Ryanair abandonne Clermont-Ferrand le 27 mars : Porto, Londres et Fes supprimés malgré 98 % de remplissage

Anna Duplantis - Il y a 4 heures

En résumé

• Ryanair quitte Clermont-Ferrand en mars 2026, supprimant trois lignes malgré des taux de remplissage élevés.

• La taxe TSBA est la principale raison du départ, Ryanair jugeant la hausse insoutenable économiquement.

• 75 emplois sont menacés, et la communauté portugaise est particulièrement touchée par la fin des vols vers Porto.
Des vols remplis à 98 %, des familles qui comptent sur ces liaisons pour voir leurs proches au Portugal, et pourtant : Ryanair abandonne Clermont-Ferrand le 27 mars 2026. Trois lignes internationales disparaissent d’un coup : Porto, Londres-Stansted et Fès, et avec elles, 40 % du trafic de l’aéroport auvergnat. Comment en est-on arrivé là, et surtout, quelles options reste-t-il aux voyageurs de la région ?

Porto, Londres, Fès : trois lignes supprimées malgré des avions pleins

Le couperet est tombé le 25 janvier 2026. L’aéroport de Clermont-Ferrand Auvergne a confirmé que Ryanair cesserait toutes ses opérations à compter du 27 mars, soit la fin de la saison hiver 2025-2026. Trois destinations sont concernées :
  • Porto (Portugal) : ligne annuelle, 2 à 3 vols par semaine, taux de remplissage de 98 %
  • Londres-Stansted : ligne saisonnière lancée en mars 2025 — elle n’aura tenu qu’un an
  • Fès (Maroc) : ligne saisonnière créée en hiver 2022, 2 vols par semaine
L’aéroport a reconnu la décision « malgré de bons taux de remplissage sur les lignes exploitées », selon France 3 Auvergne. Traduction : ce n’est pas un problème de demande. Les avions partaient quasi pleins.

La TSBA, la taxe qui a fait partir Ryanair de Clermont-Ferrand

Pourquoi partir quand les avions sont pleins ? La réponse tient en un acronyme : TSBA (taxe de solidarité sur les billets d’avion). Votée dans le budget 2025, elle est passée de 2,63 à 7,40 euros par passager en classe économique sur les vols européens — soit une hausse de 180 %. Pour comprendre l’impact exact sur chaque type de vol, notre guide complet détaille les montants route par route. Pour une compagnie ultra-low-cost dont la marge par passager tourne autour de 6 euros, le calcul est vite fait : la taxe seule dépasse désormais la marge. Jason McGuinness, directeur commercial de Ryanair, a déclaré que la France « risque de perdre encore plus de capacité et d’investissements au profit de marchés plus compétitifs », selon The Local France. Tout le monde n’est pas convaincu par cet argument. Michel Polacco, spécialiste de l’aéronautique, estime sur France 3 que « c’est une manière de sanctionner et de punir le gouvernement français. La compagnie aurait les moyens de rester si elle le voulait. » Arnaud Boucheix, délégué CGT de l’aéroport, qualifie l’argument fiscal de « foutaise », rappelant que Ryanair continue d’opérer depuis d’autres aéroports français comme Tours, tout en négociant des subventions locales.

La communauté portugaise d’Auvergne, première touchée par la fin du vol vers Porto

C’est l’aspect le plus humain de cette histoire. L’Auvergne abrite la deuxième plus grande communauté portugaise de France après la région parisienne, et la ligne Clermont-Porto était un véritable cordon ombilical entre les familles. « Aujourd’hui, on pense à nos parents et grands-parents. Comment vont-ils faire ? », s’inquiète Philippe Martins, Franco-Portugais résidant à Dallet dans le Puy-de-Dôme, qui empruntait cette ligne jusqu’à huit fois par an, rapporte France Bleu. Isidore Fartaria, consul honoraire du Portugal à Clermont-Ferrand, parle d’un « coup dur pour la communauté portugaise, mais aussi pour les Auvergnats ». Il pointe une contradiction : « Comment pouvez-vous refuser les taxes à Clermont-Ferrand et les accepter à Tours ? », selon France 3. Une pétition circule déjà pour demander le maintien d’une liaison vers le Portugal.

