En résumé
• L’EES ne concerne pas les voyageurs français ni l’ETIAS à venir.• À CDG, Orly et Eurotunnel, les files s’allongent malgré tout.
• Choisir Schengen, PARAFE, éviter les pics limite l’attente.
Un mois après l’entrée en vigueur de l’Entry/Exit System (EES) le 10 avril 2026, les voyageurs français signalent des files plus longues à Roissy-CDG, Orly et à l’Eurotunnel. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères rappelle pourtant que le dispositif ne concerne pas les ressortissants de l’Union européenne. Pourquoi alors un passager d’un Paris-Londres se retrouve-t-il bloqué 45 minutes au contrôle ? Trois questions tranchées avec les sources officielles.
Suis-je concerné par l’EES en tant que voyageur français ? La réponse officielle
Non pour l’EES, et non également pour l’ETIAS attendu plus tard cette année. Selon France Diplomatie, l’EES s’applique uniquement aux ressortissants de pays tiers entrant dans l’espace Schengen pour un court séjour, soit un maximum de 90 jours sur une période de 180 jours. Les citoyens de l’Union européenne, de l’Espace économique européen et de Suisse en sont explicitement exclus.
D’autres catégories sont exemptées, précise eu-LISA, l’agence de l’UE chargée du système : titulaires d’un titre de séjour longue durée, ressortissants d’Andorre, Saint-Marin, Monaco et du Vatican. Les enfants de moins de 12 ans ne fournissent pas leurs empreintes digitales, mais leur passage est enregistré.
Il faut distinguer ce dispositif de l’ETIAS, l’autorisation de voyage électronique prévue au quatrième trimestre 2026 par la Commission européenne. Ce second système ne concernera pas non plus les voyageurs français : il vise les ressortissants de 59 pays exemptés de visa, principalement Américains, Britanniques, Canadiens et Australiens, qui devront s’enregistrer en ligne avant leur entrée dans Schengen. Coût annoncé : 20 euros, validité 3 ans, applicable à 30 pays. Pour les Français qui reçoivent de la famille hors UE, le guide ETIAS pour invités américains, britanniques et canadiens détaille la marche à suivre.
Le seul cas où un voyageur français doit accomplir une démarche analogue concerne ses propres déplacements vers des pays tiers ayant mis en place leur système : l’UK ETA déjà en vigueur côté britannique, ou l’ESTA américaine.
Pourquoi je vois quand même des files plus longues à Roissy ?
La mécanique tient en trois points.
Premier point : les kiosques EES partagent l’espace des contrôles existants. Aéroports de Paris a installé environ 320 bornes de pré-enregistrement sur 25 points de passage à CDG et Orly, intégrées aux zones de contrôle frontalier. Cette cohabitation réduit la fluidité globale du terminal, y compris pour les passagers UE qui n’ont rien à enregistrer.
Deuxième point : le contrôle hors-UE prend deux à quatre fois plus de temps. Là où un voyageur européen passait au sas PARAFE en 15 à 20 secondes, le contrôle EES, qui combine lecture du passeport, prise de photo et empreintes digitales lors de la première inscription, s’étire entre 1 et 2 minutes. La cadence globale du terminal s’en trouve dégradée.
Troisième point : un effet de saturation documenté depuis le 10 avril. Plusieurs terminaux de Roissy et l’ensemble d’Orly ont enregistré des attentes de 3 à 4 heures, avec des pannes ponctuelles d’équipements biométriques. Le terminal CDG 2E fait exception, le process y étant mieux rodé et le personnel formé en amont. Ces tensions avaient été anticipées dès mars 2026 par le gouvernement, qui n’excluait déjà pas une suspension partielle.
Le cas transmanche obéit à une logique différente. Les autorités françaises ont annoncé fin mars 2026 le report de la composante biométrique aux passages Eurotunnel et ferries, un logiciel s’étant révélé défaillant. Les fichiers EES sont créés, mais sans empreintes ni photos pour l’instant. La dégradation ressentie côté Calais et Folkestone reste donc moindre qu’aux aéroports.
Trois leviers pour éviter d’attendre cet été
Levier 1 : privilégier l’intra-Schengen. Un vol Paris-Madrid, Paris-Berlin ou Paris-Rome ne passe par aucun contrôle EES, ces liaisons s’effectuant à l’intérieur des frontières de l’espace. Quand le calendrier le permet, choisir une destination Schengen plutôt qu’un Londres ou un Marrakech permet de contourner totalement le sujet.
Levier 2 : utiliser PARAFE pour les vols hors-Schengen. Les sas biométriques PARAFE restent accessibles aux passeports français à CDG et Orly, en file séparée des kiosques EES. À ce jour, PARAFE traite les passeports UE, EEE et suisses, mais pas encore les passeports britanniques ou américains soumis à l’EES. Conséquence pratique : la file PARAFE reste rapide pour les voyageurs français même quand la file EES déborde.
Levier 3 : éviter les pics de l’Eurotunnel. Pour les départs en voiture vers le Royaume-Uni, les vendredis 7 h-9 h et les retours dimanches 17 h-20 h concentrent l’essentiel des bouchons selon les remontées des opérateurs. Décaler son créneau, en partant tard le jeudi soir ou tard le vendredi soir, permet d’échapper aux files mixtes où s’accumulent voyageurs UE et hors-UE.
Il reste recommandé d’arriver 3 heures avant un vol hors-Schengen à CDG ou Orly, tant que la phase d’apprentissage du dispositif n’est pas absorbée. L’objectif gouvernemental est fixé à l’automne 2026.
Tableau : Schengen ou hors-Schengen pour un voyageur français
| Destination | Espace Schengen | Contrôle EES au départ | Démarche pour le Français |
|---|---|---|---|
| Espagne, Italie, Allemagne, Portugal, Grèce | Oui | Non | Carte d’identité ou passeport |
| Croatie, Pologne, République tchèque | Oui | Non | Aucune |
| Norvège, Islande, Suisse, Liechtenstein | Oui (associés) | Non | Aucune |
| Royaume-Uni | Non | File mixte au retour vers Schengen | UK ETA obligatoire (10 £) |
| Irlande | Non (UE hors-Schengen) | File mixte | Aucune côté français |
| États-Unis, Canada | Non | Sans objet (vol direct) | ESTA / AVE |
| Maroc, Tunisie, Turquie | Non | Sans objet au départ | Selon pays |
| Chypre | Non (UE hors-Schengen) | File mixte | Aucune côté français |
L’espace Schengen compte 29 pays au total, soit les 27 États membres de l’Union à l’exception de l’Irlande et de Chypre, complétés par l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse, selon la Commission européenne.
Ce qu’il faut retenir avant l’été 2026
L’EES, en place depuis le 10 avril 2026, ne s’applique pas aux voyageurs français. L’allongement des files reste néanmoins une réalité documentée à CDG, Orly et sur les axes transmanche, par effet mécanique de saturation des points de contrôle.
L’ETIAS, attendu au quatrième trimestre 2026, ne concernera pas non plus les voyageurs français. Il vise les ressortissants exemptés de visa, Américains, Britanniques, Canadiens en tête, avant leur entrée dans Schengen. Le détail de cette autorisation à 20 euros est résumé dans le guide ETIAS pour les Français.
Pour un Français, la meilleure protection contre les files reste opérationnelle : choisir une destination Schengen quand c’est possible, utiliser PARAFE en file dédiée pour les vols hors-Schengen, éviter les pics de l’Eurotunnel.
À suivre : la Commission européenne a ouvert mi-avril la porte à une suspension temporaire de 90 jours en cas de saturation prolongée. Paris n’a pas tranché à la date de publication.