En résumé
• Vol Ryanair Tours-Marrakech laisse 24 passagers enracinés en raison des contrôles EES.• EES entraîne des retards en doublant le temps des contrôles biométriques et de sécurité.
• Les aéroports régionaux seront fortement impactés par le chaos prévu lors de l'été 2026.
Mercredi 11 mars, un vol Ryanair à destination de Marrakech a décollé de l’aéroport de Tours-Val de Loire en laissant 24 passagers sur le tarmac. Ni surbooking ni retard classique : c’est la mise en place anticipée du nouveau système de contrôle biométrique européen EES, combinée à un contrôle inopiné de la gendarmerie, qui a fait exploser les temps de passage aux frontières. Un premier signal d’alarme concret avant le déploiement complet prévu le 10 avril.
Ce qui s’est passé mercredi à Tours
Le vol Ryanair Tours-Marrakech, prévu à 12h15, a finalement décollé à 12h57 avec 42 minutes de retard. Mais 24 passagers munis de billets valides n’étaient pas à bord.
Parmi eux, Maxime, 37 ans, habitant de Montbazon. Arrivé à l’aéroport dès 10h du matin — soit plus de deux heures avant le décollage —, il a passé plus d’une heure et demie dans les procédures de sécurité et de douane. « C’est une situation complètement lunaire », confie-t-il à France Bleu, précisant que les passagers n’ont « aucune garantie de remboursement ».
Le pilote, contraint par son créneau horaire (slot), a ordonné la fermeture des portes sans attendre les retardataires. Conformément aux protocoles de sécurité internationaux, les bagages des 24 passagers restés au sol ont été identifiés et déchargés de la soute avant le départ. Une fois les procédures de vol enclenchées, l’équipage n’est plus autorisé à rouvrir l’accès à l’appareil.
Pourquoi le contrôle a pris autant de temps
Selon Louis Chaumont, directeur de l’aéroport de Tours-Val de Loire, trois facteurs simultanés expliquent le blocage.
Premièrement, un contrôle inopiné de la brigade de gendarmerie sur l’ensemble de l’aéroport. Deuxièmement, la mise en place anticipée du système EES (Entry/Exit System), la nouvelle mesure européenne imposant le contrôle biométrique de tous les passagers sortant de l’espace Schengen. Troisièmement, le passage brutal de 10 % de passagers contrôlés à 100 %, avec 3 à 4 minutes par passager.
Pour un petit aéroport régional comme Tours, géré par la société Edeis, l’infrastructure n’est tout simplement pas dimensionnée pour absorber ces nouvelles procédures. Le goulot d’étranglement était inévitable.
Ce que ça annonce pour les voyageurs cet été
L’incident de Tours n’est pas un cas isolé, c’est un aperçu de ce qui attend les voyageurs français. Le déploiement complet de l’EES est prévu le 10 avril 2026 dans les 29 pays de l’espace Schengen. À cette date, chaque passager non européen sortant ou entrant dans l’espace Schengen devra enregistrer ses données biométriques (empreintes digitales et photo faciale).
Aéroports de Paris (CDG, Orly) a officiellement demandé le report du déploiement après l’été, craignant des files d’attente de 4 à 6 heures pendant la période estivale. La Commission européenne a accordé une certaine flexibilité, permettant aux États membres de suspendre partiellement le système pendant 90 jours après le 10 avril.
Les petits aéroports régionaux (Tours, Beauvais, Nantes) risquent d’être encore plus durement touchés par manque d’équipements et de personnel formé. L’incident de mercredi le confirme : le chaos EES n’est pas théorique, il est déjà là.
Quels droits pour les 24 passagers laissés au sol
Le directeur de l’aéroport de Tours promet un « examen dossier par dossier » mais ne garantit aucun remboursement automatique. « On ne les laissera pas sans réponse », assure Louis Chaumont, tout en qualifiant la situation de « regrettable ».
Le règlement européen 261/2004 encadre les cas de refus d’embarquement, d’annulation et de retard. L’indemnisation forfaitaire va de 250 à 400 euros selon la distance du vol. Mais la situation est juridiquement ambiguë : les passagers n’ont pas été refusés par la compagnie, ils ont été retardés par les contrôles aéroportuaires. La responsabilité pourrait donc être contestée entre Ryanair, la société gestionnaire Edeis et les services de l’État.
À retenir : les passagers concernés ont tout intérêt à conserver l’ensemble de leurs justificatifs (carte d’embarquement, attestation de l’aéroport, reçus de frais) et à adresser une réclamation écrite à Ryanair dans les meilleurs délais. En cas de refus de la compagnie, il est possible de saisir la DGAC (Direction générale de l’aviation civile), l’autorité compétente en France.
Comment éviter de rater son vol avec l’EES
Avec l’entrée en vigueur du système EES le 10 avril, les habitudes d’arrivée à l’aéroport doivent changer. Voici les conseils à appliquer dès maintenant pour les vols hors Schengen (Maroc, Turquie, Royaume-Uni, etc.).
- Arriver au minimum 3 heures avant le décollage, contre 2 heures habituellement. Pour les petits aéroports régionaux disposant de moins d’équipements, prévoir encore plus de marge.
- Pré-enregistrer ses données biométriques sur les bornes disponibles dans les grands aéroports (plus de 320 bornes installées à CDG et Orly).
- Privilégier les créneaux matinaux, généralement moins chargés.
- Vérifier les informations de son aéroport de départ sur le calendrier de déploiement EES avant chaque voyage.
Un signal d’alarme à un mois du déploiement
L’incident de Tours intervient à moins d’un mois du déploiement complet de l’EES. Il illustre concrètement les craintes exprimées par les professionnels du secteur, y compris l’IATA, qui a appelé à une révision du système avant les mois de pointe estivaux.
Ryanair, qui a déjà quitté plusieurs aéroports français ces derniers mois — dont Clermont-Ferrand en mars —, pourrait réévaluer ses opérations dans les aéroports régionaux si les temps de traitement ne s’améliorent pas. Pour les voyageurs, le message est clair : anticiper davantage, surtout dans les petits aéroports où les files risquent de s’allonger considérablement dès le 10 avril.