En résumé
• Vigilance rouge avalanche en Savoie avec risque maximal 5/5, impactant 75 % des stations.• 20 000 personnes confinées à Tignes, fermetures massives de pistes dans la région.
• Impact économique important pour les stations de ski, conseils pour remboursements.
C’est un événement que la Savoie n’avait pas connu depuis 2018. Ce jeudi 12 février, Météo-France a déclenché la vigilance rouge avalanche dans le département, portant le risque avalanche au niveau maximal de 5 sur 5 sur six massifs alpins. En plein cœur des vacances de février, 75 % des stations de ski savoyardes ont fermé totalement ou partiellement. Environ 20 000 personnes sont confinées à Tignes pour la nuit.
Du jamais vu en pleine saison. Voici ce qu’il faut savoir si vous êtes concerné.
Risque 5/5 : une alerte avalanche historique en Savoie
La Savoie vit ce jeudi une situation qualifiée de « remarquable et même exceptionnelle » par Météo-France. Le risque avalanche atteint le niveau maximal de 5/5 dans les massifs de Haute-Tarentaise, Vanoise, Beaufortain, Mont-Blanc, Aravis et Chablais.
C’est seulement la deuxième vigilance rouge avalanche de l’histoire du département, après un épisode en Haute-Maurienne en janvier 2018, et la troisième en France en 25 ans.
Selon la Préfecture de la Savoie, « de grandes avalanches mobilisant l’ensemble du manteau neigeux sont susceptibles d’atteindre les infrastructures routières et les constructions ». Le Centre opérationnel départemental (COD) a été activé dès 7 heures du matin pour coordonner les moyens de secours.
Stéphane Bornet, directeur de l’ANENA (Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches), rappelle la gravité du phénomène sur France Bleu : « Tous les versants et toutes les pentes de montagne peuvent être concernés par le risque avalanche. »
Au niveau 5, contrairement aux niveaux 3 ou 4 où les skieurs déclenchent les coulées, le manteau neigeux se déclenche tout seul, y compris sur des terrains habituellement stables et plats.
La Plagne, Les Arcs, Tignes : les stations à l’arrêt
Le bilan station par station donne la mesure de l’ampleur inédite de cet épisode.
La Plagne a fermé l’intégralité de son domaine skiable dès jeudi matin. Son maire Jean-Luc Boch, également président de l’Association nationale des maires des stations de montagne, ne mâche pas ses mots sur France Info : « Ça peut partir de partout, même sur des talus habituellement pas sensibles. »
Plus de 1,60 m de neige a été relevé à 2 000 m d’altitude, et 2 m au sommet des pistes à 3 000 m.
Les Arcs n’a rouvert que 6 pistes sur 116 en après-midi, soit à peine 5 % du domaine. Val d’Isère maintient seulement 15 à 20 % de son domaine accessible (zones basses uniquement), avec 62 cm de neige fraîche tombés le 12 février et 106 cm sur la semaine. La route du Fornet est fermée.
Mais c’est à Tignes que la situation est la plus spectaculaire. La quasi-totalité des pistes est fermée et la mairie a décrété un confinement nocturne inédit de 23h à 6h, interdisant toute sortie aux quelque 20 000 personnes présentes (taux d’occupation de 78 %).
Le maire Jean Revial explique sur BFMTV : « Nous avons préféré prendre des mesures de sécurité intense pour que les personnes restent à la maison. » Un confinement diurne était déjà en place le matin, interdisant toute circulation à pied ou en voiture jusqu’à 15h.
Courchevel, Chamonix (tous les domaines haute altitude fermés), l’Alpe d’Huez et les Deux-Alpes (50 % du domaine fermé) sont également très touchés. Au total, selon France 3 Régions, 75 % des stations de Savoie sont à l’arrêt ce jeudi.
Tempête Nils et neige record : pourquoi c’est si grave
Derrière cette alerte historique, un cocktail météorologique redoutable. La tempête Nils, qui balaye la France depuis mercredi, provoque des vents de 60 à 100 km/h en montagne (jusqu’à 150-180 km/h sur les côtes atlantiques) et des chutes de neige massives : entre 50 cm et 1 mètre de cumul selon les massifs à la mi-journée du jeudi.
Le vent transporte la neige et crée des plaques instables sur tous les versants, y compris ceux habituellement sûrs. Combiné à un manteau neigeux déjà très chargé et instable depuis trois semaines, le risque de déclenchements spontanés de grande ampleur est maximal.
