Un haut responsable européen viré après avoir reçu des dizaines de milliers d’euros en cadeaux dans l’affaire Qatar Airways

Anna Duplantis - Il y a 3 heures

En résumé

• Un fonctionnaire de l'UE licencié pour avoir accepté des cadeaux du Qatar durant des négociations.

• L'accord aérien UE-Qatar critiqué pour son manque de réciprocité, appels à sa suspension.

• L'accord, non ratifié par certains pays, risque de réduire la connectivité aérienne européenne.

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Un haut fonctionnaire de la Commission européenne a été licencié le 29 janvier 2026 après qu’une enquête a révélé qu’il avait accepté des vols gratuits en classe Affaires de Qatar Airways et des séjours de luxe d’une valeur de plusieurs dizaines de milliers d’euros pendant les négociations de l’accord aérien entre l’Union européenne et le Qatar. Ce scandale relance les critiques sur un texte jugé trop favorable à Doha et pousse plusieurs syndicats à réclamer sa suspension immédiate.

Un directeur général de la DG Transports renvoyé pour manquement à l’éthique

C’est la vice-présidente de la Commission européenne, Henna Virkkunen, qui a annoncé le 29 janvier 2026 le renvoi d’un haut responsable pour violation des règles d’éthique. Bien qu’elle n’ait pas officiellement nommé l’intéressé, plusieurs sources ont confirmé qu’il s’agissait d’Henrik Hololei, directeur général de la direction Transports et Mobilité depuis 2015.

Selon Euractiv, le fonctionnaire estonien a accepté des billets en classe Affaires sur Qatar Airways, des séjours payés par des tiers et d’autres avantages au moment même où l’accord était en négociation. Des enquêtes journalistiques menées par le radiodiffuseur public estonien et le quotidien français Libération ont révélé que ces voyages de luxe offerts à Hololei et sa famille s’élevaient à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Le Bureau européen de lutte antifraude (OLAF) a ouvert une enquête en 2023 après que ces révélations médiatiques ont éclaté. Une procédure disciplinaire interne lancée en 2024 a conclu qu’Hololei avait enfreint les règles sur les conflits d’intérêts, la transparence et l’acceptation de cadeaux. Son contrat a été résilié mi-février 2026. C’est la première fois dans l’histoire récente de la Commission qu’une telle décision est appliquée à un directeur général.

Un accord « open skies » signé en 2021 et toujours contesté

L’accord aérien global UE-Qatar a été signé le 18 octobre 2021 à Luxembourg. Il remplace une mosaïque d’accords bilatéraux par un cadre unique entre les Vingt-Sept et l’État du Golfe. Le texte, qui s’applique à titre provisoire depuis sa signature, s’inscrit dans la stratégie de politique aérienne extérieure de l’UE, fondée sur un accès ouvert et non restreint aux marchés.

Selon ACI Europe, l’accord permet à Qatar Airways d’ouvrir autant de lignes qu’elle le souhaite vers les 27 États membres, sous réserve d’obtenir des créneaux dans les aéroports saturés. En contrepartie, les compagnies européennes bénéficient théoriquement des mêmes droits vers Doha, bien que leur intérêt commercial reste limité, à l’exception de celles qui coopèrent étroitement avec le transporteur qatari au sein de l’alliance oneworld, comme Iberia ou Finnair.

Dès sa signature, l’accord a suscité l’opposition des syndicats français de pilotes (SNPL, Alter, Spaf), de personnels au sol (FO, CGT, CFDT) et de cabin crew (UNPNC, Unac, SNPNC), qui le jugent « complètement déséquilibré » selon Air Journal.

Les principaux griefs portent sur l’absence de réciprocité réelle et le manque de transparence financière concernant les subventions d’État dont bénéficie Qatar Airways, un sujet sensible également soulevé par les compagnies du Golfe face aux restrictions imposées par d’autres pays.

Les syndicats réclament une suspension immédiate

Suite au renvoi d’Henrik Hololei, une coalition d’organisations européennes de l’aviation a publié une déclaration commune réclamant la suspension immédiate de l’accord aérien UE-Qatar. Parmi les signataires figurent la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF), l’Association européenne des compagnies aériennes en réseau (ENAA, qui regroupe Air France, KLM et Lufthansa) et l’Association européenne des pilotes de ligne (ECA).

