En résumé
• Six paquebots piégés et 15 000 évacuations suite à la fermeture du détroit d'Ormuz.• Pénurie de croisières en Méditerranée, hausse de la demande et des coûts de carburant.
• Augmentation du tourisme méditerranéen, report des vacances et tensions sur les tarifs.
Six paquebots piégés dans le golfe Persique, un baril de Brent au-dessus de 100 $ et 800 000 Français qui renoncent à leurs vacances au Moyen-Orient : la saison estivale 2026 de la croisière en Méditerranée s’annonce sous haute tension. Moins de cabines disponibles, plus de demande, et des surcharges carburant qui apparaissent déjà sur les factures. Voici l’état des lieux, compagnie par compagnie, et les prix à connaître avant de réserver.
Six navires piégés, 15 000 passagers évacués : l’état des lieux
Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz le 28 février 2026 à la suite des frappes américaines sur l’Iran, six paquebots restent bloqués dans les ports du Golfe. Le MSC Euribia (5 179 passagers) est à l’arrêt à Dubaï. Le Mein Schiff 4 (2 506 passagers) attend à Abu Dhabi, le Mein Schiff 5 (2 534 passagers) à Doha. Les deux navires de Celestyal Cruises, le Discovery (~1 360 passagers) et le Journey (~1 200 passagers), sont respectivement amarrés à Dubaï et Doha. L’Aroya Manara (~3 300 passagers) complète la liste à Dubaï.
Plus de 15 000 croisiéristes ont été rapatriés par voie aérienne : MSC a affrété des vols charters, TUI a mobilisé 38 avions, Celestyal a organisé des débarquements locaux. Le repositionnement de ces navires vers l’Europe via le cap de Bonne-Espérance prendrait trois à quatre semaines au minimum. Selon Celestyal, toutes les croisières d’avril sont annulées, avec un retour en Méditerranée espéré au plus tôt début mai. La saison d’été du MSC Euribia à Kiel est « de plus en plus compromise », selon la compagnie.
L’effet domino sur l’offre de croisière Méditerranée été 2026
Ces six navires représentent environ 15 000 à 18 000 lits par nuit retirés du marché méditerranéen au moins jusqu’en mai, voire juin. L’effet de cascade ne s’arrête pas là. Le MSC World Europa a été redéployé vers les Caraïbes (Martinique, Guadeloupe, Barbade). Le Costa Smeralda a été redirigé vers les Canaries et Madère. En sens inverse, Explora Journeys a annulé sa saison Moyen-Orient et repositionne un navire vers la Méditerranée.
Le bilan net reste défavorable : la flotte méditerranéenne été 2026 sera vraisemblablement réduite de quatre à cinq unités par rapport aux projections initiales. Les compagnies déjà positionnées (Costa Toscana, MSC Meraviglia, MSC Splendida, NCL) bénéficient d’un avantage de rareté.
Celestyal, seule compagnie spécialiste des îles grecques, n’a plus aucun navire opérationnel avant le 1er mai. Le Discovery doit reprendre une croisière de trois nuits dans les Cyclades à cette date, le Journey un itinéraire de sept nuits vers la Grèce, l’Italie et la Croatie dès le 2 mai. Ces dates restent conditionnées à l’évolution de la situation géopolitique. Les passagers concernés se voient proposer un remboursement intégral ou un avoir majoré sous forme de crédit croisière.
Le double choc : surcharge carburant et report massif vers l’Europe
Le prix du pétrole amplifie la pression. Le Brent a bondi de plus de 35 % en quelques semaines pour franchir la barre des 100 $ le baril, un seuil qui active les clauses de révision de prix chez la plupart des armateurs. StarCruises et Dream Cruises appliquent déjà des surcharges de 11 à 25 $ par personne et par nuit depuis le 20 mars. Carnival Corp, qui ne dispose pas de couverture carburant significative, est la major la plus exposée.
