En résumé
• Air Austral rassure après deux déroutements du Boeing 787-8 à cause de problèmes techniques.• La piste unique à Mayotte rend difficile l'utilisation d'autres avions pour cette liaison.
• Alternatives à Air Austral incluent Corsair et Ewa Air avec des vols vers Mayotte.
Deux déroutements en moins de quatre mois, un même avion, une même ligne : le Boeing 787-8 Dreamliner d’Air Austral est au centre des inquiétudes sur la liaison Paris-Mayotte. Le 12 février 2026, la direction de la compagnie réunionnaise a tenu une conférence de presse à Dzaoudzi pour rassurer ses passagers. Voici ce que l’on sait sur ces incidents et les alternatives pour rejoindre l’île.
Deux déroutements du même Boeing 787 en quatre mois
Le 13 septembre 2025, le Boeing 787-8 immatriculé F-ORLB, en route de Mayotte vers Paris avec escale technique à Nairobi, a subi une chute brutale de pression d’huile sur l’un de ses moteurs Rolls-Royce Trent 1000. L’équipage a coupé le moteur concerné et dérouté l’appareil vers Djeddah (Arabie saoudite), selon Air Journal. Plus de 250 passagers ont été bloqués environ 24 heures, le temps qu’un Boeing 777-300 de remplacement soit envoyé depuis Paris.
Détail qui a alimenté les inquiétudes : l’appareil F-ORLB venait d’être remis en service seulement deux jours plus tôt, après près d’un an d’immobilisation à Teruel, en Espagne.
Le 27 décembre 2025, rebelote. Le même avion a été dérouté vers Naples sur un vol Paris-Mayotte, cette fois en raison d’un dysfonctionnement du système de recyclage d’air cabine, affectant la ventilation et le refroidissement des équipements de navigation, rapporte France Info Outre-mer.
Pourquoi Air Austral ne peut pas changer d’avion pour Mayotte
La piste de l’aéroport de Dzaoudzi-Pamandzi est la plus courte au monde pour un Boeing 787. La piste 16, avec son seuil décalé en raison de la colline de Pamandzi, impose des contraintes uniques qu’aucun autre long-courrier ne peut gérer.
« C’est le seul appareil ayant les performances permettant d’atterrir à Mayotte sous toutes les conditions », a expliqué Vincent Guérin, directeur technique d’Air Austral, lors de la conférence de presse du 12 février, selon Outremers360.
Concrètement, la compagnie n’a pas d’alternative technique pour desservir Mayotte en direct depuis Paris. Le 787 représente 25 à 30 % de l’activité d’Air Austral, et l’île reste au cœur de sa stratégie, d’autant plus depuis le passage du cyclone Chido qui a rendu la desserte des territoires d’outre-mer encore plus sensible.
A noter : le Boeing 787 n’est pas un appareil isolé. Plus de 1 150 exemplaires volent dans le monde, avec près de 800 commandes supplémentaires.
La réponse d’Air Austral : « Hors de question de prendre le moindre risque »
Lors de la conférence à Dzaoudzi, le président Hugues Marchessaux, accompagné de Vincent Guérin et de représentants de Crystal Aero (qui assure la maintenance long-courrier à Paris et à Mayotte), a été direct : « Dès lors qu’un problème nécessite un déroutement de l’avion, il n’y a pas de question à se poser. »
En clair, la compagnie présente ces déroutements non pas comme des défaillances, mais comme la preuve que les protocoles de sécurité fonctionnent. « Hors de question de prendre le moindre risque », a insisté la direction, selon Le Journal de Mayotte.
Air Austral a aussi répondu aux interrogations circulant sur les réseaux sociaux concernant du « scotch » visible sur les ailes du 787. Il s’agit de bandes adhésives homologuées par Boeing, conçues pour résister à des vitesses de 900 km/h et protéger la peinture des structures en carbone. Une procédure standard sur ce type d’appareil.
Quelles alternatives pour rejoindre Mayotte depuis Paris ?
Pour les voyageurs qui préfèrent éviter Air Austral le temps que la confiance revienne, plusieurs options existent.
Corsair est l’alternative la plus directe : la compagnie opère 3 à 4 vols par semaine entre Paris-Orly et Mayotte sur ses Airbus A330neo, selon les saisons. Ewa Air propose des liaisons régionales dans l’océan Indien. Kenya Airways permet de rejoindre Mayotte via Nairobi, avec une escale.
Côté tarifs, les prix démarrent autour de 700 euros aller-retour selon la période et le délai de réservation. A savoir : les capacités vers Mayotte restent limitées et la demande est forte depuis le cyclone Chido. Réserver tôt est recommandé, d’autant que la taxe avion triplée en 2026 pourrait peser sur les tarifs des liaisons outre-mer.
Un déroutement, c’est vraiment dangereux ?
Un déroutement n’est pas un crash évité. C’est une procédure de précaution codifiée : les pilotes suivent des protocoles stricts dès qu’une anomalie est détectée, et le Boeing 787 dispose de systèmes de surveillance en temps réel particulièrement avancés.
Ce type d’événement n’est d’ailleurs pas rare dans l’aviation commerciale. En 2024, l’IATA a recensé un accident pour 880 000 vols, un taux meilleur que la moyenne quinquennale, selon Air Journal. Le contexte médiatique amplifie l’inquiétude, mais un déroutement est précisément conçu pour éviter qu’un problème technique ne devienne un incident grave.
A suivre : la fiabilité du F-ORLB dans les prochains mois sera scrutée de près par les voyageurs ultramarins et les autorités de l’aviation civile.