En résumé
• Les amandiers fleurissent en mars dans la Drôme, offrant un spectacle discret mais époustouflant.• La période est idéale pour éviter la foule et profiter de tarifs bas pour l'hébergement.
• Les marchés locaux proposent truffes, olives et produits régionaux dans une ambiance paisible.
Les amandiers ont éclaté. Pas un bruit, ou presque : le chant d’un merle, le cliquetis d’un volet que le vent pousse, le murmure d’une fontaine quelque part derrière les murs de pierre. Dans les ruelles de Grignan, ce matin de mars, les terrasses sont vides. Les façades ocre et crème baignent dans une lumière encore timide, presque laiteuse, celle des jours qui hésitent entre hiver et printemps. En contrebas, les vergers de la vallée du Rhône se couvrent de blanc et de rose pâle. Personne ne pense à la Drôme provençale en mars. C’est exactement pour cela qu’il faut y aller.
Quand la Drôme provençale en mars se réveille sans personne
Ce qui frappe d’abord, c’est le silence. Les villages classés de la Drôme provençale (Grignan, Le Poët-Laval, Mirmande) sont quasi déserts. Pas de queue au château, pas de parking saturé, pas de menus touristiques gonflés. Mars offre une fenêtre rare : des températures moyennes de 4 à 15 °C, environ 10 heures de soleil par jour et à peine 12 % de jours pluvieux. Un climat frais mais lumineux, idéal pour arpenter les collines sans suffoquer.
Et puis il y a les floraisons. Les amandiers s’ouvrent dès fin février, suivis par les cerisiers et les pêchers tout au long de mars. La Drôme est le deuxième producteur de cerises de France : les vergers se transforment en mers blanches et roses, un spectacle éphémère que l’on ne partage avec personne, ou presque. Côté budget, les hébergements affichent des tarifs de basse saison dès 41 euros la nuit, et les gîtes coûtent 25 à 40 % de moins qu’en plein été (comptez 550 euros la semaine pour une maison complète, contre 700 euros en juillet). Le printemps reste la saison idéale pour découvrir ces villages provençaux, et mars en est le tout premier chapitre. Si vous cherchez d’autres destinations hors saison au printemps, la Drôme figure parmi les meilleures options en France.
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Quatre villages perchés à arpenter au petit matin
Grignan se découvre par le haut. Le château de Madame de Sévigné domine les toits, et ses ruelles médiévales, couvertes de glycines endormies, dévalent jusqu’à la place du marché (mardi et dimanche matin). En mars, les façades baignent dans une lumière douce, presque irréelle. Difficile de ne pas penser aux lettres que la marquise écrivait ici, dans ce même silence. Pour prolonger la visite, les châteaux de la Drôme réservent d’autres surprises architecturales.
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À vingt-cinq minutes de route, Nyons se réchauffe sous son microclimat réputé le plus doux de la Drôme. Capitale de l’olive, la ville s’anime chaque jeudi matin pour un marché incontournable : olives noires AOP, huile pressée à froid, herbes séchées au soleil. Le Pont Roman enjambe l’Eygues avec une élégance tranquille, et les vieux moulins à huile racontent des siècles de savoir-faire.
Le Poët-Laval, classé parmi les Plus Beaux Villages de France, se dresse sur son éperon rocheux comme une forteresse oubliée. Ancienne commanderie des Hospitaliers, le village fortifié surplombe des champs de lavande encore endormis (il faudra attendre juin pour les voir en bleu, mais le paysage reste saisissant).
Plus au sud, Dieulefit cultive une ambiance bohème : poteries, ateliers d’art, galeries, et un marché du vendredi matin où l’on croise plus d’artisans que de touristes. Ce village porte aussi la mémoire de la Résistance, ayant servi de refuge pendant la Seconde Guerre mondiale. Et puis il y a Mirmande, autre joyau classé, dont les ruelles grimpent vers une vue panoramique sur la vallée du Rhône. André Lhote, le peintre cubiste, y avait son atelier. On comprend pourquoi. Pour une retraite plus intime, certains hameaux alentour offrent une solitude encore plus profonde.
Truffes, marchés et picodon : la Drôme provençale à table en mars
Mars, en Drôme provençale, c’est aussi la fin d’une saison secrète. La Tuber melanosporum, la truffe noire du Périgord (qui pousse aussi ici, au pied des chênes), se récolte jusqu’à fin mars. Le marché aux truffes de Richerenches, le plus grand d’Europe, se tient chaque samedi matin de 9 h 30 à 13 h, et ce jusqu’au 28 mars 2026. En fin de saison, l’ambiance est confidentielle, loin de la foule de décembre : quelques négociants, des restaurateurs, et le parfum entêtant du diamant noir qui flotte dans l’air frais.
