Roissy-CDG : 250 élus exigent l’abandon de l’extension à 6 milliards, l’impact sur vos vols

Vincent Mabire - Il y a 3 heures

En résumé

• CDG prévoit d'augmenter sa capacité à 90 millions de passagers d'ici 2035.
• 250 élus s'opposent à l'extension, citant impacts environnementaux et sociaux.
• La décision finale sur le projet sera prise par le gouvernement prochainement.

    Roissy-Charles de Gaulle, troisième aéroport d’Europe avec 72 millions de passagers en 2025, ambitionne de passer à 90 millions d’ici 2035. Coût de l’opération : 6 milliards d’euros. Mais 250 élus de tous bords viennent de signer une tribune dans Le Monde pour exiger l’abandon pur et simple du projet d’extension CDG Roissy 2026. Pour les voyageurs, ce bras de fer politique pourrait déterminer si CDG reste un hub compétitif face à Istanbul et Dubaï — ou si vos prochains vols long-courriers transiteront de plus en plus par ailleurs.

    Un projet à 6 milliards qui divise la classe politique

    Le 18 février 2026, environ 250 élus nationaux et locaux ont publié dans Le Monde une tribune qualifiant le programme d’extension CDG Roissy 2026 de « contresens historique ». Parmi les signataires, une cinquantaine d’élus de Seine-Saint-Denis, dont les maires d’Épinay-sur-Seine, de L’Île-Saint-Denis et de Stains. La députée Eugénie Ponthier, présidente du CECCT4 (collectif d’élus pour le climat contre le terminal 4-extension CDG), et le député Romain Eskenazi (Val-d’Oise) figurent parmi les figures de proue de cette opposition.

    En parallèle, une pétition en ligne a recueilli près de 30 000 signatures citoyennes.

    Le projet contesté s’inscrit dans le contrat de régulation économique (CRE) 2027-2034 d’ADP. L’enveloppe totale atteint 8,4 milliards d’euros pour les aéroports parisiens sur huit ans, dont 6 milliards fléchés vers CDG. Concrètement, il ne s’agit pas du Terminal 4 abandonné en 2021, mais d’un programme de densification des terminaux existants (notamment le 2E et le 3), d’ajout de postes de stationnement avions et de modernisation des systèmes de tri bagages et de contrôle aux frontières. ADP table sur une croissance modérée du trafic de 1,6 % par an en moyenne.

    Climat contre compétitivité : deux camps irréconciliables

    Les opposants avancent des chiffres qui pèsent. Le projet entraînerait 34 000 mouvements d’avions supplémentaires par an, soit une hausse de 7 % par rapport à 2019. Selon une étude de Transport & Environnement, les émissions de CO₂ de CDG continueraient d’augmenter en valeur absolue jusqu’en 2034, malgré le déploiement promis de carburants durables — contredisant la promesse d’ADP d’une réduction de 23 % des gaz à effet de serre d’ici 2035. Les élus dénoncent aussi l’impact sur les millions de Franciliens vivant sous les couloirs aériens : bruit accru, qualité de l’air dégradée.

    De son côté, ADP défend une stratégie de modernisation indispensable. CDG représente le premier aéroport français, le hub d’Air France-KLM et 90 000 emplois directs. Le groupe mise sur les carburants durables (SAF) pour concilier croissance et transition écologique — un sujet qui préoccupe aussi Air France, qui alerte sur l’impact du mandat européen SAF sur ses vols vers l’Asie. La décision finale revient au gouvernement et au régulateur aéroportuaire dans les prochains mois.

    À noter : le régulateur a déjà imposé un gel des tarifs aéroportuaires d’ADP jusqu’en 2027 après deux refus du contrat, un signal de tensions fortes entre l’État et le groupe.

    Ce que ça change concrètement pour les voyageurs

    C’est là que le débat dépasse la politique. Si le projet aboutit, la capacité de CDG passerait de 76 à 90 millions de passagers par an d’ici 2034-2035. Concrètement : moins de saturation aux terminaux, une meilleure fluidité aux contrôles et le potentiel d’accueillir de nouvelles destinations et fréquences. Le transfert des vols DOM d’Air France d’Orly vers CDG le 29 mars illustre déjà la pression croissante sur le hub.

    Si le projet est abandonné, le risque est inverse. CDG, déjà saturé en période de pointe, verrait la congestion s’aggraver. ADP alerte déjà sur les temps d’attente liés à l’EES, avec jusqu’à 6 heures d’attente redoutées cet été. Un aéroport qui ne grandit pas face à une demande croissante, c’est aussi une pression haussière sur les tarifs.

    Les opposants veulent par ailleurs limiter davantage les vols de nuit, ce qui impacterait directement les rotations long-courrier, notamment vers l’Asie et l’Amérique.

    CDG face à Istanbul et Dubaï : la bataille des hubs

    Le contexte international rend le débat sur l’extension CDG Roissy 2026 encore plus stratégique. Au classement européen 2025, Heathrow domine avec 84,5 millions de passagers, talonné par Istanbul à 84,4 millions. CDG, avec ses 72 millions, accuse un écart de 12 millions avec le duo de tête.

    Istanbul affiche une croissance spectaculaire. Turkish Airlines a transporté 92,6 millions de passagers en 2025 (+11,6 % rien qu’en janvier 2026), et l’aéroport vise les 90 millions de passagers en 2026. En janvier 2026, Istanbul a même dépassé Heathrow pour devenir le premier aéroport d’Europe en trafic mensuel. Dubaï DXB évolue dans une autre catégorie : 95,2 millions de passagers en 2025.

    Sans extension, CDG risque de décrocher dans la compétition pour les correspondances internationales. L’atout de Paris reste le CDG Express prévu le 28 mars 2027, qui reliera Paris-Gare de l’Est à l’aéroport en 20 minutes — un avantage connectivité que n’offrent ni Istanbul ni Dubaï.

    Et maintenant ? Les scénarios possibles

    Trois issues se dessinent pour les mois à venir.

    Scénario 1 — Feu vert. Le gouvernement valide le contrat ADP et les travaux d’optimisation sont lancés, avec des premiers effets attendus vers 2028-2030. La capacité progresse, les tarifs augmentent modérément (inflation +2,6 points par an selon la proposition ADP).

    Scénario 2 — Compromis. La pression politique force une extension réduite assortie d’un plafond de mouvements renforcé et d’engagements climat contraignants. Un entre-deux qui limiterait la croissance de CDG sans l’étouffer.

    Scénario 3 — Abandon. CDG reste en l’état. La pression se déporterait alors sur Orly et les aéroports régionaux.

    L’accès à CDG est lui aussi en pleine mutation. Le RoissyBus a disparu le 1er mars 2026 après 34 ans de service, remplacé par la ligne express 9517 reliant Argenteuil à Roissypôle via Saint-Denis-Pleyel. Le CDG Express prendra le relais en mars 2027.

    À suivre : les annonces du gouvernement attendues au printemps 2026 trancheront le débat. Une décision qui concerne directement les 72 millions de passagers qui transitent chaque année par le premier aéroport français.

    Vincent Mabire
    Publié le 12 mars 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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