En résumé
• ADP veut reporter l'EES à l'automne 2026 pour éviter le chaos estival.• Les temps de traitement ont augmenté de 70 % avec le système EES.
• Bruxelles permet une suspension partielle de l'EES jusqu'à octobre 2026.
Le groupe ADP (Aéroports de Paris) demande officiellement le report du déploiement complet de l’EES (Entry/Exit System) à l’automne 2026 pour CDG et Orly. Selon la direction du groupe, un lancement estival du système de contrôle biométrique serait « extrêmement risqué » pour les deux premiers aéroports français. Avec plus de 72 millions de passagers ayant transité par CDG en 2025 et un pic de trafic attendu en juillet-août, les enjeux sont considérables — et l’EES aéroport Paris été 2026 s’annonce comme le sujet brûlant de la saison.
Ce que demande le groupe ADP (et pourquoi maintenant)
Justine Coutard, directrice générale adjointe d’ADP, réclame un alignement entre le calendrier de déploiement technique et les « réalités opérationnelles » des aéroports parisiens. Concrètement, le groupe juge que les tests réalisés jusqu’ici sont restés « limités » et ne reflètent en rien les volumes du trafic estival, rapporte Air Journal.
La date butoir officielle reste fixée au 10 avril 2026 pour le déploiement complet de l’EES dans l’ensemble de l’espace Schengen. Le déploiement suit un calendrier progressif : 10 % des voyageurs concernés depuis octobre 2025, 35 % depuis le 9 janvier 2026, puis 50 % à partir du 10 mars, avant la bascule totale en avril. Or CDG, deuxième aéroport européen par le trafic, a enregistré plus de 7,1 millions de passagers lors de son mois de pointe en juillet 2025. Un déploiement complet en pleine montée en charge représente, selon ADP, un risque majeur de congestion et une dégradation de l’image de l’Europe comme destination attractive.
Pour rappel, l’EES impose depuis octobre 2025 un enregistrement biométrique (empreintes digitales et photo faciale) à tous les voyageurs non européens franchissant une frontière Schengen. Le système remplace les tampons manuels sur les passeports et a déjà enregistré 23 millions d’entrées et sorties, selon la Commission européenne.
Les chiffres qui inquiètent : +70 % de temps de traitement
Les retours d’expérience depuis le lancement progressif de l’EES en octobre 2025 sont préoccupants. Selon ACI Europe (Airports Council International), les délais de traitement aux frontières ont augmenté de 70 % dans les aéroports concernés, rapporte Euronews. Les files d’attente atteignent déjà 2 à 3 heures en période de pointe dans plusieurs hubs européens, dont Amsterdam-Schiphol et Francfort.
Le précédent le plus marquant reste celui de Lisbonne : l’aéroport portugais a été contraint de suspendre l’EES pendant trois mois après des temps d’attente ayant atteint 7 heures, selon les autorités locales. En Espagne, l’aéroport de Gran Canaria a subi des pannes techniques répétées en décembre et janvier, forçant un retour aux tampons manuels.
Pour les aéroports parisiens, les projections tablent sur des files de 4 à 6 heures en période de pointe estivale si le système est pleinement activé, d’après les simulations internes relayées par Air Journal. ACI Europe, IATA et Airlines for Europe (A4E) ont adressé un courrier commun à la Commission pour réclamer la possibilité de suspendre l’EES jusqu’à fin octobre 2026.
La flexibilité accordée par Bruxelles
La Commission européenne a anticipé le problème. Début février, elle a accordé une marge de manoeuvre aux États membres : après le 10 avril, chaque pays pourra suspendre partiellement l’EES pendant 90 jours, avec une extension possible de 60 jours supplémentaires si moins de 80 % des enregistrements contiennent des données biométriques complètes. Le porte-parole Markus Lammert a précisé que cette approche donne aux « États membres les outils nécessaires pour gérer les problèmes potentiels et, surtout, éviter le chaos estival ».
C’est exactement ce que demande ADP : un déploiement complet reporté à l’automne, une fois le pic estival passé. Le scénario le plus probable est donc un été de transition, avec des contrôles EES partiels aux frontières françaises. L’EES ne serait pleinement obligatoire en pratique qu’à partir de septembre ou octobre 2026.
À noter : la position officielle du ministère de l’Intérieur français sur l’utilisation de cette clause de flexibilité n’a pas encore été communiquée.
Ce que ça change concrètement pour les voyageurs cet été
Les voyageurs non européens (Britanniques, Américains, Canadiens, Australiens, etc.) sont directement concernés : à chaque passage de frontière Schengen, ils devront fournir leurs empreintes digitales et une photo faciale. Les voyageurs européens ne sont pas soumis à l’EES, mais les files communes pourraient allonger l’attente pour tout le monde.
Côté infrastructure, CDG et Orly ont déjà installé 320 kiosques de pré-enregistrement en libre-service, et CDG a commandé 120 bornes supplémentaires, selon le site de Paris Aéroport. Au total, 25 aéroports français sont équipés de ces bornes, qui permettent de renseigner ses données biométriques en amont et d’accélérer le passage au contrôle. Deux formats existent : des kiosques en libre-service et des tablettes opérées par des agents d’orientation.
Quelques points à retenir :
- Les vols intérieurs et intra-Schengen ne sont pas concernés par l’EES
- Les bornes de pré-enregistrement sont accessibles avant le passage aux contrôles frontières — leur utilisation est gratuite et facultative
- Le programme France Identité, déployé en parallèle dans les aéroports français, ne remplace pas l’EES mais facilite l’identification des ressortissants européens
- Le système ETIAS, l’autorisation de voyage payante pour les non-Européens, reste prévu pour une activation ultérieure et viendra s’ajouter à l’EES
Comment préparer son passage aux frontières cet été
Le scénario le plus probable reste un été de transition avec des contrôles partiels et des files allongées, mais gérables grâce à la clause de flexibilité européenne. La suspension partielle autorisée par Bruxelles devrait limiter les pics extrêmes comme ceux observés à Lisbonne.
Les aéroports de province (Nice, Lyon, Marseille) pourraient être moins impactés que CDG et Orly en raison de volumes de trafic moindres. En revanche, les correspondances à Roissy-Charles de Gaulle méritent une attention particulière : prévoir des marges de connexion plus larges entre deux vols internationaux reste la recommandation principale.
Les conseils pratiques :
- Arriver au moins 3h30 avant un vol international cet été, surtout en juillet-août au départ de CDG ou Orly
- Utiliser les kiosques de pré-enregistrement dès leur disponibilité pour gagner du temps au contrôle
- Privilégier les correspondances avec au moins 3 heures de marge à CDG pour les vols hors Schengen
- Vérifier la validité de son passeport : l’EES exige un passeport biométrique en cours de validité
À suivre : la décision du ministère de l’Intérieur sur l’activation de la clause de flexibilité, attendue dans les prochaines semaines.