Les marchés hebdomadaires rythment la semaine : Grignan le mardi et le dimanche, Nyons le jeudi, Dieulefit le vendredi, Buis-les-Baronnies le mercredi. Sur les étals, les couleurs éclatent : olives luisantes, miel de lavande ambré, picodon (fromage de chèvre AOC à la croûte fine et au goût franc), nougat de Montélimar. La Drôme est un territoire d’une densité rare en appellations : huile d’olive de Nyons AOP, Clairette de Die (ce vin effervescent naturel qui surprend toujours), noix de Romans.
En mars, les restaurants locaux sont accessibles sans réservation, à des prix doux. Les vignobles des Côtes-du-Rhône méridionales (Vinsobres, Grignan-les-Adhémar) accueillent les visiteurs en cave pour des dégustations calmes et personnalisées. Une véritable aventure gastronomique attend ceux qui prennent le temps de s’attabler. Et pour les amateurs de circuits courts, l’agrotourisme de printemps trouve ici l’un de ses plus beaux terrains de jeu.
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Comment s’y rendre depuis les grandes villes françaises
Depuis Paris, le TGV relie la Gare de Lyon à Montélimar en 2 h 50 direct (à partir de 21 euros en réservant à l’avance). Il reste ensuite 30 minutes de voiture ou de navette pour atteindre Grignan ou Nyons. Depuis Lyon, un TER Part-Dieu vers Montélimar prend 1 h 20 (à partir de 15,50 euros avec carte de réduction, plein tarif autour de 31 euros). Depuis Marseille, le TGV rejoint Montélimar en environ 1 h 40, ou l’on peut remonter la vallée du Rhône par l’A7 en deux heures.
Sur place, la voiture reste le meilleur allié pour rayonner entre les villages (locations dès 25 euros par jour en basse saison à Montélimar). Des lignes de bus départementales (réseau TransDrôme) relient certains villages, mais les fréquences restent limitées en mars.
Programme express : 48 heures en Drôme provençale en mars
Jour 1, le matin. Arrivée à Montélimar. Un détour par la vieille ville s’impose : nougat artisanal, ruelles calmes, premier café en terrasse. Puis la route file vers Grignan (30 minutes), où le château attend, majestueux et silencieux. Déjeuner sur la place, à l’ombre des platanes.
Jour 1, l’après-midi. Route vers Nyons (25 minutes). Balade sur le Pont Roman, visite d’un moulin à huile, dégustation d’huile AOP dont chaque cru raconte un terroir différent. Installation dans un gîte à Nyons ou dans les collines alentour.
Jour 2, le matin. Marché local (adapter selon le jour : Nyons le jeudi, Dieulefit le vendredi, Grignan le dimanche). Si c’est un samedi, cap sur le marché aux truffes de Richerenches. Puis balade dans les vergers d’amandiers en fleurs, appareil photo en main.
Jour 2, l’après-midi. Le Poët-Laval ou Mirmande, selon la météo et l’envie. Randonnée courte dans les collines environnantes (sentiers balisés, 1 à 2 heures), avec pour les plus sportifs d’autres itinéraires d’aventure dans la Drôme. Retour via Montélimar ou Valence pour le train du soir.
Astuce budget : en mars, pas besoin de réserver des semaines à l’avance. Les gîtes et chambres d’hôtes se trouvent facilement, même au dernier moment, à prix doux. Vous aimez voyager sans la foule ? Ce créneau de mars est l’un des plus tranquilles de l’année en Provence.
Une Provence qui ne se donne qu’à ceux qui viennent tôt
On se laisse porter par l’idée, tenace, que la Provence n’existe qu’en été, entre lavande et cigales. Mais il y a cette autre Provence, celle de mars, plus secrète, plus intime. Celle où les amandiers fleurissent dans le silence des collines, où les marchés sentent la truffe et l’huile d’olive fraîche, où les villages perchés se contemplent sans hâte. La lavande reviendra en juin, les foules en juillet. Mais le charme de mars, lui, ne se rattrape pas. Il suffit d’un week-end, d’un train et d’un peu de curiosité. Les ruelles sont vides. Elles n’attendent que vous.