En résumé
• En 2026, une CNI périmée mais prolongée est acceptée par 22 pays européens.• 16 pays tolèrent la CNI prolongée sans garantie; 4 pays la refusent.
• Le ministère recommande un passeport valide pour voyager.
En 2026, des millions de Français détiennent une carte d’identité dont la date imprimée est dépassée, mais qui reste théoriquement valable grâce à la prolongation automatique de 5 ans. Problème : tous les pays européens ne l’acceptent pas. Selon le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, 22 États reconnaissent officiellement ce document, 16 le tolèrent sans garantie, et 4 le refusent catégoriquement. Le point pays par pays.
La prolongation de 5 ans : ce que dit la loi
Le décret n° 2013-1188 du 18 décembre 2013 a étendu la durée de validité de la CNI de 10 à 15 ans pour les adultes. Concrètement, toute carte délivrée à une personne majeure entre le 2 janvier 2004 et le 31 décembre 2013 bénéficie d’une prolongation automatique de 5 ans, selon Légifrance. Aucune démarche n’est nécessaire.
Le hic : la date d’expiration imprimée sur la carte n’a pas été modifiée. Un document indiquant “valable jusqu’au 15 mars 2023” est en réalité valide jusqu’au 15 mars 2028. Mais face à un agent de frontière ou un employé de compagnie aérienne, cette subtilité passe mal.
Votre carte est-elle concernée ? Prenez la date d’expiration imprimée et ajoutez 5 ans. Si cette date est dans le futur et que la carte a été délivrée alors que vous étiez majeur, elle est toujours valide au regard de la loi française. Les cartes délivrées à des mineurs ne bénéficient pas de cette prolongation.
Les 22 pays qui acceptent officiellement la carte d’identité périmée
D’après la liste publiée par le ministère des Affaires étrangères sur diplomatie.gouv.fr, 22 pays reconnaissent formellement la CNI française prolongée :
Andorre, Bulgarie, Chypre, Croatie, Estonie, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Luxembourg, Malte, Monaco, Monténégro, République tchèque, Saint-Marin, Serbie, Slovénie, Suisse, Tunisie (sous conditions) et Turquie.
Deux précisions importantes. Pour la Turquie, la carte doit avoir une validité réelle (avec la prolongation) d’au moins 150 jours après la date d’entrée. Pour la Tunisie, l’acceptation se limite aux binationaux et aux touristes voyageant avec un tour-opérateur professionnel.
Le ministère met à disposition des fiches d’information traduites dans la langue de chaque pays, téléchargeables sur diplomatie.gouv.fr. Ces documents expliquent la loi française et peuvent être présentés aux agents de frontière. Ils n’ont toutefois aucune valeur juridique dans le pays de destination.
Les 16 pays qui tolèrent — sans garantie
Seize autres pays n’ont pas officiellement confirmé leur acceptation, mais tolèrent habituellement la CNI prolongée :
Allemagne, Autriche, Danemark, Espagne, Finlande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Slovaquie, Suède, Liechtenstein, Vatican, Albanie, Macédoine du Nord, Bosnie-Herzégovine et Égypte.
À noter : l’Espagne, le Portugal et l’Allemagne — trois des destinations les plus populaires des Français — figurent dans cette catégorie. Leur acceptation n’est pas garantie par un accord officiel.
En clair, dans ces pays, la décision revient à l’agent de contrôle au moment du passage. Un voyageur peut passer sans encombre un jour et être refoulé le lendemain par un autre agent.
Les risques sont plus élevés dans les aéroports, où les compagnies aériennes et la police des frontières vérifient systématiquement la validité des documents. Aux frontières terrestres Schengen, les contrôles sont rares en temps normal — mais se multiplient lors d’événements sportifs ou d’alertes sécuritaires, comme l’a montré le déploiement du système EES ces derniers mois.
Les 4 pays qui refusent catégoriquement
Quatre pays rejettent explicitement la CNI prolongée, d’après diplomatie.gouv.fr :
- Belgique : le SPF Affaires étrangères belge ne reconnaît pas l’extension 10+5. En Flandre, les contrôles sont particulièrement stricts. Risque : amende de 200 € et refus d’entrée.
- Lituanie : refus officiel confirmé par les autorités lituaniennes.
- Norvège : refus officiel. Un passeport en cours de validité est exigé.
- Roumanie : refus officiel, malgré certaines sources contradictoires.
À ces quatre pays s’ajoute le Royaume-Uni, qui n’accepte plus aucune carte d’identité — périmée ou valide — depuis le 1er octobre 2021. Un passeport est obligatoire, auquel s’ajoute désormais l’ETA à 19 €, exigée depuis le 25 février 2026.
Des voyageurs refoulés : les cas documentés
Les témoignages de refus ne manquent pas. En Belgique, plusieurs travailleurs frontaliers français ont été verbalisés par la police flamande. Au Royaume-Uni, des voyageurs se sont vu refuser l’embarquement faute de passeport.
Le problème se pose aussi avec les compagnies aériennes. Les agents d’enregistrement appliquent parfois leurs propres critères et refusent tout document dont la date imprimée est dépassée, indépendamment de la prolongation légale. Dans ce cas, aucun recours n’est possible au comptoir.
Concrètement, le risque est maximal dans trois situations : les vols vers des pays hors Schengen, les contrôles renforcés lors de périodes de vigilance aux frontières, et les transits par la Belgique (y compris en Eurostar).
Que faire avant de partir : les solutions pratiques
Renouveler sa carte d’identité. La démarche est gratuite sur restitution de l’ancienne carte (25 € en cas de perte ou de vol). Les délais varient de 2 à 8 semaines selon la période. La pré-demande s’effectue en ligne sur ants.gouv.fr. Depuis mars 2025, un renouvellement anticipé est possible pour obtenir la nouvelle CNI électronique au format carte de crédit, même si la carte actuelle est encore valide.
Demander un passeport. Coût : 86 € pour un adulte, 42 € pour un mineur de 15-17 ans. Délai : 2 à 8 semaines. C’est le document le plus universellement accepté — et dans certains cas, il est même gratuit.
Passeport d’urgence. En cas de déplacement imprévu pour raison médicale ou professionnelle, un passeport temporaire (validité 1 an) peut être délivré en 48 heures par la préfecture. Coût : 30 € en France, 90 € en consulat à l’étranger. Un voyage de loisirs ne constitue pas un motif recevable, selon service-public.gouv.fr.
Imprimer l’attestation traduite. En attendant un nouveau document, téléchargez la fiche d’information dans la langue du pays de destination sur diplomatie.gouv.fr. Ce document n’a pas de force juridique, mais il peut faciliter le passage.
À retenir : le ministère des Affaires étrangères recommande systématiquement de voyager avec un passeport valide, même lorsque la CNI prolongée est théoriquement acceptée. Un simulateur pour vérifier les documents acceptés par pays est disponible sur service-public.gouv.fr. Dans le contexte du déploiement progressif d’ETIAS, mieux vaut anticiper le renouvellement de ses documents dès maintenant.
Dernière vérification des listes officielles : février 2026. Source principale : diplomatie.gouv.fr.