En résumé
• L'AGCM enquête sur easyJet pour frais bagages jugés trompeurs.• Prix affiché en aller-retour, options précochées: choix peu clair.
• Issue possible: classement, engagements ou sanction; surveiller France.
L’AGCM, l’autorité italienne de la concurrence, a ouvert le 26 mai 2026 une enquête easyJet bagages pour pratiques commerciales potentiellement déloyales sur les frais de soute. En cause : un prix affiché en moyenne aller-retour plutôt que par tronçon, et un achat groupé activé par défaut. Un mécanisme que des millions de voyageurs français rencontrent chaque été en réservant leurs vacances vers l’Italie, l’Espagne ou la Grèce.
Ce que l’AGCM reproche concrètement à easyJet
L’autorité italienne pointe deux mécanismes précis du tunnel de réservation easyJet, présents à la fois sur le site web et sur l’application mobile. Le premier concerne l’affichage du prix : le tarif du bagage en soute apparaît en moyenne pour l’aller-retour, et non par segment de vol. Une présentation qui empêche le voyageur de comparer le coût réel par trajet, et donc d’évaluer la pertinence du service sur chaque vol pris séparément.
Le second mécanisme vise l’option bagage en soute + équipement sportif, pré-cochée par défaut pour les deux trajets, aller ET retour. Pour ne payer que pour un seul tronçon, il faut interrompre le parcours de réservation standard et modifier manuellement les options. Une démarche que “la plupart des consommateurs ne remarquent pas ou ne savent pas naviguer”, relève l’AGCM dans son communiqué.
L’autorité va vérifier si cette présentation tarifaire relève d’une conduite à la fois “trompeuse et agressive” au sens de la réglementation européenne sur la protection des consommateurs. L’enjeu, selon l’AGCM : la “capacité limitée du consommateur à faire un choix éclairé” face à un parcours d’achat conçu pour rendre l’option payante par défaut.
Notre comparatif 2026 des bagages cabine compagnie par compagnie montre déjà que la lecture des grilles tarifaires easyJet reste un casse-tête, même pour des voyageurs habitués des low-cost.
La réponse d’easyJet et le calendrier de l’enquête
La compagnie britannique a réagi rapidement. Dans une déclaration transmise à l’AGCM, easyJet affirme avoir “toujours agi en conformité avec la législation applicable en matière de protection des consommateurs” et s’engage à coopérer pleinement avec l’autorité italienne. La compagnie revendique une “transparence complète” sur ses tarifs ancillaires.
À ce stade, il s’agit bien d’une enquête et non d’une condamnation. L’AGCM doit encore établir les faits, examiner le tunnel de réservation, entendre la compagnie et, le cas échéant, recueillir les observations des associations de consommateurs italiennes. Trois issues sont possibles selon le droit italien de la concurrence : un classement sans suite, des engagements formels d’easyJet à modifier ses pratiques, ou une sanction financière.
Un précédent pèse dans la balance. En mai 2021, easyJet avait déjà été sanctionnée en Italie aux côtés de Ryanair et Volotea, pour un total de 2,8 millions d’euros, pour avoir délivré des bons d’achat au lieu de remboursements en numéraire pendant la pandémie. L’appel d’easyJet contre cette décision a été rejeté en février 2025.
Le précédent Ryanair de novembre 2024 : ce qui peut se passer ensuite
L’AGCM dispose d’un mode d’emploi récent. En novembre 2024, la même autorité avait obtenu de Ryanair un engagement de rembourser 55 € à chaque passager ayant déposé entre 2021 et 2023 une réclamation pour ne pas avoir compris les conditions d’enregistrement en ligne. Les passagers ayant payé un supplément à l’aéroport sur la même période recevaient quant à eux 15 € en numéraire ou un bon d’achat de 20 €.
Ryanair a également dû modifier son site, son application et ses e-mails de confirmation pour clarifier les conditions tarifaires applicables à l’enregistrement et aux bagages.
Si l’AGCM suit la même logique avec easyJet, les passagers ayant réservé via les plateformes italiennes pourraient être éligibles à des remboursements. La question d’un mécanisme transfrontalier pour les passagers français reste ouverte : la jurisprudence Ryanair de 2024 couvrait à titre principal les réservations effectuées en Italie, sans extension automatique aux clients d’autres pays européens. À noter aussi que l’Espagne avait suivi une logique différente fin 2024 en infligeant directement 179 millions d’euros d’amendes à Ryanair, Vueling et trois autres compagnies sur les frais de bagages cabine.
Comment vérifier le prix réel de votre bagage easyJet
Pour les voyageurs qui réservent un vol easyJet cet été, quatre étapes simples permettent de repérer le piège du prix moyen et d’éviter de payer deux fois un service utile uniquement à l’aller (ou au retour).
- Étape 1 : avant d’ajouter un bagage, regardez si le prix affiché concerne un trajet ou les deux. Si l’écran indique “X € par bagage” sans préciser “par vol”, cliquez sur le détail.
- Étape 2 : sur la page de sélection des options, vérifiez les cases pré-cochées pour le retour. Décochez-les si vous n’avez pas besoin du service au retour (par exemple : bagage en soute à l’aller pour partir avec du matériel, retour léger).
- Étape 3 : avant le paiement, comparez le sous-total avant et après ajout du bagage. Divisez par deux si vous n’avez qu’un seul vol concerné, pour vérifier que le tarif unitaire correspond bien.
- Étape 4 : si vous repérez une incohérence, conservez les captures d’écran. Elles pourront servir en cas d’action collective future ou de réclamation auprès du service client.
Côté tarifs 2026, voici les ordres de grandeur à connaître avant de réserver :
| Type de bagage easyJet | Tarif en ligne (par trajet) | Tarif au comptoir |
|---|---|---|
| Bagage soute 15 kg | à partir de 8,99 € | jusqu’à 50 € |
| Bagage soute 23 kg | 11,99 € | 58 € |
| Équipement sportif | variable selon destination | non disponible |
Multiplier ces montants par deux quand le système affiche un “prix moyen aller-retour” : c’est exactement le calcul que l’AGCM accuse easyJet de masquer.
Pourquoi ce dossier dépasse easyJet
L’enquête italienne s’inscrit dans une séquence européenne plus large sur la transparence tarifaire aérienne. Après l’AGCM contre Ryanair en 2024, le Parlement européen a voté le 21 janvier 2026 en faveur de la gratuité du bagage cabine, et plusieurs procédures sont en cours sur les frais ancillaires dans d’autres pays.
Le règlement européen sur la transparence tarifaire aérienne (CE 1008/2008) impose déjà l’affichage du prix final, taxes et suppléments inclus. L’AGCM teste désormais son application aux options à la carte, terrain sur lequel les compagnies low-cost se sont historiquement développées.
L’enjeu économique est lourd. Pour les compagnies low-cost, les frais ancillaires (bagages, sièges, embarquement prioritaire) représentent une part croissante du chiffre d’affaires, parfois supérieure à 30 %. Tout encadrement européen sur la présentation de ces options peut bouleverser le modèle économique du secteur — un point central dans le bras de fer entre Ryanair, EasyJet et le Parlement européen sur le bagage cabine gratuit de 7 kg.
Pour les voyageurs français, deux dossiers sont à suivre en parallèle dans les prochains mois : l’enquête AGCM contre easyJet, dont l’issue est attendue fin 2026 ou début 2027, et la transposition éventuelle du vote européen sur le bagage cabine gratuit. À surveiller aussi : la position de la DGCCRF, qui n’a pas pour l’heure ouvert de procédure équivalente en France.