Kérosène à 1 700 $/t : classement des compagnies aériennes les mieux protégées pour votre été 2026

Vincent Mabire - Il y a 3 heures

En résumé

• Le kérosène a bondi, impactant vols et prix des billets cet été.
• Les compagnies avec hedging supportent mieux la hausse des coûts.
• Ryanair et easyJet offrent la meilleure protection/prix pour l'été 2026.

    Le kérosène a bondi de 84 % en quelques semaines, passant de 830 à 1 700 dollars la tonne en Europe du Nord-Ouest au 1er avril. SAS a déjà annulé plus de 1 000 vols en avril, Volotea supprime des liaisons vers la Corse, et l’IATA prévoit des billets 20 à 40 % plus chers cet été. Pourtant, toutes les compagnies aériennes fiables été 2026 ne sont pas exposées de la même manière. Certaines ont verrouillé leur carburant à prix bas il y a des mois. D’autres volent à découvert. Voici notre classement, compagnie par compagnie, pour vous aider à choisir avant de réserver.

    Qu’est-ce que le hedging carburant (et pourquoi ça vous concerne)

    Le hedging, c’est une assurance financière. Les compagnies aériennes achètent à l’avance des contrats à terme qui fixent le prix de leur kérosène pour les mois suivants. Quand le prix du marché explose, elles continuent de payer le tarif négocié. Le carburant représente 25 à 35 % des coûts d’exploitation d’une compagnie, selon l’IATA. Une variation de quelques centaines de dollars par tonne bouleverse l’ensemble de l’équation économique.

    Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz fin février 2026, le prix du kérosène a plus que doublé. La tonne est passée de 830 à environ 1 700 dollars début avril. Les compagnies qui n’ont pas anticipé paient plein pot, et les conséquences sont directes pour les passagers : annulations, réduction de fréquences, surcharges carburant. À l’inverse, une compagnie bien hedgée absorbe le choc et maintient son programme de vols.

    Tier 1 : les compagnies blindées

    Ryanair est la compagnie la mieux protégée d’Europe. Selon son CEO Michael O’Leary, le groupe irlandais est couvert à 80 % à environ 67 dollars le baril, soit un prix quatre fois inférieur au cours spot actuel (plus de 190 dollars). La compagnie économise environ 1 000 dollars par tonne par rapport au prix du marché. O’Leary a déclaré à Fortune que le risque d’annulation se limite à « 5 à 10 % des vols en juin-juillet », principalement lié à d’éventuelles pénuries d’approvisionnement physique, pas au coût du carburant. En revanche, la compagnie a suspendu tout nouveau hedging, pariant sur une baisse future des prix.

    Lufthansa Group (Lufthansa, Swiss, Austrian, Eurowings) affiche une couverture de 82 % au premier trimestre et 77 % sur l’année 2026, selon son directeur financier Till Streichert. Le groupe a suspendu ses nouvelles opérations de hedging depuis le début du conflit, mais les contrats existants garantissent une protection solide jusqu’à l’automne. Le coût résiduel pour les 20 % non couverts : environ 1,5 milliard d’euros de surcoût estimé, selon les données internes du groupe.

    easyJet a sécurisé 84 % de ses besoins au premier semestre à 715 dollars la tonne, un niveau très compétitif. La couverture descend à 62 % au second semestre (688 $/t), ce qui reste confortable pour la période estivale. Son CEO Johan Lundgren prévient toutefois que les tarifs augmenteront en fin d’été, à mesure que les contrats arrivent à échéance.

    Wizz Air affiche une couverture de 86 % au T1, 71 % au T2 et 61 % au T3 (entre 691 et 762 dollars la tonne), selon ses résultats semestriels. La compagnie hongroise paie environ 700 $/t contre 1 700 $ sur le marché spot. Sa marge de manœuvre diminue à mesure que l’été avance, mais elle reste solide financièrement.

    Tier 2 : protection partielle, vigilance requise

    IAG (British Airways, Iberia, Vueling, Aer Lingus) présente une couverture dégressive : 75 % au T1, 64 % au T2, 58 % au T3 (été) et 50 % au T4, selon les données publiées par le groupe. Le troisième trimestre, celui des vacances, reste au-dessus de la moyenne du secteur. La compagnie pourrait toutefois réduire les fréquences sur des lignes secondaires si le kérosène se maintient au-dessus de 1 400 dollars la tonne.

    Air France-KLM (Air France, KLM, Transavia) a étendu sa politique de couverture début 2026, passant d’un horizon de six à huit trimestres. Le groupe affiche 87 % de couverture au premier semestre, puis 70 % au T2, 60 % au T3 et 47 % au T4. Le trimestre estival reste couvert à 60 %, ce qui limite le risque d’annulations. Les surcharges, en revanche, sont déjà en place : jusqu’à 319 euros par trajet sur les vols transatlantiques, selon Déplacements Pros.

