquidation : un médecin-pilote promet 10 millions d’euros pour sauver la compagnie

Vincent Mabire - Il y a 1 heure

En résumé

• Pierre Sainte-Luce, dernier repreneur d'Air Antilles, propose 10M€ avant le 5 mars 2026.

• La reprise dépend de l'approbation réglementaire suite aux suspensions de licence.

• La disparition d'Air Antilles augmente les prix des vols inter-îles, réduisant la concurrence.

    Air Antilles n’a plus qu’un seul repreneur potentiel et trois semaines pour échapper à la liquidation. Le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre a fixé au 5 mars 2026 la date butoir pour finaliser le projet de reprise. Derrière cette offre, un profil atypique : Pierre Sainte-Luce, médecin, pilote et chef d’entreprise guadeloupéen, qui promet 10 millions d’euros pour relancer la compagnie. Le sort de 117 salariés et des liaisons vitales entre la Guadeloupe, la Martinique et Saint-Martin se joue dans les prochains jours.

    Un médecin-pilote, seul repreneur en lice pour Air Antilles

    Sur plusieurs marques d’intérêt déposées avant la date limite du 16 février, une seule offre de reprise structurée a été retenue par le tribunal, selon France Info Outre-mer. Les deux autres candidats ne proposaient que le rachat d’avions, pas une reprise d’activité.

    Pierre Sainte-Luce n’est pas un inconnu dans le paysage économique antillais. Médecin de formation, docteur en sociologie et pilote breveté, il dirige le Groupe Manioukani avec son épouse, la docteure Corinne Sainte-Luce. Ce groupe gère des établissements de santé et des EHPAD en Guadeloupe. Il est également propriétaire de l’hôtel Arawak, un 4 étoiles situé au Gosier. Son offre, portée par un groupe d’investisseurs locaux, prévoit une enveloppe de 10 millions d’euros, dont 4 millions disponibles immédiatement.

    Le repreneur deviendrait actionnaire majoritaire d’Air Antilles en rachetant tout ou partie des parts détenues par le groupe Edeis et par la Collectivité de Saint-Martin, les actuels actionnaires.

    Le tribunal a qualifié cette proposition de « sérieuse », tout en relevant qu’elle comporte « un nombre conséquent de réserves » à lever d’ici le 5 mars.

    Les obstacles réglementaires à franchir avant le 5 mars

    Le chemin vers une reprise effective reste semé d’embûches administratives. Le certificat de transporteur aérien (CTA) d’Air Antilles est suspendu par la DGAC depuis le 8 décembre 2025, en raison de manquements aux normes de sécurité. La licence d’exploitation, elle, a expiré le 31 janvier 2026.

    Concrètement, même en cas de validation de l’offre par le tribunal, la remise en service des avions ne serait pas immédiate. Le repreneur devra corriger les défaillances identifiées par la Direction générale de l’aviation civile et obtenir le feu vert réglementaire, un processus qui nécessite du temps et des moyens financiers conséquents.

    Pour renforcer le volet opérationnel de son dossier, Pierre Sainte-Luce envisage un partenariat avec Sunrise Airways, une compagnie haïtienne qui opère des liaisons régionales dans les Caraïbes. Sunrise pourrait entrer comme actionnaire minoritaire et apporter son expertise opérationnelle, notamment sur les ATR, les turbopropulseurs exploités par Air Antilles. Brieuc Hardy, délégué du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), souligne que ce partenariat pourrait répondre aux exigences de la DGAC : « Ça n’a pas marché la première fois. Il faut que ça marche la seconde », rapporte France Info Martinique. À noter : Sunrise Airways ne peut pas opérer directement les lignes domestiques françaises.

    Ce que ça change pour les voyageurs des Antilles

    Air Antilles assurait des liaisons essentielles pour la vie quotidienne aux Antilles : Pointe-à-Pitre vers Fort-de-France, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Ces vols ne sont pas qu’une commodité touristique. Ils sont indispensables pour les déplacements médicaux, professionnels et familiaux entre les îles.

    Depuis l’arrêt des vols, Air Caraïbes est devenue l’opérateur principal sur ces routes inter-îles, avec 4 vols quotidiens entre Pointe-à-Pitre et Saint-Martin et des tarifs à partir de 127 euros pour la liaison Guadeloupe-Martinique. Corsair, via son partenariat avec Air Inter Îles, facilite également les connexions vers Saint-Barthélemy et Marie-Galante. Mais la disparition d’Air Antilles a mécaniquement réduit la concurrence et fait grimper les prix.

    En cas de reprise réussie, Pierre Sainte-Luce prévoit de concentrer l’activité sur trois routes : Saint-Martin, Pointe-à-Pitre et Fort-de-France, en abandonnant la desserte de Saint-Barthélemy.

    Le feuilleton Air Antilles, rappel des épisodes précédents

    La situation d’Air Antilles s’est dégradée par étapes, comme nous l’avons couvert dans nos précédents articles :

    • 8 décembre 2025 : la DGAC suspend le certificat de transporteur aérien pour des manquements à la sécurité. Les avions sont cloués au sol.
    • 16 janvier 2026 : Air Antilles déclare la cessation de paiement. Tous les vols sont définitivement arrêtés.
    • 2 février 2026 : le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre place la compagnie en redressement judiciaire et accorde une période d’observation de 6 mois.
    • 16 février 2026 : date limite pour le dépôt des offres de reprise.
    • 19 février 2026 : le tribunal examine les candidatures. Une seule offre structurée est retenue, celle de Pierre Sainte-Luce.
    • 5 mars 2026 : décision finale attendue, reprise ou liquidation.

    Trois semaines décisives pour l’avenir de la desserte inter-îles

    Le 5 mars 2026, le tribunal rendra son verdict : validation de la reprise ou liquidation pure et simple. D’ici là, le repreneur doit lever les réserves formulées par les juges et démontrer la solidité financière de son montage.

    Brieuc Hardy résume la tension du moment : l’offre est « relativement structurée » mais « ça nécessite un volume de cash conséquent qui doit être libéré sous des contraintes très serrées », selon Outremers360. Les syndicats ont également exigé une restructuration de la direction, en priorisant les compétences et l’expertise dans les postes de management.

    L’enjeu dépasse le cas d’Air Antilles. C’est la question de la desserte aérienne régionale dans les Antilles françaises qui se joue. Sans compagnie inter-îles dédiée, les habitants dépendent de tarifs fixés par un nombre réduit d’opérateurs, sur des liaisons qui ne sont pas toujours rentables. Les nouvelles routes depuis la métropole, comme la liaison directe Bordeaux-Fort-de-France, ne résolvent pas le problème des déplacements entre les îles elles-mêmes. En cas de liquidation le 5 mars, les 117 salariés seraient licenciés et les Antilles perdraient définitivement leur dernière compagnie régionale.

    À suivre : la décision du tribunal le 5 mars prochain.

    Vincent Mabire
    Publié le 22 février 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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