En résumé
• L'Allemagne envoie des avions civils pour rapatrier 30 000 Allemands du Moyen-Orient.• La France déploie un dispositif consulaire pour ses 400 000 citoyens sur place.
• Les voyageurs français doivent s'inscrire au Fil d'Ariane pour recevoir des alertes.
L’Allemagne annonce l’envoi d’avions civils vers Riyad et Mascate pour rapatrier ses 30 000 ressortissants bloqués au Moyen-Orient. Au même moment, la France, qui compte près de 400 000 citoyens dans la zone, adopte une stratégie radicalement différente. Deux approches, un même chaos aérien — et des démarches concrètes à connaître pour les voyageurs sur place.
Ce que l’Allemagne a mis en place pour l’évacuation
Berlin a pris les devants. Le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul a annoncé lundi 2 mars l’envoi « dès que possible » d’avions civils vers Riyad (Arabie saoudite) et Mascate (Oman) pour évacuer les groupes les plus vulnérables : enfants, malades, femmes enceintes.
Selon le journal Bild, Wadephul est en négociation directe avec Lufthansa, le voyagiste TUI et la fédération allemande du tourisme (DRV) pour organiser la logistique de ces vols de rapatriement. Environ 30 000 Allemands sont bloqués dans la région, selon le DRV.
L’ordre de priorité est clair : vols civils affrétés d’abord, charters privés ensuite, et la Bundeswehr (armée allemande) en tout dernier recours. Wadephul a justifié cette hiérarchie par la nécessité de préserver la capacité opérationnelle militaire dans le contexte de la guerre en Ukraine. Selon Die Zeit, des avions privés pourraient être affrétés aux frais du contribuable si nécessaire.
La réponse du Quai d’Orsay : un dispositif consulaire massif
En France, le contexte est tout autre. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a tenu une conférence de presse le 2 mars après une réunion de crise au Quai d’Orsay. Son message : « La priorité absolue est la sécurité de nos ressortissants. L’escalade militaire doit cesser au plus vite. »
Les chiffres donnent la mesure du défi. Près de 400 000 Français (résidents et voyageurs) se trouvent dans une douzaine de pays de la région. Selon le ministère, la répartition est la suivante : Israël (221 000), Émirats arabes unis (63 700), Jérusalem et Cisjordanie (38 400), Liban (24 400), Arabie saoudite (8 400), Qatar (8 200), Jordanie (3 100), Oman (2 400), Bahreïn (1 400), Iran (1 000), Irak (600) et Syrie (550).
Pour répondre à cette crise, 15 postes diplomatiques (ambassades et consulats) sont « pleinement mobilisés », selon Barrot. La cellule d’urgence du centre de crise a déjà traité plus de 5 000 appels. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a précisé sur RTL : « Nous sommes prêts à procéder aux évacuations pour nos compatriotes qui le demandent quand la situation le permettra. » Emmanuel Macron a convoqué deux conseils de défense en 48 heures, les 1er et 2 mars.
Un premier rapatriement limité a été effectué : 160 Français ont atterri à Orly en provenance d’Israël, selon France 24. D’autres vols commerciaux étaient prévus lundi et mardi pour rapatrier plus de 300 ressortissants supplémentaires.
Pourquoi deux stratégies d’évacuation si différentes
L’écart s’explique d’abord par l’ampleur. Avec 30 000 ressortissants, l’Allemagne peut envisager un rapatriement aérien ciblé. Avec 400 000 Français dans la zone — soit 13 fois plus — l’évacuation massive par avion relève de l’impossible logistique.
La France privilégie donc le dispositif consulaire sur place : assistance directe, diffusion d’information, et facilitation des sorties par voie terrestre lorsque les corridors le permettent. Barrot l’a confirmé : « Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre lorsque cela est possible. »
L’espace aérien complique encore la donne. Seuls le Liban, la Jordanie, l’Égypte, Oman et l’Arabie saoudite maintiennent des corridors aériens partiellement ouverts. Pour les ressortissants bloqués aux Émirats après la fermeture de l’aéroport de Dubaï, le transit terrestre vers Oman ou l’Arabie saoudite reste la principale option de sortie.
La France n’est pas sans précédent dans ce domaine. L’opération Baliste au Liban en 2006 avait permis l’évacuation de 8 000 personnes par mer et par air via Chypre. L’opération Apagan en Afghanistan en 2021 avait mobilisé un pont aérien via Abu Dhabi. Ces dispositifs militaires restent activables si la situation l’exige.
Le Royaume-Uni, avec environ 300 000 ressortissants dans la zone, adopte une troisième voie : déploiement d’équipes de réaction rapide sur le terrain combiné à une coordination avec le secteur du voyage.
Démarches prioritaires pour les Français bloqués au Moyen-Orient
Pour les voyageurs et résidents français sur place, voici les étapes à suivre immédiatement.
S’inscrire sur le Fil d’Ariane (fildariane.diplomatie.gouv.fr) pour recevoir les alertes et consignes du ministère en temps réel. Cette inscription est indispensable pour être pris en compte dans les dispositifs d’assistance. Les inscriptions ont bondi de 44 % entre le 28 février et le 1er mars.
Contacter l’ambassade ou le consulat local. Les 15 postes diplomatiques de la zone disposent de numéros d’urgence consultables sur diplomatie.gouv.fr.
En cas d’urgence absolue, appeler le centre de crise du Quai d’Orsay au +33 1 43 17 51 00, joignable 24h/24 et 7j/7. Attention : les lignes sont saturées (5 000 appels déjà traités), privilégiez l’inscription au Fil d’Ariane en premier recours.
Consulter quotidiennement diplomatie.gouv.fr : les consignes sont actualisées chaque jour en fonction de l’évolution de la situation.
Pour les voyageurs en transit, la reprise des vols est progressive. Emirates et flydubai ont repris une activité limitée depuis Dubaï le 2 mars. Etihad annonce une reprise depuis Abu Dhabi le 3 mars. En revanche, Air France suspend toutes ses dessertes Moyen-Orient au moins jusqu’au 5 mars inclus. Turkish Airlines a également suspendu ses vols vers dix pays de la région. Consultez notre guide des démarches en cas de vol annulé depuis Dubaï pour connaître vos droits.
Les EAU ont annoncé une prise en charge complète (hébergement et repas) pour les voyageurs bloqués sur leur territoire.
Et si la situation s’aggrave
La France ne se contente pas d’un dispositif défensif. Barrot a annoncé que « la France se tient prête à participer à la défense » des pays du Golfe, un signal d’engagement militaire potentiel. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni se sont déclarés prêts à des « actions défensives nécessaires et proportionnées » pour neutraliser les capacités militaires iraniennes.
Un fait révélateur de la proximité du danger : un hangar de la base navale française aux Émirats arabes unis a subi des dommages matériels lors des frappes de drones iraniens, sans faire de victime.
Si la crise s’intensifie, la France pourrait activer un dispositif militaire comparable aux opérations Baliste et Apagan. La base d’Abu Dhabi servirait alors de hub logistique.
Pour les voyageurs, l’anticipation est désormais essentielle : vérifier que son assurance voyage couvre les zones de conflit, conserver des copies numériques de tous les documents d’identité, et prévoir un plan B de sortie par voie terrestre. À suivre de très près dans les prochaines heures.