    Ces deux groupes ne devraient pas annuler massivement cet été. Le risque porte davantage sur les fréquences (moins de rotations sur les petits aéroports régionaux) et sur les prix, avec des hausses de 20 à 40 % désormais confirmées par l’IATA.

    Tier 3 : les compagnies à risque

    SAS illustre le scénario le plus défavorable. La compagnie scandinave n’avait aucun contrat de hedging actif pour 2026, une décision prise en 2025 dans un contexte de marché incertain. Résultat : plus de 1 000 vols annulés en avril (5 % du programme), après plusieurs centaines déjà supprimés en mars, rapporte Euronews. Les routes courtes intra-scandinaves, moins rentables, sont les premières touchées. Chaque vol domestique coûte 500 SEK (54 €) de plus, chaque transatlantique 2 700 SEK (291 €) supplémentaires.

    Volotea ne publie pas de données de hedging, ce qui est rarement bon signe. La compagnie espagnole a déjà annulé plusieurs vols entre la Corse et le continent en invoquant « la situation au Moyen-Orient ». Air Corsica, de son côté, maintient l’intégralité de ses liaisons grâce à ses contrats de couverture.

    Les compagnies américaines (United, Delta, American) ont largement abandonné le hedging ces dernières années. Southwest a mis fin à son programme début 2026. L’impact se fait sentir sur les transatlantiques : United a annoncé la suppression de 5 % de ses vols prévus, selon son CEO Scott Kirby.

    Le classement complet des compagnies aériennes fiables été 2026

    CompagnieHedging T3 2026 (été)Prix verrouilléRisque annulationSurcharge attendue
    Ryanair~80 %~67 $/barilTrès faibleFaible
    Lufthansa Group~70 %Pré-criseFaibleModérée
    easyJet~62 %688-715 $/tFaibleModérée
    Wizz Air~61 %691-762 $/tModéréModérée
    IAG58 %Pré-criseModéréModérée
    Air France-KLM60 %Pré-criseModéréForte (+319 €/vol)
    SAS0 %Prix spot (~1 700 $/t)ÉlevéForte
    Volotea~0 %Prix spotÉlevéForte

    Sources : rapports trimestriels des compagnies, Reuters, Aerotime, Air Journal (données compilées au 5 avril 2026).

    Concrètement, quelles compagnies réserver cet été ?

    Pour le court et moyen-courrier en Europe, Ryanair et easyJet offrent le meilleur rapport protection/prix. Leurs niveaux de hedging leur permettent de maintenir des tarifs compétitifs malgré la crise. Pour le moyen-courrier premium, IAG et Air France-KLM restent fiables, même si des surcharges de 20 à 40 % sont désormais la norme.

    Les lignes à surveiller de près : les routes secondaires desservies depuis les petits aéroports régionaux, et les destinations où SAS ou Volotea sont les seuls opérateurs. Un Paris-Barcelone est déjà passé de 98 à 126 euros en une semaine (+29 %), selon les relevés de prix de début avril.

    Conseil pratique : sur les compagnies Tier 3, privilégiez les billets remboursables ou avec assurance annulation. Vérifiez la politique de réacheminement avant de réserver, notamment sur les lignes saisonnières. Pour d’autres pistes d’économies, notre guide pour sauver vos vacances d’été détaille les alternatives train, bus et ferry.

    Et si la crise dure tout l’été ?

    Deux scénarios se dessinent. Le premier, optimiste, repose sur une réouverture partielle du détroit d’Ormuz dès juillet, avec un retour progressif à des prix sous les 1 000 dollars la tonne en fin d’année. Les compagnies bien hedgées traverseraient alors la saison estivale sans dommage majeur.

    Le second scénario, celui que redoutent les analystes de Jefferies, maintient le kérosène au-dessus de 1 400 dollars la tonne tout l’été. Dans ce cas, les annulations se multiplieraient sur le long-courrier, la capacité globale diminuerait sensiblement, et les billets resteraient 20 à 40 % plus chers qu’en 2025. Même les compagnies les mieux couvertes verraient leur protection s’éroder au T4 : seules Ryanair et Lufthansa conserveraient alors des niveaux de hedging supérieurs à 60 %.

    À suivre dans les semaines qui viennent : les résultats du T2 des grandes compagnies européennes, qui donneront une lecture plus précise de leur exposition réelle pour la haute saison.

    Vincent Mabire
    Publié le 6 avril 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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