Météo-France alerte : il n’est pas exclu qu’une avalanche de très grande ampleur descende jusqu’à 1 200 à 1 400 m d’altitude dans les vallées.
Les plans d’intervention PIDA (déclenchements préventifs par explosifs) ont été activés dès 6h du matin, mais les conditions (visibilité nulle, vent violent) limitent considérablement les opérations. À ce stade, aucun incident majeur n’est à déplorer.
Vacances de février sabotées pour la zone A
Le timing ne pouvait pas être pire. Le 12 février correspond au jour 6 des 17 jours de vacances de la zone A (7-23 février), qui regroupe les académies de Lyon, Grenoble, Bordeaux et Clermont-Ferrand : la période la plus chargée de la saison en stations.
D’après France Info, certains vacanciers font le choix de repartir plus tôt. Benjamin Ranvoisé, en vacances dans les Alpes, témoigne : « On ne devait repartir que demain… on préfère rentrer pour ne pas se retrouver coincés. »
L’impact économique s’annonce lourd. Le coût moyen d’une semaine au ski en février atteint environ 1 875 euros pour quatre personnes, selon Ski Weekend. Des vacances déjà onéreuses, désormais partiellement inutilisables.
Le tourisme d’hiver, qui pèse 9 milliards d’euros par an en France, subissait déjà une prévision de baisse de 4,2 % des nuitées pour février 2026, d’après Actumontagne.
Jean-Luc Boch assume pleinement les fermetures : « La sécurité prime sur tout. L’économie ne pèse pas lourd quand on a des risques avérés et aussi prononcés. »
Forfaits, remboursements, routes : guide pratique pour les vacanciers
Si vous êtes concerné, voici vos options concrètes en matière de remboursement de forfaits :
- Forfait non utilisé : remboursement intégral auprès de la billetterie de la station.
- Forfait multi-jours : remboursement proportionnel des jours non skiés (les modalités varient selon les CGV de chaque station).
- Forfait journée avec fermeture totale : remboursement possible. En cas de fermeture partielle, le remboursement n’est généralement pas garanti.
- Forfait saison : pas de remboursement dans la plupart des cas, parfois une réduction pour la saison suivante.
Selon economie.gouv.fr, même en cas de force majeure (ce qui inclut les avalanches), l’exploitant devrait être tenu au remboursement. Conservez impérativement vos justificatifs d’achat et contactez le service client de votre station.
Côté accès et routes, plusieurs axes sont fermés en Haute-Tarentaise. La circulation piétonne est interdite entre certains villages à Tignes. Des convois escortés ou circulations alternées sont en place sur d’autres routes. Consultez les informations de la Préfecture de la Savoie avant tout déplacement.
Consignes de sécurité : le hors-piste est strictement interdit, de même que le ski de randonnée et les raquettes. Respectez impérativement les consignes de confinement si vous êtes en station.
Réouverture, alternatives et prévisions
La bonne nouvelle : l’amélioration est attendue dès vendredi 13 février avec la fin de la tempête Nils. Le maire de La Plagne estime qu’il y a « une très forte probabilité que le domaine skiable soit ouvert vendredi ».
La réouverture sera progressive : zones basses et sécurisées d’abord, haute altitude ensuite, après les opérations de déclenchements préventifs et de déneigement. Chaque station communiquera sur ses réseaux sociaux.
Pour ceux qui peuvent encore modifier leurs plans, plusieurs alternatives s’offrent à vous :
Destinations de repli en France
Les Alpes du Sud (Serre-Chevalier, Montgenèvre) sont moins touchées et plus abordables : environ 1 404 euros la semaine pour quatre personnes, contre 1 953 euros en Alpes du Nord, selon Ski Weekend. Les Pyrénées et le Jura constituent aussi des alternatives intéressantes.
Si vous cherchez d’autres stations de ski accessibles depuis Paris en train, plusieurs options demeurent ouvertes dans d’autres massifs.
Changer complètement de destination
Vous pouvez aussi profiter de cet imprévu pour découvrir ce paradis européen à 22°C en février, à seulement 4h de vol. Ou opter pour une escapade hivernale dans la Normandie en hiver, qui offre un charme unique hors saison.
Attention : même après la levée de l’alerte rouge, le risque restera élevé (niveau 4) pendant plusieurs jours. Le hors-piste demeurera dangereux. Avant tout déplacement, vérifiez l’état d’ouverture de votre station et consultez Météo-France Vigilance.