En résumé
• Les turbulences aériennes ont augmenté de 55 % en 40 ans, surtout au-dessus de l'Atlantique Nord.• Le changement climatique perturbe les courants-jets, créant plus de zones d'instabilité.
• Les progrès technologiques et quelques précautions réduisent les risques pour les passagers.
Un mort, 144 blessés, des passagers projetés au plafond : le drame du vol Singapore Airlines SQ321 en mai 2024 a brutalement rappelé que les turbulences restent le premier danger météorologique en aviation civile. Depuis, les incidents se multiplient.
En décembre 2025, un vol Ryanair Paris-Ajaccio a dû se poser en urgence au-dessus de la Bretagne avec 5 blessés à bord. Selon une étude de l’Université de Reading, les turbulences avion sévères ont bondi de 55 % en 40 ans au-dessus de l’Atlantique Nord. Voici ce que tout voyageur doit savoir.
Bruxelles, Singapore Airlines, Ryanair : les incidents qui ont marqué les esprits
Le 13 février 2026, un vol Jet2 reliant Antalya à Manchester a atterri en urgence à Brussels Airport après une violente bagarre entre passagers : dents cassées, sang sur les sièges, deux arrestations par la police belge. Selon La Libre Belgique, l’incident n’avait rien à voir avec des turbulences, mais il illustre la tension croissante à bord des avions.
Les vraies alertes liées aux turbulences font froid dans le dos. Le 21 mai 2024, le vol SQ321 de Singapore Airlines (Londres-Singapour) a traversé une zone de turbulences sévères au-dessus du Myanmar. En 0,6 seconde, l’appareil est passé de +1,35G à -1,5G, d’après les données de l’enquête.
Bilan : 1 mort (un passager britannique de 73 ans, victime d’un arrêt cardiaque) et 144 blessés, dont 22 souffrant de lésions à la colonne vertébrale. C’était le premier décès lié aux turbulences dans l’aviation civile depuis 25 ans.
Quelques mois plus tard, en août 2025, un vol SkyWest Airlines a été dérouté vers Austin après des turbulences graves accompagnées d’un problème de pressurisation cabine. Fin 2025, un vol Ryanair au-dessus de la Bretagne venait allonger la liste. Ces incidents restent statistiquement rares (207 blessures graves en 15 ans aux États-Unis), mais leur fréquence augmente.
+55 % en 40 ans : ce que disent les chiffres
Les données sont sans appel. Entre 1979 et 2020, les turbulences avion sévères ont augmenté de 55 % au-dessus de l’Atlantique Nord, l’une des routes aériennes les plus fréquentées au monde. Les turbulences modérées, elles, ont grimpé de 37 % sur la même période.
Le coupable : le changement climatique. Selon The Conversation, le réchauffement perturbe les courants-jets en haute altitude (entre 10 et 12 km), créant davantage de zones d’instabilité. L’étude de l’Université de Reading (2023) est formelle : pour chaque degré Celsius supplémentaire, comptez +9 % de turbulences modérées en hiver et +14 % en été sur l’Atlantique Nord.
Les projections sont encore plus préoccupantes. D’ici 2050, les turbulences en air clair (dites CAT, pour Clear Air Turbulence) pourraient être quatre fois plus fréquentes, selon un scénario de modélisation climatique.
Ce type de turbulences est le plus redouté : invisible au radar, il frappe sans aucun signe avant-coureur, par ciel parfaitement dégagé.
Les zones les plus touchées entre 1980 et 2021 enregistrent des hausses de 60 à 155 % : Atlantique Nord, Amérique du Nord, Asie de l’Est, Moyen-Orient et Afrique du Nord.
Non, un avion ne peut pas s’écraser à cause de turbulences
C’est la peur numéro un des passagers, et pourtant : aucun avion de ligne moderne n’a jamais été détruit par des turbulences. Les appareils sont conçus pour supporter des forces bien supérieures aux pires secousses atmosphériques.
Selon les experts de Flight School USA, « les turbulences ne sont pas une menace pour l’avion, il ne s’agit que d’une question de confort pour les passagers ».
