CE261 : l’UE veut relever le seuil d’indemnisation à 4h, jusqu’à 70% des vols retardés exclus

Luc Rongier - Il y a 1 heure

En résumé

• Le seuil d’indemnisation pourrait passer de 3h à 4h ou 6h.
• Des millions de passagers perdraient leurs droits, selon les associations.
• Décision attendue avant le 15 juin 2026 : réforme ou statu quo.

    La réforme du règlement européen CE261, le texte qui encadre l’indemnisation des passagers aériens depuis 2004, entre dans sa dernière ligne droite. Une date couperet se profile : le 15 juin 2026, terme de la conciliation entre le Parlement et le Conseil de l’Union européenne. En jeu, le seuil de retard qui déclenche votre indemnisation. S’il passe de 3 à 4 heures comme le veut le Conseil, un vol retardé de 3h30 ne vous rapporterait plus rien. Et ce ne serait pas un cas isolé : selon les analyses des associations de consommateurs, entre 60 et 70% des passagers aujourd’hui indemnisés perdraient ce droit.

    Ce qui change concrètement pour vos vols

    Aujourd’hui, la règle est claire : tout retard d’au moins 3 heures à l’arrivée ouvre droit à indemnisation, en vertu de l’article 7 du CE261. Le barème dépend de la distance : 250 € pour un vol jusqu’à 1 500 km, 400 € entre 1 500 et 3 500 km, 600 € au-delà. Ce cadre n’a jamais été révisé depuis son adoption il y a plus de vingt ans.

    La position défendue par le Conseil change l’équation. Le déclenchement de l’indemnisation serait repoussé à 4 heures pour le court-courrier et 6 heures pour le long-courrier. En contrepartie, les montants seraient ramenés à 300 € et 500 € selon la distance.

    Le vrai piège tient dans le glissement de 3h à 4h. Les retards dits « moyens », ceux compris entre 3 et 4 heures, comptent parmi les plus fréquents. Ce sont précisément eux qui basculeraient vers zéro indemnisation. Un voyageur peut désormais comparer les deux régimes :

    Aujourd’hui (CE261, 2004)Proposition du Conseil
    Seuil court-courrier3 heures4 heures
    Seuil long-courrier3 heures6 heures
    Montant ≤ 1 500 km250 €300 €
    Montant > 3 500 km600 €500 €

    L’exemple qui parle : un Paris-Marseille retardé de 3h30

    Prenons un cas banal. Un vol Paris-Marseille, environ 660 km, donc un court-courrier de moins de 1 500 km, arrive avec 3h30 de retard. Aujourd’hui, le seuil des 3 heures est franchi : vous touchez 250 €.

    Demain, si la position du Conseil l’emporte, le seuil grimpe à 4 heures. Votre retard de 3h30 ne le franchit plus. Résultat : 0 €. Trente minutes manquantes sous le nouveau seuil, et l’indemnisation s’évapore.

    Mise en perspective, le manque à gagner n’a rien d’anecdotique. Un voyageur français prend en moyenne trois vols par an. Sur une vie de déplacements, accumulés au fil des retards « moyens » qui ne déclencheront plus rien, le total dépasse vite quelques centaines d’euros perdus. À l’échelle européenne, ce sont des millions de passagers qui seraient concernés : une réforme que le Parlement européen cherchait justement à rejeter pour cette raison.

    Conseil contre Parlement : deux camps, un règlement

    Deux institutions s’affrontent sur ce texte. Le Conseil, qui réunit les États membres, défend des seuils plus hauts (4h et 6h) et des montants plus bas (300 et 500 €). Sa position a été formalisée le 5 juin 2025. Les associations de consommateurs y voient un cadeau fait au secteur aérien, et parlent du « plus grand recul des droits des consommateurs de l’histoire de l’UE ».

    Le Parlement européen campe sur le statu quo : seuil maintenu à 3 heures, montants échelonnés de 300 à 600 € selon la distance. Cette ligne a été adoptée le 21 janvier 2026 par 632 voix contre 15, et 9 abstentions. Le rapporteur Andrey Novakov a fait du seuil de 3h une « ligne rouge » non négociable. Comme le rappelait déjà notre suivi des droits des passagers menacés par la réforme européenne, le bras de fer dure depuis des mois.

    Sur le plan procédural, le dossier se trouve désormais en comité de conciliation, l’ultime étape de deuxième lecture où Parlement et Conseil doivent trouver un compromis ou abandonner.

    Pourquoi le 15 juin 2026 est la date à retenir

    La conciliation n’a pas un calendrier indéfini. Elle bute sur une échéance dure : le 15 juin 2026. Passé ce délai, la fenêtre de négociation se referme définitivement. Or, début juin, les discussions sont dans l’impasse. Un marathon de négociation s’est achevé sans accord, et plusieurs observateurs donnent la réforme au bord de l’effondrement. Les deux principaux négociateurs n’étant pas disponibles avant le 9 juin, il reste à peine une semaine pour combler un fossé jusqu’ici infranchissable.

    Deux scénarios se dessinent. En cas d’accord, ce serait la première véritable révision du CE261 depuis 2004, potentiellement applicable à l’été 2027. Le voyageur y perdrait sur les seuils. En cas d’échec, la réforme tombe et le règlement de 2004 reste inchangé : le seuil de 3 heures et le barème 250/400/600 € sont préservés, mais sans indexation sur l’inflation.

    Autrement dit, l’issue de cette semaine fixera la règle de vos prochains étés, dans un sens ou dans l’autre.

    Ce que vous pouvez faire dès maintenant

    Tant que rien n’est voté, le droit actuel s’applique. Un retard de 3 heures ou plus reste indemnisable, et aucune réclamation en cours ne perd de valeur. Si une démarche est engagée, inutile d’y renoncer.

    Quelques réflexes restent utiles. Conservez vos cartes d’embarquement et toute preuve du retard : selon les pays, le délai de réclamation se compte en années, ce qui laisse le temps d’agir. Pensez aussi à la médiation, désormais une étape souvent incontournable face à une compagnie qui traîne : on vous explique ce qui a changé sur ce point depuis le 7 février 2026. Et surveillez l’issue du 15 juin, qui déterminera le cadre applicable à vos futurs voyages.

    Au fond, toute la bataille se joue sur une heure de seuil. Mais c’est cette heure qui décidera si votre prochain retard vaut plusieurs centaines d’euros ou rien du tout.

    Luc Rongier
    Publié le 9 juin 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Nos thèmes