Aéroport de Mascate : comment Oman évacue 97 000 voyageurs et devient le hub de sortie du Golfe

Vincent Mabire - Il y a 1 heure

En résumé

• Mascate devient hub aérien clé avec Oman Air, apportant des solutions face aux fermetures du Golfe.

• Neutralité d'Oman permet l'ouverture aérienne, maintenant la connexion malgré des tensions régionales.

• Reprise lente des aéroports du Golfe, Mascate pourrait rester un hub alternatif intéressant.

    Depuis le 28 février, les espaces aériens du Golfe se ferment un à un. Dubaï, Doha, Koweït : les plus grands hubs de la région tournent au ralenti ou sont à l’arrêt. Un seul aéroport international reste pleinement opérationnel : Mascate, capitale du sultanat d’Oman. En une semaine, Oman Air a transporté 97 000 passagers et ajouté 80 vols supplémentaires, selon Euronews. Comment ce petit État de 5 millions d’habitants est-il devenu la porte de sortie du Moyen-Orient ?

    L’aéroport Mascate évacuation : ce qui se passe depuis le 28 février

    L’aéroport international de Mascate (MCT) reste ouvert alors que Dubaï (DXB) a suspendu toutes ses opérations, Doha (DOH), Bahreïn et Koweït fonctionnent au compte-gouttes. Oman Air a opéré près de 80 vols supplémentaires en une semaine, ajoutant des rotations vers Londres, Milan, Rome, Istanbul, Amsterdam, Le Caire, Bangkok et Djeddah.

    En parallèle, des bus-navettes organisés par Oman Air et SalamAir acheminent les voyageurs bloqués aux Émirats arabes unis via la frontière terrestre jusqu’à Mascate. Le passage au poste-frontière de Hatta prenait 3 à 4 heures dimanche dernier, selon Air Charter Service — un délai qui a probablement augmenté depuis.

    La quasi-totalité du réseau international d’Oman Air (Europe, Asie du Sud-Est, Afrique) reste opérationnel. Seules les liaisons vers les zones de conflit ont été suspendues du 9 au 15 mars : Amman, Dubaï, Bahreïn, Doha, Dammam, Koweït, Copenhague, Bagdad et Khasab.

    L’ampleur de l’afflux est telle que les vols privés représentent 31 % des mouvements à l’aéroport, selon Fox News. Des jets légers Mascate-Istanbul s’affichent à plus de 93 000 dollars, les gros porteurs atteignant 140 000 dollars — soit le double des tarifs habituels. Les autorités omanaises ont dû limiter les créneaux pour les jets privés face à la saturation.

    Pourquoi Oman et pas un autre pays du Golfe

    La réponse tient en un mot : neutralité. Surnommé la « Suisse du Golfe », le sultanat d’Oman ne prend parti dans aucun conflit régional et ne rompt jamais ses liens diplomatiques. Oman entretient des relations avec tous les acteurs de la crise : Iran, Israël, Hamas, Houthis, pays du Conseil de coopération du Golfe.

    Cette posture n’est pas nouvelle. Le sultanat a servi de médiateur lors des négociations sur le nucléaire iranien entre 2013 et 2015. Sa position géographique est aussi un atout stratégique : situé en dehors du corridor central du Moyen-Orient fermé, Oman se trouve sur la route sud contournant l’Iran. L’espace aérien omanais reste ouvert avec des restrictions de routage (corridors spécifiques publiés par NOTAM), contrairement à ceux de l’Iran, de l’Irak, du Koweït et de Bahreïn qui sont fermés ou très restreints. Selon OpsGroup, des interférences GNSS (brouillage et leurrage GPS) affectent toutefois la zone, obligeant les équipages à naviguer en mode dégradé.

    À noter : des drones ont frappé le port de Duqm et celui de Salalah, sur la côte sud d’Oman, début mars. Un réservoir de carburant a été touché et les opérations portuaires ont été partiellement suspendues. La neutralité diplomatique n’est pas un bouclier absolu — mais l’espace aérien commercial n’a pas été affecté jusqu’ici.

    Ce que ça change pour les voyageurs français bloqués

    Environ 400 000 ressortissants français se trouvent dans la douzaine de pays touchés par les frappes. Le premier vol affrété depuis Mascate, opéré par Air France, a atterri à Roissy-Charles de Gaulle le 4 mars, cinq jours après le début des frappes. Jean-Noël Barrot a annoncé « plusieurs vols » de rapatriement, dont certains réservés aux personnes les plus vulnérables (familles, enfants, femmes enceintes).