75 emplois menacés : l’aéroport de Clermont-Ferrand vacille un peu plus

L’aéroport de Clermont-Ferrand Auvergne n’était pas au mieux avant le départ de Ryanair. Depuis la reprise du site par Vinci Airports en 2008, les effectifs sont passés de 190 à 75 salariés — après deux plans sociaux en 2010 et 2022. Le résultat net est dans le rouge chaque année depuis 2020. Le trafic, à environ 230 000 passagers par an, n’a jamais retrouvé son niveau d’avant-Covid (plus de 400 000 en 2019). La députée du Puy-de-Dôme Delphine Lingemann alerte : « La survie de l’aéroport dépend d’une recherche urgente d’un équilibre économique viable », rapporte Connexion France. Elle réclame 10 millions d’euros d’aide publique d’ici 2030 pour couvrir les coûts de sûreté. Brice Hortefeux, président du syndicat mixte supervisant l’aéroport, dénonce « une avalanche d’impôts et de taxes » mais se veut « volontairement optimiste ». Arnaud Boucheix craint un troisième plan social, même s’il juge des licenciements économiques « peu probables » pour l’instant, selon Radio Scoop. Après le 27 mars, il ne restera que trois compagnies à Clermont-Ferrand : Air France (HOP!) vers Paris-CDG (3 vols quotidiens, 80 % du trafic restant), Air Corsica vers Ajaccio en été, et ASL Airlines vers Alger à partir de juillet. Clermont-Ferrand s’ajoute à la liste des aéroports régionaux que Ryanair abandonne en France, après Bergerac, Brive et Strasbourg.

Transavia, Volotea, EasyJet : qui reprendra les lignes de Ryanair à Clermont-Ferrand ?

Lors d’une réunion le 6 février 2026, trois compagnies low-cost ont été approchées pour reprendre les lignes orphelines, selon France 3 et Radio RVA :
  • Transavia (filiale d’Air France) : ouverte à l’idée, mais limitée par la disponibilité de ses avions
  • Volotea : intéressée, mais pas avant la fin de l’été au plus tôt
  • EasyJet : doit rencontrer les élus locaux « prochainement »
Aucune n’a confirmé de reprise pour le printemps 2026. Les flottes et équipages sont déjà planifiés. Arnaud Boucheix résume : « Pour 2027, ça intéressera sûrement des compagnies, surtout en voyant le taux de remplissage à 95 %. Mais ça ne se fera pas immédiatement. » À titre de comparaison, quand Ryanair a quitté Bordeaux en novembre 2024, c’est EasyJet qui a absorbé une grande partie des lignes abandonnées. Ce scénario pourrait se répéter en Auvergne, mais pas avant 2027. Pendant ce temps, Ryanair ouvre de nouvelles bases au Maroc et réorganise son réseau depuis CDG — preuve que la compagnie ne quitte pas la France, elle redistribue ses cartes.

Comment rejoindre Porto, Londres ou Fès depuis l’Auvergne sans vol direct

En attendant une hypothétique relève, voici les alternatives concrètes pour les voyageurs auvergnats : Pour Porto/le Portugal :
  • Via Lyon-Saint-Exupéry : TER depuis Clermont-Ferrand (~2h15, environ 30 euros), puis vol Transavia ou EasyJet vers Porto (à partir de ~62 euros l’aller-retour). C’est l’option la plus pratique.
  • Via Paris-Orly : TGV (~3h30, environ 50 euros), puis Transavia ou TAP Portugal vers Porto ou Lisbonne.
Pour Londres :
  • Via Lyon : EasyJet vers Gatwick ou Luton (à partir de ~68 euros l’aller-retour)
  • Via Paris : Eurostar depuis Gare du Nord (à partir de 52 euros l’aller simple)
Pour Fès :
  • Via Lyon : Transavia ou Air Arabia vers le Maroc
  • Via Paris-Orly : plusieurs compagnies desservent Fès directement
Le surcoût est significatif : entre le billet de train, le temps de trajet supplémentaire et le vol de correspondance, un aller-retour qui coûtait moins de 50 euros en direct depuis Clermont-Ferrand reviendra désormais à 120 à 150 euros minimum. Sans compter les 4 à 5 heures de déplacement en plus par trajet. Pour les 75 employés de l’aéroport, les 230 000 passagers annuels et toute la communauté portugaise d’Auvergne, le compte à rebours est lancé. Et après le 27 mars ? L’Auvergne retient son souffle en espérant qu’une compagnie reprenne le flambeau, idéalement avant l’été 2027.

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Anna Duplantis
Publié le 9 février 2026

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