« Dans l’attente d’un éclaircissement complet des allégations de corruption, l’accord doit être immédiatement suspendu », écrit la coalition selon Travel and Tour World. « Un accès illimité au marché de l’Union européenne ne peut pas être le produit de négociations compromises. »

Les syndicats estiment que le problème dépasse le cas individuel. L’ENAA a notamment allégué que le Qatar a refusé de fournir une transparence financière sur les subventions accordées à Qatar Airways, alimentant les soupçons de concurrence déloyale. En décembre 2024, le groupe Lufthansa a même adressé une lettre à Ursula von der Leyen pour demander la suspension immédiate de l’accord suite aux allégations de corruption, selon Simple Flying.

L’ECA souligne que « ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large de surveillance accrue des relations entre les institutions de l’UE et le Qatar », en référence au scandale « Qatargate » de 2022, lors duquel plusieurs élus européens ont été mis en cause pour des paiements liés à Doha.

Les aéroports mettent en garde contre une perte de connectivité

Face à ces appels à la suspension, ACI Europe (l’association des aéroports européens) a pris position pour défendre l’accord. « L’accord avec le Qatar a effectivement permis aux aéroports européens de diversifier leur connectivité, apportant des bénéfices aux communautés locales, aux consommateurs et aux entreprises dans toute l’Europe », souligne l’association.

Selon ACI Europe, « il n’existe aucune preuve tangible » que l’accord UE-Qatar ait conduit la compagnie à une position dominante ou à une distorsion de concurrence significative. Les données de capacité pour la saison IATA hiver 2025-2026 (octobre 2025 à mars 2026) montrent que le nombre de sièges proposés par Qatar Airways en Europe reste environ 10% en deçà de son niveau de 2019, avant la pandémie.

L’association met en garde contre un retour en arrière qui « porterait un coup à la connectivité du continent et à la crédibilité de la politique aérienne de l’UE ». Un argument qui résonne particulièrement dans un contexte où certaines compagnies aériennes réduisent ou suspendent leurs vols vers le Moyen-Orient.

Un accord toujours pas ratifié par plusieurs grands pays

L’accord aérien UE-Qatar, bien qu’appliqué à titre provisoire depuis 2021, n’a toujours pas été ratifié par l’ensemble des États membres. Quinze pays l’ont approuvé, dont l’Espagne, la Suède, l’Irlande et la Hongrie. Mais des pays clés comme l’Allemagne, la France et les Pays-Bas ne l’ont pas encore ratifié.

Cette absence de ratification complète soulève des doutes sur la pérennité du texte. Les partisans d’une suspension estiment qu’une pause est « inévitable et nécessaire » pour restaurer la confiance et s’assurer que le texte est pleinement aligné avec les principes de transparence, de concurrence équitable et de responsabilité sociale de l’UE.

Ce que cela signifie pour les voyageurs

Pour les passagers européens, ce dossier touche à l’architecture globale de la politique aérienne du continent. L’accord visait à offrir davantage de fréquences, de destinations et souvent des tarifs plus compétitifs, en échange d’engagements en matière de concurrence loyale et de transparence financière.

Une suspension brutale pourrait réduire le nombre de vols disponibles vers l’Asie, l’Océanie et l’Afrique via Doha, hub stratégique pour de nombreux voyageurs français. Qatar Airways figure d’ailleurs régulièrement parmi les meilleures compagnies aériennes long-courriers en termes de service et de confort.

À l’inverse, maintenir un accord négocié sous influence soulève des questions de principe sur l’intégrité des institutions européennes et l’équité de la concurrence entre compagnies aériennes.

À suivre

La réaction officielle de la Commission européenne face aux appels à la suspension, et l’évolution du processus de ratification dans les États membres qui ne l’ont pas encore approuvé. Le dossier devrait être débattu au Parlement européen dans les prochaines semaines.

Sources:

Anna Duplantis
Publié le 11 février 2026

Pilote de la communication chez Ulysse, je partage ici l’actualité du voyage et les tendances du moment. Hâte d’échanger avec vous en commentaires, Anna.

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