En résumé
• Les sites culturels français appliquent une tarification élevée pour les non-EEE dès 2026.• Les fonds visent à financer la rénovation de patrimoine, mais suscitent critiques et grèves.
• Cette pratique est déjà courante ailleurs, mais divise en France pour son exclusivisme.
En janvier 2026, plusieurs grands sites culturels français ont mis en place une tarification différenciée : les visiteurs venant de pays hors de l’Espace économique européen (EEE) paient davantage. La mesure suscite des critiques, mais s’inscrit aussi dans une pratique déjà répandue dans d’autres destinations touristiques.
Ce qui change concrètement
En janvier 2026, cinq établissements culturels ont instauré une tarification différenciée pour les visiteurs venant de pays hors EEE (Union européenne + Islande, Liechtenstein, Norvège). Selon les sites, l’entrée en vigueur varie entre le 1er janvier et le 14 janvier. D’autres lieux sont également cités dans certaines communications (par exemple la Conciergerie, à Paris).
- Musée du Louvre : 32 € pour les visiteurs hors EEE (contre 22 € pour les visiteurs de l’EEE), soit +45 %
- Château de Versailles : 25 € en basse saison pour les visiteurs hors EEE (contre 22 € pour l’EEE) ; 35 € en haute saison (contre 32 €)
- Château de Chambord : 31 € (hors EEE) contre 21 € (EEE)
- Sainte-Chapelle : 22 € (hors EEE) contre 16 € (EEE)
- Opéra Garnier : tarification différenciée également appliquée
La gratuité pour les moins de 18 ans est maintenue, quelle que soit la nationalité.
Pourquoi cette hausse ? L’argument du patrimoine à rénover
La ministre de la Culture Rachida Dati a défendu l’idée d’un tarif plus élevé pour les visiteurs venant de pays hors EEE, en expliquant que ces recettes supplémentaires doivent contribuer au financement de la rénovation du patrimoine.
Le Louvre estime que la mesure pourrait rapporter 15 à 20 millions d’euros supplémentaires par an. Le ministère de la Culture évoque, à l’échelle nationale, 20 à 30 millions d’euros de recettes supplémentaires par an. Une partie de ces fonds est associée au projet « Louvre, nouvelle renaissance », annoncé comme un vaste chantier de rénovation (évalué à plus d’un milliard d’euros selon plusieurs sources).
À Versailles, un gain annuel d’environ 9 millions d’euros est évoqué par certaines estimations.
Du côté du Centre des monuments nationaux, qui gère notamment la Sainte-Chapelle, une responsable citée dans la presse estime que le gain pourrait rester limité (de l’ordre de moins d’un million d’euros), notamment en raison de la fin de certains mécanismes de tarification saisonnière.
Un climat social tendu au Louvre
Cette hausse des tarifs intervient dans un contexte social tendu. Des syndicats du Louvre (CGT, CFDT, SUD) ont lancé un mouvement de grève à partir de mi-décembre 2025, reconduit début janvier, entraînant plusieurs perturbations et fermetures ponctuelles.
Parmi les revendications : le « renoncement à la double tarification qui foule aux pieds notre histoire républicaine et l’universalisme fondateur du musée du Louvre ». Les syndicats dénoncent une politique jugée « choquante sur le plan philosophique, social et humain ».
La ministre de la Culture a fait appel à Philippe Jost, l’homme derrière la restauration de Notre-Dame, pour piloter une refonte complète de l’organisation du musée. Ses premières recommandations sont attendues fin février 2026.
La France, cas isolé ? Pas vraiment
La tarification différenciée existe déjà dans de nombreux pays et pour différents types de sites touristiques.
- Inde : le Taj Mahal applique depuis longtemps un tarif plus élevé pour les visiteurs étrangers
- Égypte, Jordanie, Pérou, Cambodge : des tarifs majorés peuvent s’appliquer aux visiteurs internationaux sur certains sites patrimoniaux
- Venise : la taxe d’accès pour les visiteurs à la journée peut atteindre 10 €, avec des exemptions pour les résidents
En revanche, plusieurs grands musées européens (par exemple le British Museum, le Rijksmuseum ou le Prado) maintiennent un tarif unique.
Note : certaines sources évoquent aussi des débats ou des projets de surcoût pour les touristes étrangers dans d’autres pays, mais ces dispositifs varient fortement selon les périodes et les administrations.
Une mesure qui divise les Français
L’argument universaliste pèse lourd : depuis la Révolution française, les musées nationaux ont vocation à être accessibles à tous, sans distinction d’origine. Transformer l’accès à la culture en produit commercial à géométrie variable heurte cette vision.
Du côté des visiteurs concernés, les réactions sont mitigées. Une touriste américaine interrogée par France Info relativise : « C’est cher, mais visiter Paris coûte cher. On ne va pas rater le Louvre parce que c’est un peu plus cher. » Un autre visiteur américain note que ce système existe déjà aux États-Unis et trouve cela « complètement normal ».
Sur place, cette distinction peut aussi impliquer davantage de contrôles (notamment lors de l’achat sur place ou à l’entrée) pour vérifier l’éligibilité au tarif EEE.
Et les Français (et résidents de l’EEE) dans tout ça ?
Si vous êtes résident de l’EEE, cette mesure ne vous concerne pas directement : vous continuez à bénéficier du tarif de base. Les dispositifs de gratuité habituels restent en vigueur :
- Premier dimanche du mois : entrée gratuite au Louvre (hors juillet-août)
- Moins de 26 ans résidents de l’EEE : gratuit dans les collections permanentes
- Enseignants, demandeurs d’emploi, bénéficiaires du RSA : gratuité sur justificatif
Pour rappel, une large part des visiteurs du Louvre est internationale (près de 70 % selon certaines sources). Si vous cherchez d’autres idées pour explorer Paris autrement, on a aussi parlé de ce passage caché où l’histoire et l’art se rencontrent gratuitement.
Bon à savoir avant votre visite
Au Louvre :
- Réservez vos billets en ligne à l’avance sur louvre.fr
- Prévoyez des perturbations possibles liées au mouvement social en cours
- Les groupes guidés sont limités à 20 personnes (28 € par personne)
À Versailles :
- Munissez-vous d’un justificatif de résidence dans l’EEE pour bénéficier du tarif correspondant
- Privilégiez les jours de semaine pour éviter l’affluence
Faut-il s’attendre à une généralisation ?
Le gouvernement a indiqué vouloir évaluer le dispositif : si l’expérimentation est jugée concluante, d’autres sites pourraient suivre. Le Centre des monuments nationaux prévoit une évaluation au bout d’un an.
La question reste posée : cette hausse peut-elle influencer la fréquentation ? Difficile à estimer à ce stade. Nathalie Delattre, ministre du Tourisme, a notamment défendu l’idée que la hausse resterait marginale au regard du budget global d’un séjour, en particulier pour des clientèles comme les visiteurs américains et chinois.
Paris reste, quoi qu’il en soit, l’une des destinations touristiques majeures en Europe. Et malgré les polémiques, la capitale ne semble pas près de perdre ses millions de touristes.