Côté européen, les compagnies se réservent le droit d’agir. MSC peut répercuter une surcharge carburant « sans préavis », selon ses conditions générales de vente. Costa peut modifier ses tarifs jusqu’à 20 jours avant l’embarquement si les coûts de carburant varient significativement. Le fait d’avoir réglé sa croisière en totalité ne protège donc pas nécessairement d’une surprise tarifaire.
La demande, elle, explose en parallèle. Selon franceinfo, 800 000 Français déclarent renoncer à partir à l’étranger cet été à cause de la situation géopolitique. L’Égypte enregistre -34 % de réservations, la Jordanie -50 %, les Émirats -85 %. Ce report massif profite à la Méditerranée occidentale : l’Espagne affiche +3,7 % d’arrivées au premier trimestre 2026, la Grèce connaît un afflux vers ses îles, et les réservations vers le Maroc (+11,7 %) et la Tunisie (+22 %) progressent fortement.
La logique économique est limpide : offre réduite + demande accrue + coûts énergétiques en hausse = pression haussière sur les tarifs des croisières restantes.
Quelles croisières Méditerranée restent abordables cet été ?
Malgré la tension, plusieurs options restent ouvertes au départ de la France. Le tableau ci-dessous synthétise les offres encore disponibles pour l’été 2026 avec les prix indicatifs constatés début avril.
| Compagnie | Navire(s) | Port de départ | Durée | Prix indicatif (à partir de) | Enfants gratuits |
|---|---|---|---|---|---|
| Costa | Costa Toscana | Marseille | 6 jours | 329 €/pers. | Oui, jusqu’à 18 ans |
| MSC | Meraviglia, Splendida, Orchestra, Seaview | Marseille, Gênes | 3-7 jours | 119 €/pers. (courtes durées) | Oui, selon offre |
| NCL | Divers | Méditerranée occ. | 7-10 jours | ~800-1 200 €/pers. | Non |
| CFC | Divers | Marseille | 2-5 jours | ~239 €/pers. | Non |
| Celestyal | Discovery, Journey | Le Pirée (Athènes) | 3-7 nuits | ~450-700 €/pers. | Non |
CFC : Compagnie Française de Croisières. Tarifs Celestyal sous réserve de reprise effective en mai. Prix constatés le 2 avril 2026, susceptibles de varier.
MSC propose le parking gratuit à Marseille cet été, un avantage non négligeable pour les familles qui rejoignent le port en voiture. Pour les amateurs de croisières haut de gamme, l’Orient Express Corinthian lance ses premières croisières à la voile dès juin en Méditerranée. Le comparatif complet des compagnies et de leurs coûts cachés est disponible sur Ulysse.
Trois réflexes pour réserver malin cet été
Réserver avant fin avril. Les cabines intérieures et balcon standard seront les premières épuisées, compte tenu de la demande accrue. Verrouiller un tarif maintenant protège contre les surcharges qui pourraient tomber d’ici l’été.
Vérifier la clause carburant dans les CGV. Avant de signer, chercher les mentions « clause de révision de prix » ou « surcharge carburant ». Certaines compagnies (MSC, Costa) ont historiquement absorbé une partie de la hausse, mais rien ne les y oblige contractuellement cette saison.
Privilégier les départs français. Embarquer à Marseille, au Havre ou à Sète évite le vol aller-retour (et son surcoût lié à la flambée du kérosène), réduit l’empreinte carbone et supprime le risque de correspondance ratée. Pour ceux qui préfèrent rester à terre, les croisières fluviales en France (dès 239 €) ou les traversées en ferry avec cabine vers la Corse et la Sardaigne constituent des alternatives à considérer.
La situation dans le Golfe reste évolutive. Si les 20 pétroliers dont Donald Trump a annoncé le passage par Ormuz fin mars circulent effectivement, la pression sur les prix du brut pourrait se relâcher partiellement. Pour les croisières, en revanche, le repositionnement des navires prendra du temps. Les tarifs de la croisière Méditerranée été 2026 se jouent maintenant.