En résumé
• Trafic aérien européen en baisse de 0,7 % en avril, première depuis 2021.• Guerre, EES et kérosène freinent la demande, surtout hors UE.
• Billets en baisse vers l’Espagne et les Balkans; Maghreb et USA résistent.
C’est un chiffre qui marque un tournant. Le 4 juin 2026, ACI Europe publie son bilan d’avril : -0,7 % de passagers par rapport à avril 2025, première baisse du trafic aérien européen depuis la reprise post-Covid d’avril 2021. Le marché se retourne avant le pic de l’été, et certaines destinations voient déjà leurs billets chuter pendant que d’autres résistent. Voici où.
Ce que disent les chiffres d’ACI Europe
Sur l’ensemble du réseau aéroportuaire européen, le recul atteint 0,7 % en avril 2026 par rapport au même mois de 2025. C’est la première contraction annuelle depuis avril 2021, quand le secteur sortait à peine de la pandémie.
Le chiffre demande toutefois une lecture fine. Le bloc EU+ progresse encore légèrement, de 0,6 %, et même de 1,4 % pour les seuls aéroports de l’Union européenne. C’est le bloc hors-UE+ qui tire la moyenne vers le bas, avec une chute de 7,6 %.
Dans le détail, certaines plateformes encaissent un choc sévère. Munich perd 16,4 % et Francfort 11 %, plombés par sept jours de grèves Lufthansa sur la période. Londres Gatwick recule de 8,8 %, Istanbul de 6,8 %. À l’inverse, Paris-Charles-de-Gaulle reste stable, à 0,0 %, et Barcelone progresse encore de 4,1 %. Pour Olivier Jankovec, directeur général d’ACI Europe, ce bilan signe un « tournant » lié à l’instabilité géopolitique.
Ce retournement européen prolonge un mouvement que la France connaît déjà : ses aéroports n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’avant-Covid, comme nous l’avons documenté dans notre analyse du décrochage français face à l’Europe.
Pourquoi le ciel se couvre : guerre en Iran, EES et kérosène
Plusieurs facteurs se cumulent. La guerre en Iran, déclenchée fin février 2026, produit en avril son premier mois de répercussions pleinement visibles. La Méditerranée orientale et le couloir vers le Moyen-Orient encaissent le choc : Israël s’effondre de 73,4 %, la Géorgie recule de 16,3 %, l’Azerbaïdjan de 12,9 % et la Turquie de 5,1 %.
Deuxième frein, administratif celui-là. Le système biométrique EES est pleinement opérationnel dans les 29 pays de l’espace Schengen depuis le 10 avril 2026. Résultat : des files d’attente trois à cinq fois plus longues, et jusqu’à quatre heures d’attente signalées à certaines frontières. Un point de friction qui pèse sur la décision de réserver, comme nous l’avons détaillé dans notre point sur l’entrée en vigueur de l’EES.
S’ajoute la tension persistante sur le kérosène, qui pousse les compagnies à anticiper la hausse des coûts et complique la lecture des prix pour l’été, un dossier suivi de près depuis la réunion de Bercy du 6 mai et les premières vagues d’annulations liées au carburant. Enfin, un effet calendaire amplifie mécaniquement le recul : Pâques a partiellement basculé en mars 2026, déplaçant une partie du trafic hors du mois d’avril.
Où les billets baissent déjà, et pourquoi
La baisse de trafic ne se traduit pas partout par des prix plus bas, mais sur certaines destinations, le mouvement est net. L’Espagne, première destination étrangère des Français, voit son trafic progresser de 3,7 % tandis que ses prix reculent d’environ 11 % sur un an, selon le baromètre DigiTrips/L’Écho. Une offre abondante face à une demande qui se tasse.
Les Balkans concentrent les meilleures affaires. L’Albanie affiche des prix en chute d’environ 31 % par rapport à mai 2025, pour un trafic en hausse de 25,3 %, portée par la multiplication des lignes low-cost (elle gagne 13 places au classement des destinations). La Macédoine du Nord (+30,6 %) et la Moldavie (+24,6 %) confirment cette dynamique Europe de l’Est à bas coût, dans la lignée des coolcations recherchées pour fuir la canicule.
La logique est claire : la baisse se concentre sur le low-cost et les destinations en surcapacité. Sur l’ensemble du marché, les ventes de billets ont reculé de 25 % sur un an en mai 2026, et le prix moyen toutes destinations confondues recule d’environ 2 %. C’est là, sur ces axes en surplus d’offre, que se trouvent les bonnes affaires de l’été.
Où les prix tiennent : Maghreb et États-Unis
Deux marchés font exception. Vers le Maghreb, la tendance s’inverse : le billet moyen vers l’Algérie atteint 423 € en mai 2026, en hausse de 21 % sur un an. Le Maroc et la Tunisie restent plus accessibles, mais l’IATA anticipe une hausse de 20 à 40 % sur l’été, alimentée par le kérosène. Pour départager ces deux destinations, voir notre comparatif des prix de vols Tunisie et Maroc.
Le long-courrier vers les États-Unis échappe lui aussi à la baisse européenne : les tarifs résistent. Sur ces axes, miser sur un recul des prix est risqué. La meilleure stratégie reste de réserver tôt : selon Liligo, réserver une soixantaine de jours avant le départ permet d’économiser jusqu’à 28 %.
Ce qu’il faut surveiller avant de réserver juillet-août
Le timing de ce retournement coïncide avec l’ouverture, par les compagnies, de fenêtres de flexibilité. Air France et KLM lancent des billets modifiables sans frais pour les achats effectués du 3 au 17 juin 2026. Transavia propose son option Flex (généralement à 10 €) sur les réservations du 3 au 9 juin. Un filet de sécurité utile dans un marché incertain.
Concrètement, trois réflexes s’imposent. Viser le low-cost vers l’Espagne et les Balkans, où l’offre déborde. Prévoir une marge de trois à quatre heures aux frontières hors-UE, à cause des files générées par l’EES. Et surveiller le cours du kérosène avant de bloquer un vol vers le Maghreb ou un long-courrier, où les tarifs montent.
À suivre : le baromètre mensuel DigiTrips/L’Écho pour les tendances de prix, et le prochain bulletin d’ACI Europe, qui dira si la baisse d’avril se prolonge en mai ou ne reste qu’un accident de calendrier.