En résumé
• La station La Fourche subit enfin une rénovation esthétique.• Les travaux cherchent à redonner son aspect de 1911.
• Questions restent sur le coût et l'accessibilité du projet.
La station de métro La Fourche, située dans le XVIIe arrondissement de Paris, n’est pas exactement connue pour sa beauté. Si l’on devait choisir l’une des stations les plus laides du réseau parisien, celle-ci serait certainement en tête de liste. Sa bouche de métro, en béton massif, a été largement critiquée par les riverains et les passants, et pour cause : elle date d’un accident de bus survenu en 1964, qui a défiguré l’entrée à une époque où le béton était considéré comme une modernité. Depuis plus de 60 ans, les Parisiens ont dû se résigner à l’aspect d’un bunker urbain qu’on pourrait tout à fait imaginer dans un film post-apocalyptique. Mais voilà, après des décennies de critiques et de protestations, la station va enfin connaître un ravalement de façade. Les travaux, débutant le 31 mars, permettront à la station de retrouver son charme d’origine, celui qui la caractérisait à son ouverture en 1911, au temps du réseau Nord-Sud. Paris fait un pas vers l’histoire, mais est-ce que ce retour aux sources saura redorer l’image de cette entrée ? Une question qui mérite d’être posée, au regard des efforts qu’il aura fallu pour faire revivre un élément architectural qui, visiblement, n’avait pas été une priorité.
Une renaissance « à l’ancienne »
Ce chantier de réhabilitation est loin d’être anodin. La station La Fourche, bien que l’un des points névralgiques de la ligne 13, a connu une dégradation notable depuis l’accident de bus de 1964, qui a défiguré l’entrée. Plutôt que de restaurer l’entrée dans son état d’origine, les autorités de l’époque ont préféré opter pour une solution rapide et bétonnée, sans vraiment se soucier de l’esthétique ou de l’intégration dans le paysage urbain. Ce choix a donné naissance à ce qu’on appelle désormais un « bloc de béton », un élément massif, dur, et, selon la majorité des riverains, d’une beauté douteuse. À tel point qu’on a pu entendre, dans les discussions locales, des commentaires du type : « On dirait un bunker » ou « C’est la plus moche de Paris ».
Mais après des décennies de contestations, le projet de rénovation patrimoniale a enfin vu le jour. Ce n’est pas simplement une simple réhabilitation, mais bien une tentative de « recréer » l’apparence d’origine de la station, telle qu’elle était lors de son ouverture en 1911. La station de métro La Fourche faisait partie du réseau Nord-Sud, précurseur du métro parisien, et l’entrée était autrefois décorée de grilles en fer forgé, de piliers en grès, et de détails Art déco qui lui conféraient une certaine élégance. Tout cela avait disparu après l’accident de 1964, remplacé par une structure en béton qui, avec les années, est devenue l’un des symboles les plus détestés de l’architecture urbaine des années 60.
Le projet actuel, qui a été présenté aux riverains début mars, inclut la restauration de ces éléments décoratifs caractéristiques de l’époque, comme les grilles en fer forgé, ainsi que la réintroduction d’un éclairage « Holophane » typique des anciennes stations parisiennes. Un chantier de grande envergure qui coûte la modique somme de 700 000 euros, soit bien plus que prévu initialement. Cette réhabilitation ne vise pas seulement à restaurer une ancienne gloire de l’architecture parisienne, mais aussi à redonner à l’entrée un aspect fonctionnel et accueillant pour les 15 000 voyageurs qui l’utilisent chaque jour. Des travaux qui, bien que bénéfiques pour l’esthétique de la station, soulèvent aussi des questions sur le coût, l’accessibilité et la durée des travaux, surtout en période de forte affluence.
Le retour du béton… ou de l’esthétique ?
Si l’on comprend les raisons de ce projet de réhabilitation, il reste encore des interrogations sur la raison d’avoir laissé la station se dégrader à ce point. Un accident de bus, certes traumatisant, n’a-t-il pas été l’occasion de réagir plus tôt ? Pourquoi avoir laissé cette abomination bétonnée pendant 60 ans avant de se décider à lui redonner un semblant de style ? Il est difficile de ne pas se demander si ce retour à l’esthétique d’autrefois n’est pas avant tout une opération marketing plus qu’une réelle volonté de redonner une âme à cet espace. Le maire du XVIIe arrondissement, Geoffroy Boulard, parle de la station comme d’une « anomalie architecturale » qu’il convient de réparer, mais cette réhabilitation aurait-elle eu lieu si le projet n’avait pas été porté par une association locale et une forte pression populaire ? On peut légitimement se poser la question.
Malgré tout, les travaux ne seront pas sans conséquences pour les riverains et les usagers. Bien qu’il soit prévu que la station reste ouverte pendant les travaux, l’impact sur le quartier sera inévitable. Les nuisances sonores, particulièrement pendant la phase de démolition, risquent de perturber les habitants du secteur. De plus, le chantier ne permettra pas d’améliorer l’accessibilité de la station, un point souvent négligé par les autorités locales dans ce genre de projet. L’absence d’ascenseur, en particulier, montre que, même dans un projet de réhabilitation aussi symbolique, l’inclusivité et l’accessibilité ne semblent pas être des priorités absolues.
En fin de compte, ces travaux risquent de redonner un nouveau visage à La Fourche, mais de nombreuses questions demeurent sur la pertinence de l’opération et son timing. Certes, la station retrouvera un air plus « Parisien », mais la beauté retrouvée justifiera-t-elle vraiment le coût et les nuisances liés à cette transformation tardive ? L’avenir de cette station pourrait être une victoire esthétique, mais pas nécessairement une réussite en termes de confort et de service aux voyageurs.