    Le Quai d’Orsay privilégie les « solutions commerciales » là où l’Allemagne (Lufthansa) et la Suisse ont agi plus vite. Swiss a rapatrié 211 passagers (205 adultes et 6 nourrissons) le 5 mars sur un Airbus A340 affrété spécialement, vol LX7043 Mascate-Zurich (RTS).

    Pour les Français aux Émirats, la solution la plus fiable reste de rejoindre Oman par la route via le poste-frontière Al Ain/Al Buraimi, puis de prendre un vol Oman Air vers l’Europe. Pour en savoir plus sur vos droits, consultez notre guide des droits des voyageurs français bloqués au Moyen-Orient.

    Un aéroport taillé pour absorber la crise

    Le nouvel aéroport international de Mascate, inauguré en mars 2018, a été conçu comme un hub de transit entre l’Europe et l’Asie. Avec une surface de 580 000 m² et une capacité initiale de 20 millions de passagers par an (extensible à 48 millions), il dispose de 96 comptoirs d’enregistrement et peut accueillir des appareils de type A380.

    Oman Air positionne Mascate comme alternative aux méga-hubs de Dubaï et Doha depuis plusieurs années. La crise actuelle valide cette stratégie : l’aéroport absorbe un trafic inhabituel sans saturer complètement, même si 70 vols ont été retardés et 24 annulés ces derniers jours en raison de l’afflux. L’infrastructure tient, mais la pression monte.

    Comment rejoindre Mascate depuis la France et les zones touchées

    Depuis les Émirats arabes unis : la route terrestre via Al Ain/Al Buraimi représente environ 3 à 4 heures de trajet depuis Dubaï. Des bus-navettes Oman Air et SalamAir desservent ce parcours. Des convois en SUV vers Riyad (Arabie saoudite) sont aussi organisés par des sociétés de sécurité privées — comptez environ 10 heures.

    Depuis Paris : Oman Air opère des vols directs Paris CDG-Mascate, environ 5 vols par semaine en Boeing 787-9. Durée : 9h15. Les prix démarrent à 254 € l’aller simple en temps normal, mais les tarifs ont augmenté d’environ 30 % depuis le début de la crise. Pour d’autres options de routage, notre article sur les 5 alternatives de transit pour rejoindre l’Asie sans le Golfe liste les itinéraires via Istanbul, Addis-Abeba ou Bombay.

    Depuis Lyon, Marseille ou Bordeaux : pas de vol direct. Il faut transiter par un hub européen (Francfort, Istanbul) avant de rejoindre Mascate.

    Visa : les ressortissants français bénéficient d’un visa gratuit à l’arrivée pour les séjours de moins de 14 jours, sur présentation d’un passeport valide 6 mois, d’une réservation hôtelière et d’un billet retour. Au-delà, un e-visa coûte 20 rials omanais (~50 €) pour 30 jours.

    Et après : la reprise lente des aéroports du Golfe

    Emirates vise un retour à 100 % de capacité « dans les jours à venir », selon un communiqué du 9 mars. La compagnie a transporté environ 30 000 passagers depuis Dubaï jeudi. Mais une attaque de drone a temporairement suspendu les opérations à Dubaï samedi matin, rappelant la fragilité de la situation.

    À Doha, Qatar Airways a repris un programme limité de vols de rapatriement. Quelque 8 000 passagers y avaient été bloqués, le gouvernement qatari prenant en charge leur hébergement.

    Tant que les espaces aériens iranien et irakien restent fermés, les détours allongent les temps de vol et augmentent les coûts de 30 % en moyenne. Mascate pourrait conserver un rôle de hub alternatif même après la normalisation — une évolution à surveiller pour les voyageurs réguliers vers le Golfe et l’Asie. Notre article sur les effets domino de la crise aérienne au Moyen-Orient détaille l’impact sur les prix et les itinéraires.

    À suivre : la réouverture progressive des espaces aériens, qui déterminera si Mascate reste un point de passage obligé ou retrouve son rôle de hub secondaire.

    Vincent Mabire
    Publié le 10 mars 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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