En résumé
• Le prix de l'ESTA a augmenté à 40 $ depuis septembre 2025; biométrie désormais requise.• Déclaration des réseaux sociaux envisagée pour l'ESTA dès mi-2026, décision OMB attendue.
• Réduction des voyages aux USA prévue, alternatives touristiques émergent pour les Français.
Depuis le 30 septembre 2025, l’ESTA coûte 40 $ au lieu de 21 $. Et dès cet été, les autorités américaines pourraient exiger l’historique complet de vos réseaux sociaux pour entrer sur le sol américain. Pour les quelque 2 millions de Français qui traversent l’Atlantique chaque année, ces changements modifient concrètement la préparation d’un séjour aux États-Unis. Voici ce qui a déjà changé, ce qui arrive, et pourquoi agir maintenant peut vous éviter bien des complications.
Ce qui a déjà changé : un ESTA à 40 $ et des données biométriques renforcées
Le prix de l’autorisation de voyage électronique ESTA est passé de 21 $ à 40 $ (environ 37 euros) depuis le 30 septembre 2025, soit une hausse de 90 %. Cette augmentation, la première depuis 2010, découle de la loi fédérale HR-1 (« One Big Beautiful Bill Act ») adoptée le 4 juillet 2025.
Depuis décembre 2025, les autorités américaines collectent les données biométriques faciales de tous les non-citoyens à l’entrée et à la sortie du territoire. Concrètement, un scan facial est réalisé aux postes-frontières. Refuser cette collecte peut entraîner un refus d’entrée.
Autre nouveauté, plus ciblée : depuis janvier 2026, un programme pilote de caution impose aux ressortissants de certains pays jugés « à risque » un dépôt allant jusqu’à 15 000 $ pour obtenir un visa B1/B2 (affaires et tourisme). Les Français ne sont pas concernés par cette mesure à ce stade, mais elle illustre le durcissement général qui touche aussi les ressortissants de 75 pays dont les visas ont été suspendus.
Réseaux sociaux obligatoires : ce que vous devrez déclarer
C’est la mesure qui fait le plus réagir. Publiée en décembre 2025 dans le Federal Register par la Customs and Border Protection (CBP), la proposition prévoit de rendre obligatoire la déclaration des éléments suivants sur le formulaire ESTA 2026 :
- Identifiants de réseaux sociaux des 5 dernières années (Facebook, Instagram, X/Twitter, LinkedIn, TikTok, etc.)
- Numéros de téléphone utilisés ces 5 dernières années
- Adresses e-mail des 10 dernières années
- Informations familiales détaillées (noms, adresses, dates de naissance, téléphones des proches)
- Upload d’un selfie en direct, en plus de la page biométrique du passeport
À noter : seuls les pseudos et identifiants sont demandés, jamais les mots de passe. Les autorités américaines n’auront accès qu’aux contenus publics de vos profils. Selon la CBP, remplir ces nouveaux champs prendrait environ 30 minutes, mais retrouver l’historique de ses anciens comptes pourrait demander plusieurs heures.
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La fenêtre d’opportunité : agir avant l’été 2026
En mars 2026, la déclaration des réseaux sociaux reste facultative sur le formulaire ESTA. La rubrique « Médias sociaux » existe déjà, mais vous pouvez la laisser vide sans conséquence sur votre demande. L’ambassade des États-Unis en France a confirmé le 11 février que « la mesure proposée n’est pas encore en vigueur », avec une mise en application prospective à la « mi-2026 ».
Voici la chronologie à retenir :
- 8 février 2026 : fin de la consultation publique (60 jours après la publication au Federal Register)
- Mars-avril 2026 : évaluation par la CBP des quelque 4 500 commentaires reçus
- Avril-mai 2026 : revue par l’Office of Management and Budget (OMB), qui peut approuver, modifier ou rejeter la proposition
- Mi-2026 : mise en application probable si l’OMB valide et attribue un numéro de contrôle
Sans l’approbation de l’OMB, la CBP ne peut pas légalement imposer la collecte de ces données. La proposition pourrait aussi être modifiée ou abandonnée.
En clair, un ESTA obtenu maintenant reste valide 2 ans (jusqu’en 2028) sans obligation de fournir ces informations rétroactivement. Le traitement d’une demande prend généralement moins de 72 heures, avec 92 % des dossiers traités en moins de 4 heures. La CBP recommande toutefois de soumettre sa demande au moins 72 heures avant le départ.
Ce qu’il vaut mieux éviter avant de remplir son ESTA
Pour les voyageurs qui devront déclarer leurs réseaux sociaux après l’entrée en vigueur des nouvelles règles, quelques précautions s’imposent.
Ne pas mentir ni omettre un compte actif. Les autorités américaines croisent déjà les données publiques disponibles en ligne. Une incohérence entre vos déclarations et vos profils visibles pourrait compromettre votre demande — voire entraîner une interdiction d’entrée.
Ne pas supprimer un compte précipitamment. Fermer un profil juste avant de remplir le formulaire pourrait être perçu comme une tentative de dissimulation. La période de 5 ans demandée couvre aussi les comptes inactifs.
Nettoyer ses publications en amont. Sans tomber dans la paranoïa, relire ses contenus publics (commentaires politiques, satire, publications ambiguës) reste une précaution raisonnable. Comme l’avait détaillé notre article de décembre 2025, la mesure soulève des questions de compatibilité avec le RGPD européen, sans que les autorités françaises aient pour l’instant obtenu de clarification juridique.
Pour ceux qui préfèrent éviter l’ESTA, l’alternative reste le visa B1/B2 classique, mais il coûte 185 $ (augmenté depuis le 1er janvier 2026) et nécessite un rendez-vous à l’ambassade américaine à Paris, avec des délais actuellement rallongés.
Faut-il encore partir aux États-Unis cet été ?
Le contexte ne joue pas en faveur de la destination. Selon une étude du World Travel & Tourism Council (WTTC) publiée en février 2026, les nouvelles mesures de contrôle pourraient entraîner jusqu’à 4,7 millions d’arrivées internationales en moins, soit une baisse de 23,7 % des visiteurs issus des pays éligibles à l’ESTA. Le manque à gagner estimé atteint 15,7 milliards de dollars en dépenses touristiques, avec un impact plus large de 21,5 milliards de dollars sur le PIB du secteur et 157 000 emplois américains menacés.
Dans cette étude, menée auprès de 4 563 voyageurs dans neuf pays dont la France, un tiers des sondés déclarent qu’ils seraient moins enclins à visiter les États-Unis si la mesure était adoptée.
Le tourisme américain affiche déjà huit mois consécutifs de recul, et les réservations transatlantiques pour l’été 2026 plongent des deux côtés avec une baisse de 29 % selon l’Echo Touristique.
Les États-Unis restent accessibles pour les Français via le programme Visa Waiver. En anticipant sa demande d’ESTA dès maintenant (mars 2026), on bénéficie des règles actuelles. Et la baisse de fréquentation a un effet collatéral inattendu : moins de monde sur place.
Pour ceux que ces contraintes découragent, d’autres destinations long-courrier gagnent du terrain. Le Canada, le Japon et certains pays d’Amérique latine attirent de plus en plus de voyageurs français en quête de moins de formalités.
À suivre : la décision de l’OMB, attendue d’ici fin avril, déterminera si les réseaux sociaux deviennent effectivement obligatoires pour l’été 2026.