Le vrai danger, ce sont les passagers non attachés. D’après Mehran Ebrahimi, expert en aviation cité par Le Devoir, « si tous les passagers étaient attachés, on réduirait les blessures de près de 90 % ». Les chiffres le confirment : 75 % des blessures graves concernent les membres d’équipage, debout pendant le service au moment de l’impact.
Les objets en cabine représentent aussi un risque majeur. Ordinateurs portables, bouteilles d’eau, bagages mal rangés : lors d’une secousse brutale, tout ce qui n’est pas arrimé devient un projectile.
IA, lidar et micro-volets : les technologies qui changent la donne
L’industrie aéronautique ne reste pas les bras croisés. En août 2025, la compagnie japonaise ANA (All Nippon Airways) est devenue la première au monde à déployer un système de prévision des turbulences par intelligence artificielle.
Baptisé BlueWX, ce système développé avec l’Université Keio affiche un taux de précision de 86 %, basé sur dix ans de données de vol et validé par 2 500 pilotes, d’après Air Journal.
À l’échelle mondiale, le programme IATA Turbulence Aware permet à 21 compagnies et plus de 2 000 avions de partager en temps réel leurs données de turbulences. En 2026, la participation à ce programme est devenue un critère dans les classements de sécurité aérienne.
Côté constructeurs, Airbus UpNext développe des ailes flexibles équipées de lidar capables de détecter les turbulences 100 à 200 mètres à l’avance. La start-up autrichienne Turbulence Solutions a mis au point des micro-volets (« flapets ») sur les ailerons, qui s’inclinent plusieurs fois par seconde pour lisser les secousses en temps réel.
Le système FALCON, basé sur l’apprentissage par renforcement, vise lui aussi à compenser les effets des turbulences de manière autonome.
7 réflexes pour voyager sereinement
1. Gardez votre ceinture attachée en permanence. Même lorsque le signal est éteint, laissez-la bouclée de manière lâche sur les hanches. Astuce : attachez-la au-dessus de la couverture pour que l’équipage puisse vérifier sans vous réveiller.
2. Choisissez le bon siège. Les places au centre de l’avion, près des ailes, sont les moins soumises aux secousses (l’effet balancier y est réduit).
3. Privilégiez les vols de nuit ou tôt le matin. Les courants thermiques sont généralement plus calmes à ces horaires. D’autres conseils pour les longs vols ici.
4. Connaissez les routes à risque. En Europe, la liaison Milan-Genève est la plus turbulente, suivie des traversées alpines (Marseille-Zurich, Nice-Bâle). La chaîne des Alpes et les courants-jets sont les principaux responsables.
5. Utilisez les outils de prévision. L’application Turbli permet de consulter les prévisions de turbulences avant le vol. Météo Vol offre une carte en temps réel des zones agitées.
6. Sécurisez vos objets. Rangez ordinateurs, bouteilles et bagages cabine pendant le vol : en cas de secousse, ils deviennent des projectiles.
7. Voyagez avec un bébé en sécurité. En cas de turbulences, tenez-le face à vous en position de « rot », en soutenant son dos et sa tête.
Vos droits en cas d’incident
Le règlement européen CE 261/2004 encadre les droits des passagers sur les vols au départ ou à destination de l’UE. En cas de retard supérieur à 3 heures, une indemnisation de 400 à 600 euros est théoriquement possible selon la distance.
Attention toutefois : les turbulences sont généralement classées comme « circonstances extraordinaires », ce qui exonère la compagnie de toute obligation d’indemnisation financière. En cas de blessure, c’est la Convention de Montréal qui s’applique, avec un plafond d’indemnisation plus élevé.
Le conseil Ulysse : documentez tout dès l’atterrissage (photos, témoignages, certificat médical). Vous disposez de 5 ans pour déposer une réclamation auprès du service clientèle de la compagnie.
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Les turbulences avion font partie intégrante du voyage, et le changement climatique ne va pas arranger les choses. Mais entre les avancées technologiques et quelques réflexes simples, il n’a jamais été aussi facile de s’en protéger. Attachez votre ceinture : c’est le geste le plus efficace que vous puissiez faire à 10 000 mètres d’altitude.