Ligne Roissy-Picardie : Amiens relié en TGV direct à Lyon et Marseille, mais il faudra patienter jusqu’en 2028

Vincent Mabire - Il y a 3 heures

En résumé

• Un raccordement ferroviaire de 6,5 km supprimera le passage par Paris pour les trains Amiens-Lyon/Marseille.

• La mise en service est reportée à 2028 pour complexité de signalisation, initialement prévue pour 2026.

• Attendus : 12 allers-retours TER et 2 TGV quotidiens, gain de 40 à 60 min de trajet sans transfert à Paris.

    Pour aller d’Amiens à Lyon ou Marseille en train, il faut aujourd’hui passer par Paris, changer de gare, traverser la capitale avec ses bagages et perdre au minimum une heure dans la manœuvre. Un raccordement ferroviaire de 6,5 km, attendu depuis plus de 25 ans, promet de supprimer cette contrainte. La ligne Roissy-Picardie reliera la Picardie au réseau TGV national sans passer par la case parisienne. Mais la mise en service, initialement prévue en 2026, vient d’être reportée à fin 2028.

    Un raccordement de 6,5 km qui change la donne ferroviaire

    Le projet consiste à construire 6,5 km de voie nouvelle entre la ligne classique Paris-Creil-Amiens (à hauteur de Marly-la-Ville) et la LGV Interconnexion Est, au niveau de la gare Aéroport Charles de Gaulle 2 TGV. Une double voie électrifiée, circulable à 160 km/h, qui permettra aux trains picards de rejoindre directement le réseau à grande vitesse.

    Le chantier, lancé en février 2025, mobilise un investissement de 541 millions d’euros. Le financement se répartit entre l’État (65 %), la Région Hauts-de-France (26 %, soit plus de 130 millions d’euros), les collectivités locales (6,5 %) et l’Union européenne (2 %), selon la Région Hauts-de-France. En 2025, 198 millions d’euros ont été investis, faisant de Roissy-Picardie le premier projet ferroviaire de France en termes d’investissement annuel, selon SNCF Réseau.

    Les travaux avancent : en gare de Survilliers-Fosses, les voies sont réaménagées. Dans la plaine de Vémars, le tracé de la ligne nouvelle se dessine après des mois de terrassement. À Roissy-CDG 2 TGV, la construction d’un nouveau quai dédié a débuté. Un écopont sera également construit dans la forêt de Chantilly pour préserver la biodiversité.

    Deux ans de retard : la signalisation en cause

    C’est officiel depuis le 19 décembre 2025 : SNCF Réseau et la Région Hauts-de-France ont annoncé un report de deux ans. La mise en service commerciale est désormais prévue pour décembre 2028, contre fin 2026 initialement.

    La raison, selon le président de SNCF Réseau Matthieu Chabanel : la complexité de la signalisation. “On doit relier une ligne à grande vitesse avec une ligne classique”, a-t-il expliqué à France Bleu, ce qui nécessite la création d’un troisième système de signalisation inédit. Cinq systèmes d’enclenchement intégré (SEI) et un centre d’appareillage intermédiaire (CAI) doivent être installés pour assurer la sécurité de la jonction entre les deux réseaux. Les travaux de génie civil se poursuivront jusqu’à début 2028, suivis d’une année complète de tests avant l’ouverture commerciale.

    Le maire d’Amiens, Hubert de Jenlis, n’a pas caché sa frustration : “J’en ai ras-le-bol de devoir patienter.” La ville a toutefois confirmé qu’elle ne financerait pas de surcoûts liés au retard.

    Les nouvelles liaisons prévues pour les Picards

    Concrètement, la ligne Roissy-Picardie permettra la création de 12 allers-retours TER quotidiens et de 2 allers-retours TGV par jour. Les responsables régionaux comparent cette capacité de desserte à celle de la ligne Marseille-Nice.

    Les TGV relieront Amiens à Lyon et Marseille en direct, via Creil et Roissy. D’autres destinations du réseau LGV, comme Strasbourg, devraient également être accessibles sans correspondance. Les autorités tablent sur 4 millions de passagers la première année, et 7 millions à terme après vingt ans d’exploitation. Le projet devrait par ailleurs supprimer environ 100 000 trajets en voiture par an.

    Temps de trajet : ce que les voyageurs vont gagner

    Le gain de temps ne se limite pas aux minutes économisées sur le rail. Il faut y ajouter la suppression pure et simple de la correspondance parisienne — transfert Gare du Nord-Gare de Lyon en métro ou RER, soit 40 à 60 minutes avec bagages, sans compter le stress et l’attente.

    Voici les estimations de temps de trajet en direct :

    • Amiens – Roissy-CDG : environ 1h (contre 1h40 actuellement en TER)
    • Amiens – Lyon : environ 3h10 (contre 3h50 avec correspondance à Paris)
    • Amiens – Marseille : environ 4h55 (contre 5h30 avec changement de gare)
    • Amiens – Strasbourg : environ 3h10 (contre 3h50 aujourd’hui)

    En clair, les voyageurs gagneront entre 40 minutes et une heure sur chaque trajet, tout en évitant la traversée de Paris.

    Ce que ça change aussi pour les voyageurs du sud et de l’est

    L’équation fonctionne dans les deux sens. Les Lyonnais, les Marseillais et les Strasbourgeois gagneront un accès direct à la Picardie et à ses atouts touristiques : la baie de Somme, les hortillonnages d’Amiens, la cathédrale Notre-Dame (la plus vaste de France) ou encore le parc du Marquenterre.

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    Des destinations jusqu’ici pénalisées par l’absence de liaison directe, qui deviendront accessibles en un seul trajet TGV sans rupture de charge. Un potentiel touristique que la Région Hauts-de-France compte bien exploiter, d’autant que les TER à 1 euro en Hauts-de-France ont déjà prouvé l’appétit des voyageurs pour la région.

    Comment s’y rendre et quand réserver

    La ligne Roissy-Picardie s’inscrit dans un mouvement plus large de développement du réseau ferroviaire, aux côtés du TGV M dont la mise en service est prévue en juillet 2026 et des nouvelles lignes de trains de nuit européennes.

    Les billets pour les nouvelles liaisons seront réservables sur SNCF Connect et les plateformes habituelles à partir de 2028. Les tarifs n’ont pas encore été communiqués, mais la présence de OUIGO sur certains trajets similaires laisse espérer des prix compétitifs.

    Calendrier à retenir : travaux de génie civil jusqu’à début 2028, tests de signalisation et de sécurité tout au long de 2028, puis mise en service commerciale prévue en décembre 2028. L’annonce des grilles horaires par SNCF est attendue courant 2027.

    Vincent Mabire
    Publié le 21 février 2026

    Je m’appelle Vincent Mabire. Je viens de Marseille, je suis responsable du service client chez Ulysse et rédacteur pour Ulysse News. Je traite l’actualité du voyage, les destinations et les évolutions du secteur du tourisme. Mon travail consiste à analyser les informations, à apporter du contexte et à produire des contenus clairs pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux et les défis liés au voyage.

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