En résumé
• Suspension de kérosène à Cuba impacte 398 vols, affecte neuf aéroports jusqu'au 11 mars 2026.• Pénurie due à l'effondrement énergétique cubain, exacerbée par pressions géopolitiques.
• Mesures d'austérité à Cuba; voyageurs conseillés de vérifier vols et conditions sur place.
Cuba à court de kérosène : ce que l’on sait
L’aviation civile cubaine a notifié à l’ensemble des compagnies aériennes desservant le pays la suspension de l’avitaillement en Jet A-1 — le kérosène standard des avions commerciaux — à compter du mardi 10 février 2026 à 00h00 heure locale. Selon l’agence EFE, qui cite deux sources internes, la mesure s’applique pour une durée d’un mois.
Un NOTAM officiel (Notice to Air Missions), identifié sous la référence A0356/26, confirme la situation : « JET A-1 FUEL NOT AVBL ». L’avis restera en vigueur au moins jusqu’au 11 mars 2026 à 05h00 UTC.
Les neuf aéroports internationaux du pays sont concernés : La Havane (MUHA), Varadero (MUVR), Cienfuegos (MUCF), Santa Clara (MUSC), Camagüey (MUCM), Cayo Coco (MUCC), Holguín (MUHG), Santiago de Cuba (MUCU) et Manzanillo (MUMZ). Aucune infrastructure aéroportuaire de l’île n’est épargnée. Une situation qui n’est pas sans rappeler la pénurie de kérosène qui touche actuellement le Maroc, même si les causes sont différentes.
398 vols hebdomadaires à réorganiser
Selon le cabinet d’analyse aérienne Cirium, 398 vols hebdomadaires et 70 337 sièges programmés en février 2026 sont directement impactés. Les compagnies les plus exposées par volume de fréquences :
- WestJet : 97 vols hebdomadaires (liaisons Canada–stations balnéaires)
- American Airlines : 73 vols, dont 42 fréquences Havane–Miami
- Copa Airlines : 29 vols (hub Panama City)
- Delta, Air Canada, Iberia et Lufthansa sont également touchées
Face à l’impossibilité de se ravitailler sur place, les compagnies n’ont que deux options : prévoir une escale technique au retour dans un aéroport régional — Cancún (CUN), Punta Cana (PUJ) ou Nassau (NAS) sont les plus cités — ou annuler les rotations.
Air France, contactée à La Havane, a indiqué que sa liaison Paris–La Havane était maintenue, avec une escale technique prévue dans un autre pays des Caraïbes. Iberia et Lufthansa ajustent également leurs horaires, avec des arrêts possibles à Mexico ou Cancún. À ce stade, aucune compagnie n’a annoncé la suspension totale de ses opérations vers Cuba.
Pourquoi Cuba n’a plus de kérosène
La pénurie est la conséquence directe de l’effondrement de l’approvisionnement pétrolier de l’île. Cuba ne produit qu’un tiers de l’énergie qu’elle consomme et dépend historiquement des importations, principalement en provenance du Venezuela.
Plusieurs événements se sont enchaînés ces dernières semaines :
1. Les livraisons vénézuéliennes ont été interrompues après la chute de Nicolás Maduro, début janvier 2026.
2. Le 29 janvier, Donald Trump a signé un décret menaçant de droits de douane les pays qui vendent du pétrole à La Havane.
3. Le Mexique, qui fournissait Cuba en pétrole depuis 2023, pourrait à son tour cesser ses livraisons sous la pression américaine.
La Havane accuse Washington de vouloir « asphyxier » l’économie de l’île. Les difficultés que traverse Cuba ne datent pas d’hier, mais la situation énergétique atteint un niveau sans précédent.
Mesures d’urgence sur l’ensemble du territoire
Le gouvernement cubain a annoncé vendredi 7 février une batterie de mesures d’austérité :
- Semaine de quatre jours dans les administrations et entreprises d’État
- Télétravail généralisé dans le secteur public
- Restrictions des ventes de carburant pour les particuliers
- Réduction des services de bus et trains entre provinces
- Fermeture de certains établissements touristiques
- Journées de cours raccourcies et universités en mode semi-présentiel
Le tourisme, principale source de devises étrangères du pays, subit un double coup : baisse de la connectivité aérienne et défiance croissante des voyageurs. Les grandes chaînes hôtelières présentes sur l’île, dont Meliá et Iberostar, se préparent à une vague d’annulations. Certains complexes des cayos ont déjà commencé à reloger des clients et à réduire leurs services, faute d’approvisionnement aérien et de transport interne.
Ce que ça change pour les voyageurs français
Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères maintient Cuba en « vigilance renforcée » depuis le 6 février 2026. Il recommande aux voyageurs de vérifier auprès de leur agence ou structure d’accueil la disponibilité des ressources — énergie, transports, eau — pendant leur séjour.
En clair, les voyageurs ayant un vol vers Cuba dans les prochaines semaines doivent anticiper :
- Des escales techniques sur les vols retour, allongeant le temps de trajet de 1h à 3h selon la destination
- Des annulations possibles de certaines rotations, sans préavis garanti
- Des coupures d’électricité prolongées, y compris dans les zones touristiques
- Des difficultés de transport terrestre (bus, taxis) liées à la pénurie générale de carburant
- Des risques sanitaires accrus : les campagnes d’épandage anti-moustiques sont réduites faute de carburant, alors que dengue, chikungunya et oropouche circulent activement dans huit provinces
Le Canada, premier marché touristique de Cuba, a renforcé son avertissement de voyage le 3 février, qualifiant la situation d’« imprévisible ». Ottawa prévient : « La disponibilité des vols pourrait être perturbée à court préavis. »
Côté formalités, rappelons que Cuba impose un visa électronique obligatoire depuis juillet 2025, et que les documents exigés pour entrer dans les Caraïbes varient d’un pays à l’autre — à vérifier si votre vol fait escale dans un pays tiers.
Vos droits en cas d’annulation ou de retard
En cas de vol annulé ou de retard supérieur à 3 heures à l’arrivée, le règlement européen CE 261/2004 s’applique pour les vols au départ de l’UE ou opérés par une compagnie européenne. La pénurie de kérosène est toutefois susceptible d’être qualifiée de « circonstance extraordinaire » — la CJUE a statué en ce sens en 2022 pour une défaillance généralisée d’approvisionnement en carburant.
Concrètement, cela signifie que l’indemnisation forfaitaire (jusqu’à 600 €) pourrait ne pas s’appliquer. En revanche, les compagnies restent tenues d’assurer :
- Le remboursement intégral du billet ou un vol de remplacement
- La prise en charge (repas, hébergement, transport) en cas d’attente prolongée
À retenir
La pénurie de kérosène à Cuba n’est pas une alerte ponctuelle mais le symptôme d’une crise énergétique structurelle aggravée par le contexte géopolitique. Avec un NOTAM en vigueur jusqu’au 11 mars au minimum et aucune perspective de réapprovisionnement rapide, les perturbations vont durer.
Les voyageurs ayant réservé un vol vers Cuba sont invités à contacter directement leur compagnie aérienne pour connaître le statut de leur vol et les éventuelles escales ajoutées. Pour les départs à venir, la prudence s’impose : vérifier les conditions d’annulation et souscrire une assurance voyage couvrant les perturbations de vol reste la meilleure précaution.
À suivre : l’évolution de la situation après le 11 mars, date théorique de fin du NOTAM.