En résumé
• Le Parlement UE a voté pour 2 bagages cabine gratuits, mais le Conseil bloque.• Le Conseil soutient les compagnies aériennes, ralentissant les nouvelles lois.
• Un accord possible fin 2026, mise en œuvre attendue 2027-2029.
Le 21 janvier 2026, 632 eurodéputés ont voté pour imposer deux bagages cabine gratuits sur tous les vols en Europe. Un mois plus tard, votre réservation Ryanair affiche toujours un supplément de 12 € pour monter avec une valise. Que s’est-il passé entre le vote et votre billet ? Décryptage d’un bras de fer législatif qui dure depuis plus de dix ans.
Ce que le Parlement européen a voté le 21 janvier
Le score est sans appel : 632 voix pour, 15 contre, 9 abstentions. Le Parlement européen a adopté sa position sur la révision du règlement CE 261/2004, le texte qui encadre les droits des passagers aériens depuis 2004. C’est la première vraie mise à jour en plus de vingt ans.
Concrètement, les eurodéputés veulent que chaque passager puisse embarquer sans frais supplémentaires avec deux bagages : un article personnel (sac à main, sac à dos, pochette d’ordinateur) et un bagage cabine dont les dimensions cumulées ne dépassent pas 100 cm (longueur + largeur + hauteur) pour un poids maximal de 7 kg.
Le texte ne s’arrête pas aux bagages cabine gratuits en Europe. Il inclut aussi le maintien du seuil d’indemnisation à 3 heures de retard (300 à 600 € selon la distance), l’envoi obligatoire d’un formulaire pré-rempli sous 48 heures en cas de perturbation, et le droit pour les familles avec enfants de moins de 14 ans d’être assises ensemble sans supplément.
“Nous sommes déterminés à améliorer, et non affaiblir, les droits des passagers aériens”, a déclaré le rapporteur Andrey Novakov (PPE, Bulgarie), selon le communiqué du Parlement européen.
Pourquoi le Conseil des ministres bloque
Un vote au Parlement ne fait pas une loi. Le texte doit encore être validé par le Conseil de l’Union européenne, qui représente les États membres. Et c’est là que ça coince.
Le Conseil adopte une position nettement plus favorable aux compagnies aériennes : pas de formulaire en cas de retard (uniquement en cas d’annulation), et un seuil d’indemnisation relevé à 4 voire 6 heures au lieu de 3. Les négociations entre les deux institutions ont échoué en décembre 2025, sur un désaccord fondamental quant à l’ambition du texte.
En coulisses, le lobby aérien pèse lourd. Airlines for Europe (A4E), qui regroupe 17 compagnies représentant plus de 80 % du trafic européen (dont Ryanair, EasyJet, Air France-KLM, Wizz Air), argue que les retards ont augmenté de 114 % en quinze ans et qu’imposer des indemnisations plus strictes “ne fera pas arriver les avions plus vite”, rapporte Euronews.
Côté low-cost, les réactions sont frontales. Le patron d’EasyJet, Kenton Jarvis, a qualifié le texte de “terrible pour le consommateur” et de “crazy European legislation”, prévenant que deux bagages cabine gratuits provoqueraient un retour “aux jours où l’on déchargeait les sacs cabine en soute, l’une des principales causes de retard à l’embarquement”, selon The European Conservative. Ryanair défend le principe du choix : “Les passagers devraient être libres de choisir ce qu’ils veulent payer, et surtout ce qu’ils ne veulent pas payer.”
Calendrier réaliste : quand cette loi pourrait-elle s’appliquer ?
La prochaine étape est un trilogue : une négociation à trois entre Parlement, Conseil et Commission européenne. La présidence chypriote (janvier-juin 2026) a signalé sa volonté de relancer les discussions “le plus vite possible”.
Mais l’histoire invite à la prudence. La Commission européenne a proposé une première révision du règlement CE 261/2004 dès mars 2013. Le Parlement a adopté sa position en 2014. Depuis, trois présidences du Conseil ont échoué à trouver un accord. Le dossier a même été retiré du programme de travail de la Commission en 2015 avant d’être relancé.
Scénario optimiste : accord politique avant juin 2026, transposition en droit national dans les 12 à 24 mois, application en 2027 ou 2028. Scénario réaliste : le désaccord persiste, renvoi en comité de conciliation, application reportée à 2028 ou 2029. En clair, ne comptez pas sur cette loi pour vos vacances d’été.
En attendant la loi, vos droits actuels
La bonne nouvelle, c’est que les compagnies n’ont pas attendu la loi pour bouger. Sous la pression politique et celle des autorités de concurrence, les 17 membres d’A4E se sont engagés depuis l’été 2025 à garantir un article personnel gratuit d’au moins 40 × 30 × 15 cm sur tous leurs vols. Un engagement volontaire, pas une obligation légale.
En pratique, voici ce que vous pouvez emporter gratuitement en février 2026 :
- Ryanair : sac personnel de 40 × 30 × 20 cm (sous le siège). Valise cabine 55 × 40 × 20 cm = supplément Priority de 8 à 12 €
- EasyJet : sac de 45 × 36 × 20 cm (le plus généreux des low-cost). Valise cabine 56 × 45 × 25 cm = supplément de 20 à 50 €
- Transavia : sac personnel + bagage cabine inclus dans certains tarifs depuis mai 2025
- Air France : bagage cabine 55 × 35 × 25 cm inclus dans tous les tarifs
Pour un comparatif complet par compagnie, consultez notre guide des bagages cabine en Europe 2026.
Ce que cette bataille dit du voyage en Europe
Le bras de fer dépasse la question du sac à dos. Il touche au cœur du modèle économique du low-cost, fondé sur la décomposition tarifaire : un billet à 19,99 € auquel s’ajoutent siège attribué, bagage, embarquement prioritaire. Imposer deux bagages gratuits reviendrait à supprimer l’une des principales sources de revenus annexes de Ryanair et Wizz Air.
Le précédent existe pourtant. En 2024, l’Espagne a infligé des amendes à quatre compagnies low-cost pour facturation abusive de bagages cabine, prouvant que le cadre légal peut évoluer pays par pays. La France, l’Allemagne et l’Espagne soutiennent le renforcement des droits des passagers au niveau européen.
Le Parlement a montré une volonté quasi unanime. Reste à savoir si les États membres, sous la pression des compagnies qui menacent de supprimer des liaisons et d’augmenter les tarifs, oseront suivre. À suivre : la position du Conseil, attendue dans les prochains mois sous présidence chypriote.